Il n'a pas changé... Même gouaille, même humour, même gentillesse, même grain de folie. Vingt-deux ans après son aventure dans Koh-Lanta, Raphaël, que nous avions interviewé plusieurs fois à l'époque, nous parle comme si on s'était quittés hier. Au téléphone, débordant d'enthousiasme, il nous raconte depuis sa Saône-et-Loire natale ce qu'il a fait de toutes ces années, nous décrit ses nouveaux projets en se gardant bien d'évoquer l'émission qui l'a fait connaître et qui lui laisse un goût amer.
Purepeople : Vous êtes où au moment où je vous appelle ?
Raphaël : Je suis dans mon hangar, en Bourgogne, à Épervans, en Saône-et-Loire. C’est là que je bricole. Je suis en train de fabriquer une cabane flottante pour mes canards, sur mon petit étang. J’ai une oie qui s’est fait attaquer, alors je leur construis un abri qui flottera avec des bidons.
À quoi ressemble votre vie aujourd’hui, 22 ans après Koh-Lanta ?
C’est toujours la même au fond : je bouge, je fais des projets, je bricole, je pars. Je ne tiens pas en place. Après Koh-Lanta, j’ai enchaîné pas mal d’aventures. J’ai fait le Tour de France en mobylette avec mon chien dans une remorque. Ensuite, j’ai fait la Corse, la Sardaigne, la Sicile, toujours comme ça, en mob, sans assistance. On est même montés jusqu’à l’Etna. En un mois, ça faisait près de 6 000 kilomètres.
Et aujourd’hui, de nouveaux projets ?
Oui, un projet un peu fou : descendre de Chalon-sur-Saône jusqu’à Fos-sur-Mer sur un radeau que j’ai construit moi-même. À la base, c’était un délire de courses de baignoires sur la Saône. J’avais fabriqué une structure flottante avec des systèmes de pédalo. Et puis avec le Covid, comme on ne pouvait plus voyager, je me suis dit : “Puisqu’on est bloqués en France, je vais faire une aventure ici.” J’ai donc repris ce radeau et je l’ai complètement transformé. Je l’ai renforcé, agrandi puisqu’il est constitué de neuf baignoires. Je vais y mettre un frigo, une bouteille de gaz, un petit lavabo… Le but, c’est vraiment d’y vivre pendant le trajet.
Vous avez le droit d’avoir une telle embarcation ?
C’est pas si simple non. Au départ, je voulais descendre en mode pédalo, tranquille, ça m’aurait fait faire du sport et perdre de la carcasse parce que de ce point de vue, je suis toujours bien garni. Mais les Voies navigables de France m’ont imposé un moteur, notamment pour passer les écluses. Ils m’ont aussi demandé des garde-corps, des sécurités… et ils ont raison : si tout le monde se met à faire n’importe quoi, la Saône deviendrait vite une déchetterie. Donc là, je suis en train d’améliorer tout ça. Il faut aussi une forme d’homologation, une carte grise… C’est un prototype, donc c’est plus compliqué. Mais dès que j’ai leur feu vert, je pars. J’aimerais faire ça cet été.
Vous comptez vivre combien de temps dessus ? Et comment ?
J’ai prévu entre quinze jours et trois semaines. Il y a environ 450 kilomètres à faire. Je vais dormir sur le radeau -je l’ai déjà testé, avec moustiquaire et tout- et vivre au maximum en autonomie. Je vais pêcher, évidemment. Mais on va pas non plus jouer les héros : on fera des courses quand on s’arrêtera. L’idée, c’est un mélange entre débrouille et confort minimum. Et puis partager ça avec ma compagne.
Vous avez longtemps organisé des stages “Robinson Crusoé” en Thaïlande. C’était quoi exactement ?
Oui, c’était des stages de survie que j’organisais avec mon asso “Une équipe dans la nature” sur une île en Thaïlande, Koh Rok Nok, celle-là même où a été tourné le premier Koh-Lanta. On partait une dizaine de jours en autonomie, avec le strict minimum : moustiquaires, matelas gonflables, panneaux solaires, matériel de pêche… et ensuite, on vivait sur l’île, comme des Robinson.
Quel type de personnes participaient à ces stages ?
C’était ouvert à tous. Et parfois des profils incroyables. Je me souviens de trois gars parfaits : autonomes, débrouillards, toujours dans l’action. Je n’avais même plus besoin de me lever pour pêcher, ils le faisaient eux-mêmes. Ils regardaient comment préparer le poisson, enlevaient les arêtes avec les ongles… des profils comme ça, c’est un vrai plaisir.
Et puis à côté, vous avez aussi des gens qui ne savent même pas faire un nœud. Donc je leur disais clairement : “Vous êtes là pour vivre une aventure, il faut vous impliquer.” Dix jours sur une île, si quelqu’un ne joue pas le jeu, ça peut vite devenir compliqué.
Pourquoi vous avez arrêté ces stages ?
Parce que les Rangers gardiens de l’île qui me connaissaient et toléraient ma présence ont changé. Les nouveaux étaient pas des rigolos. Ils nous ont menacé, ont confisqué du matériel. Rien de grave, mais j’ai compris que c’était terminé…
Et aujourd’hui ?
Je prépare des voyages organisés en Thaïlande et au Laos, beaucoup plus accessibles. Là, on n’est plus dans la survie, on est dans la découverte. On part de Bangkok, puis on va au Pont de la rivière Kwaï, puis le nord Chiang Mai, Chiang Rai… Ensuite, on passe au Laos, on descend le Mékong en bateau pendant deux jours, on va à Vientiane, la capitale, et retour en Thaïlande. C’est un voyage d’un mois, très riche. J’essaie de caler ça avec la grande fête des éléphants au Laos, parce que c’est vraiment impressionnant.
Combien ça coûte ?
Je facture ma prestation d’accompagnement, environ 500 euros par personne. Ensuite, les gens paient leur billet d’avion, leurs hôtels… On dort en guesthouses, autour de 15 euros la nuit. Et surtout, j’ai des contacts sur place, notamment ma compagne qui est thaïlandaise. Grâce à elle, tout est plus simple, et on se fait pas avoir sur les prix.
© Facebook, raphael.kohlanta
De quoi avez-vous vécu pendant toutes ces années ?
J’ai été cintreur de bananes. Tu cueilles une banane droite et tu la tords avec ton genou pour lui donner sa bonne forme, et le tour est joué. (Gros rires). Je déconne bien sûr ! J’ai travaillé dans la mécanique, j’ai acheté des biens que je retapais. Aujourd’hui, je suis en train de tout vendre. Je fais du tri, je vide mon hangar... L’idée, c’est de profiter de ce que j’ai gagné. Je n’ai pas d’enfants, donc je suis libre. Je peux partir quand je veux, faire ce que je veux, comme boire des coups de rhum arrangé hier soir avec des potes jusqu’à pas d’heure !
Quel rapport vous entretenez aujourd’hui avec l'émission Koh-Lanta ?
Aucun. J’ai tourné la page. Mais ça m’a laissé un dégoût. J’ai été très blessé par ce que j’ai vécu là-bas mais je ne veux plus en parler. Moi, je voyais cette aventure comme quelque chose de magnifique… et ce que j’ai ressenti, c’est autre chose. Je ne regarde plus l’émission depuis 20 ans. Et je n’en parle jamais. Je ne me définis pas par ça.
On vous reconnaît encore ?
Moins qu’avant, mais ça arrive. Des gens me reconnaissent dans la rue, me demandent une photo. C’est surprenant après 22 ans.
Votre dernier voyage, c’était quand ?
Au début du mois, j’étais en Thaïlande, et avec la guerre en Iran, j’ai bien galéré pour rentrer : 45 heures d’avion, plus le train derrière. J’ai dû passer par la Chine, je comprenais rien, pas de wifi, bien galère. Mais bon, de tout ça, je retiens surtout le plaisir.
Qu’est-ce qu’il vous reste malgré tout de Koh-Lanta ?
Des souvenirs forts, comme ce requin que j’avais attrapé à mains nues grâce à un collet. Le même principe que pour les lapins… Je l’avais pris par la queue avec un nœud coulant. Et on l’avait mangé, parce que tout le monde avait faim. Aujourd’hui, de ce qu’on m’en dit, les candidats sont tous très sportifs. Moi, je m’en foutais du sport : ce qui m’intéressait, c’était la survie, la débrouille. Et ça ne m’a jamais quitté.
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