"Il y a plus de coups de poing dans le ventre que de facilité. Malheureusement, dans le monde musical, c’est assez connu quand on est "fille de" ou "fils de"..." Ou "nièce de". L’autrice de ces propos, tenus en 2023 sur gala.fr, s’appelle en effet Lou Sirkis. Et tout le monde connaît son père, Stéphane, emporté par la maladie le 27 février 1999 alors qu’elle n’avait que 9 ans, et bien sûr son oncle, Nicola Sirkis, frère jumeau de Stéphane, tous deux figures emblématiques du groupe Indochine.
Lou Sirkis fête ce 8 août 2025 ses 35 ans, et, on l’aura compris, elle baigne elle aussi dans le milieu de la musique, ce qui ne va pas sans lui causer de problèmes. Il y a deux ans, on a beaucoup entendu sa voix qu’elle mêlait à celle de Mat Bastard, chanteur du groupe Skip The Use, pour un duo énergique intitulé Tout contre nature. Un hymne à la différence, dont la jeune femme racontait la genèse en avril 2023 dans les studios de RTL2 : " Je ne me suis jamais placée comme un étendard ou une porte-parole de la cause LGBT, tout en faisant énormément partie de la communauté. On en a parlé et le morceau est parti de là." Un morceau qui comprend notamment ces paroles relativement explicites : "Les couleurs du drapeau, La fierté dans le vent, Et je suis comme je suis, Elle sera mon amant…"
Cette cause sur la représentation des minorités sexuelles lui tient à cœur. En juillet 2020, interrogée par la chaîne Loud TV, sur YouTube, la chanteuse expliquait le choix de la photo de la pochette de Modern Love, l’album qu’elle avait alors sorti avec son groupe ToyBloïd. "L’idée était là depuis toujours. On voulait une photo d’un baiser mais on savait pas entre qui et qui, expliquait-elle. Une galoche entre deux garçons ? Deux filles ? Entre deux drag queens ? Et puis un jour je suis arrivée avec l’idée que ce soit des vieilles dames, parce qu’elles sont sous-représentées, parce qu’elles existent... Ces deux madames sont deux artistes. L’une est drag king et l’autre est une artiste burlesque qu’on a pu voir dans un clip de Julien Doré. Deux nanas super et ça a fait une belle photo..."
"Les chiens ne font pas des chats", dit le proverbe. Concernant Lou, le doute n’est pas permis tant elle s'est appropriée des thèmes chers au groupe fondé par son père et son oncle. Il y a quarante ans, sur leur album intitulé 3, figurait le titre 3ème sexe. Un titre aux sonorités saturées de synthés forcément eighities mais dont les paroles étaient nouvelles à l’époque. "Et on se prend la main, Une fille au masculin, Un garçon au féminin», faisait notamment le refrain auquel les morceaux et les engagements de Lou Sirkis semblent faire écho. Comme un message qui se serait transmis entre les générations, en même temps que cette passion pour la musique.
Pas facile donc, de prendre la relève, quand on porte un nom aussi connu, en l’occurrence, celui de Sirchis, d’origine russe, que son père et son oncle, qui a eu lui aussi des enfants, avaient changé en Sirkis pour les besoins de la scène. Les scènes sur lesquelles se produit Lou sont peut-être moins grandes que les immenses concerts du groupe Indochine, qui s’offre encore le luxe d'une tournée des Zénith de France à l’automne, mais la jeune femme n’en reste pas moins passionnée par cet art dans lequel elle a été bercée, en dépit de la perte de son père, emporté par une hépatite C foudroyante.
"C’est sûr, j’ai fait de la musique dès mon plus jeune âge et je suis dans ce milieu depuis toute petite", confiait-elle à Gala en 2023. En juin 2020, au magazine Rock And Fashion, elle en avait dévoilé davantage. "J’ai un papa qui jouait dans Indochine, une maman -prénommée Sophie avec qui Stéphane s’était marié en 1987- à la pointe dans la musique des années 1980 et quand j'étais petite, ils m’ont offert les albums de L7, de Patti Smith", expliquait-elle avant de revenir sur son enfance : "On m’a inscrite au conservatoire du quartier quand j’étais petite et après, quand j’ai eu 15 ans, j’ai voulu arrêter la guitare classique pour pouvoir faire de la guitare électrique. À partir de là, en autodidacte, avec un ampli dans ma chambre, je faisais péter les décibels."
Elle les faisait "péter" encore il n’y a pas si longtemps sur différentes scènes de France lorsque des problèmes de santé sont brutalement venus interrompre sa carrière.
Le message Instagram date de la fin d’année dernière, du 19 décembre 2024 exactement. Il n’a pas été épinglé sur le profil de la chanteuse. C’est bel et bien le dernier post que Lou Sirkis a adressé à ses 7 200 followers et il n’est pas très rassurant.
© Instagram, lousirkis
Elle y explique sobrement qu’elle a dû tout mettre sur pause et "se retirer de la scène" pour raisons de santé. "J’ai été opérée à deux reprises…", révèle-t-elle, évoquant des complications. De quoi souffre donc la jeune femme ? D’une hernie discale, un mal qui touche 150 000 personnes en France chaque année et pour lequel 30 000 d’entre elles doivent subir, comme elle, une intervention chirurgicale. Cette affection fréquente chez les jeunes adultes provoque de violentes douleurs voire des paralysies de membres qui nécessitent alors un passage par le bloc opératoire. Dans son message, Lou n’en a pas dit plus. Reste qu’elle explique récupérer «très doucement» et en attendant, ne pas pouvoir exercer ses activités dans la musique, et dans le «drag», selon ses dires. «2024 fut une année compliquée et 2025 reste encore floue», écrivait-elle alors.
En attendant qu’elle soit remise sur pied, nul doute qu’elle pourra compter sur la communauté de ses fans, sur son oncle Nicola qui, des mots de sa nièce à Gala est "très curieux" de son travail "très gentil" et partage avec elle «beaucoup de nouvelles découvertes». À moins qu’elle ne trouve du réconfort dans les bras de la personne qui apparaît sur la photo suivante, tirée du même post, une jeune femme dont le profil regorge de photos récentes les montrant toutes deux plus que complices. À défaut de vivre sa passion, elle semble au moins profiter de ses amours…
player2
player2
player2
player2