C'est l’un des (nombreux) cauchemars de la vie de parents : vous vous absentez deux petites minutes pour préparer le goûter et, à votre retour, votre cher ange s'est improvisé artiste en chef. Un grand trait bleu barre le tissu du canapé, des spirales colorées ornent le mur fraîchement repeint de la chambre et de mystérieux traits de crayon feutre recouvrent le tapis du salon. Face à ce spectacle, la première réaction est quasi universelle : un soupir d'exaspération suivi d'un bon pic de colère ! Et pour cause : à nos yeux d'adultes responsables, il s'agit d'une pure bêtise, d'un manque d'obéissance auquel il faut immédiatement remédier pour faire comprendre que les murs ne sont pas des feuilles de papier. S’il y a une part de vrai là-dedans, il convient toutefois de nuancer cette notion de “bêtise”.
Plusieurs recherches en psychologie de la petite enfance révèlent en effet que barbouiller les surfaces verticales ou les meubles n'est pas un acte de provocation, mais la manifestation d'une véritable avancée cognitive et psychomotrice. Pas de quoi applaudir le geste, certes, mais de quoi le gérer avec plus de recul. On vous explique.
Pour comprendre cet élan créatif incontrôlé, il faut se pencher sur la façon dont les jeunes enfants appréhendent le monde. Comme l'explique l'organisation ZERO TO THREE, les tout-petits découvrent d'abord comment leurs propres mouvements produisent des marques sur une surface. À cet âge, les mouvements ne partent pas du poignet mais directement de l'épaule, exigeant une grande amplitude. C'est là que le mur devient irrésistible : sa hauteur, sa taille et sa disponibilité immédiate offrent l'espace parfait pour déployer de grands gestes dynamiques.
Sur le plan intellectuel, les recherches menées par Sergio Morra et Sabrina Panesi en 2017 auprès d'enfants de 18 à 36 mois soulignent le rôle crucial de la mémoire de travail. Pour dessiner, l'enfant doit conserver une idée en tête tout en se coordonnant. Enfin, les travaux des psychologues Claudio Longobardi et de son équipe de l'Université de Turin montrent que, dès leurs plus jeunes années, les enfants cherchent à véhiculer des intentions, des histoires et des expériences à travers leurs traits, utilisant le dessin comme un outil de représentation symbolique précoce. Les feutres sur les murs c'est donc là le signe d’un bon développement !
Savoir que votre bout de chou développe ses capacités mentales ne signifie pas pour autant qu'il faut abandonner votre intérieur aux coups de crayon ! Pour canaliser cet enthousiasme sans brider l'imagination, la clé réside dans l'aménagement d'espaces dédiés. S'inspirant des recommandations d'apprentissage précoce du département de l'Éducation de l'Alaska, vous pouvez fixer une très grande feuille de papier directement sur un mur ou une table. Ce dispositif offre la largeur nécessaire aux mouvements d'épaule tout en protégeant le revêtement. Amenez l'enfant devant ce support et répétez une consigne simple et positive.
Enfin, comme le recommande l'association ZERO TO THREE, concentrez-vous sur le processus créatif plutôt que sur le rendu visuel et laissez votre enfant expérimenter en toute liberté (sur le papier). Inutile de tenter de deviner ce que représentent ses traits, invitez-le simplement à vous raconter son dessin. Dessin qui ne sera pas, cette fois, à nettoyer au chiffon !