C’est un véritable choc pour le monde de la culture et tous les amoureux du septième art et de la bande dessinée. L'immense artiste franco-iranienne Marjane Satrapi s'est éteinte à l'âge de 56 ans, une triste nouvelle officiellement annoncée par ses proches dans un communiqué transmis à l'AFP ce jeudi 4 juin 2026. L’inoubliable autrice de Persepolis laisse derrière elle une œuvre magistrale et un immense vide dans le cœur de ses admirateurs.
Pour comprendre le vide qu’elle laisse, il faut se replonger dans la trajectoire absolument hors norme de cette icône culturelle. Née le 22 novembre 1969 à Rasht, en Iran, Marjane Satrapi passe son enfance à Téhéran avant de connaître les bouleversements de la révolution islamique et de la guerre Iran-Irak. Envoyée à Vienne pour ses études, puis installée définitivement en France en 1994, elle intègre l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. C’est à Paris, au sein du mythique Atelier des Vosges aux côtés de Joann Sfar et Christophe Blain, qu'elle donne naissance à son chef-d'œuvre absolu : Persepolis.
Publiée en quatre volumes entre 2000 et 2003 par la maison d'édition indépendante L'Association, cette bande dessinée autobiographique en noir et blanc raconte son enfance iranienne et son exil avec un humour mordant et une sensibilité bouleversante. Le succès est planétaire. En 2007, elle transpose cette histoire sur grand écran en co-réalisant le film d'animation Persepolis avec Vincent Paronnaud. Porté par les voix de Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve, le long-métrage décroche le prestigieux Prix du Jury au Festival de Cannes, deux César en 2008 et décroche même une nomination historique aux Oscars. Dès lors, sa carrière de réalisatrice s'envole avec Poulet aux prunes (2011), la comédie noire hollywoodienne The Voices (2014) avec Ryan Reynolds, le biopic Radioactive (2019) sur Marie Curie, ou encore son récent film Paradis Paris sorti en 2024. Émouvante, engagée et courageuse, elle avait été élue à l'Académie des beaux-arts en février 2024 au fauteuil de Jacques Perrin. Elle avait fait un immense coup d'éclat au début de l'année 2025 en refusant la Légion d'honneur pour dénoncer l'attitude politique de la France vis-à-vis de l'Iran. Une femme de convictions, entière et passionnée, qui menait chaque combat de front.
Derrière cette immense figure publique et cette combativité de façade se cachait pourtant une femme profondément blessée par un drame. Le 8 avril 2025, son monde s'était écroulé lorsque son mari, Mattias Ripa, est décédé à l'âge de 53 ans. Né en Suède en 1972, cet économiste de formation avait croisé le regard de Marjane dès son tout premier jour d'arrivée à Paris lors d'un échange universitaire. Un an plus tard, jour pour jour, ils se mariaient à Stockholm.
Mattias n'était pas seulement son compagnon de vie depuis plus de trois décennies, il était son pilier, son premier lecteur et son collaborateur le plus précieux, s'impliquant comme producteur, acteur ou co-scénariste dans tous ses projets artistiques. En février 2026, pour honorer sa mémoire et faire vivre leur amour, elle avait d'ailleurs créé la Fondation pour le cinéma Mattias et Marjane Ripa-Satrapi sous l'égide de l'Académie des beaux-arts afin de loger et d'offrir des bourses à des étudiants étrangers venus étudier le cinéma à Paris.
Mais l'absence semblait être devenue trop lourde à porter au quotidien. Quelques jours après la mort de son mari, son compte Instagram regroupait un ensemble de carrés noirs mettant en avant des mots roses fluo formant la phrase : "J'ai perdu l'amour de ma vie." Dans le communiqué officiel envoyé à l'AFP, l'entourage de la cinéaste a ainsi révélé des mots d'une infinie tristesse qui résonnent douloureusement : "Marjane Satrapi est morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie". Les deux âmes sœurs, qui avaient bâti ensemble une vie d'art et de liberté à Paris, sont désormais réunies.