C'est une association qui réunit plusieurs grands noms du business français autour d'un projet automobile hors norme. Antoine Arnault vient d'entrer au capital de Delage Automobiles, la maison française relancée par Laurent Tapie. Le fils de Bernard Arnault rejoint notamment François et François-Henri Pinault, ainsi que Xavier Niel, déjà présents parmi les investisseurs de la marque. Un nouveau chapitre pour cette maison historique qui ambitionne désormais de changer d'échelle.
Selon BFM Business, qui cite Bloomberg, Delage produit des voitures en série extrêmement limitée, avec un prix unitaire de 2 millions d'euros. La marque se positionne ainsi sur le même segment que Bugatti. Sa D12, son modèle phare, développe 1 000 chevaux grâce à une motorisation hybride associant un V12 de 6,6 litres. Seulement 30 exemplaires sont prévus.
À 49 ans, Antoine Arnault connaît évidemment bien l'univers du luxe. Membre du comité exécutif de LVMH, il a notamment dirigé Berluti et Loro Piana. Il a aussi développé plusieurs investissements personnels, notamment dans la restauration et le sport. Delage le présente sur son site comme un "amateur de belles voitures, en particulier des années 80 et 90, avec une collection savamment constituée".
Derrière cette renaissance, il y a Laurent Tapie. Le fils de Bernard Tapie a repris le nom Delage en 2019 avec l'ambition de faire revivre cette maison créée en 1905 par Louis Delage. La marque s'est rapidement imposée dans l'histoire automobile, remportant notamment le Championnat du Monde des Grands Prix en 1927, avant de multiplier les records de vitesse et les récompenses dans les Concours d'Élégance.
Mais après près d'un demi-siècle d'existence, Delage disparaît du paysage automobile. Sa dernière voiture est produite en 1953. Plus de six décennies plus tard, Laurent Tapie remet donc la marque sur les routes avec la D12, conçue comme une hypercar aussi rare que spectaculaire. La marque travaille aussi son image auprès d'un public plus large. Gims et Gazo ont ainsi choisi la Delage D12 pour illustrer la pochette de leur album commun et leur clip Triple S.
Avec seulement 30 exemplaires annoncés, la D12 joue clairement la carte de l'exclusivité. Son prix de 2 millions d'euros en fait davantage un objet de collection qu'une voiture destinée à un usage quotidien. Laurent Tapie le résume auprès de Bloomberg : "Pour eux, c'est comme une œuvre d'art, une pièce de collection".
Et le développement de Delage ne s'arrête pas à la production de cette première série. La marque cherche notamment un partenaire chinois pour créer une coentreprise destinée à fabriquer certaines pièces. Laurent Tapie souhaite également attirer des investisseurs aux États-Unis, au Moyen-Orient, en Chine et au Japon afin de donner une nouvelle dimension internationale à la maison.
"Nous ne sommes plus une start-up. Le risque est bien plus limité aujourd'hui qu'auparavant, et c'est pourquoi Antoine a voulu s'y associer", explique l'entrepreneur à Bloomberg.
L'arrivée d'Antoine Arnault est d'autant plus marquante que Delage compte déjà plusieurs grands noms du business parmi ses actionnaires. François et François-Henri Pinault figurent au capital de la maison, aux côtés de Xavier Niel. Sur son site officiel, Delage indique que le patrimoine net cumulé de ses actionnaires représente "plusieurs dizaines de milliards d'euros".
Le rapprochement entre les familles Arnault et Pinault autour d'une même entreprise attire forcément l'attention. D'un côté, Bernard Arnault et son empire LVMH. De l'autre, François et François-Henri Pinault, à la tête de Kering. Mais cette fois, les deux grandes familles du luxe français se retrouvent autour d'un projet automobile porté par Laurent Tapie.
Avec Antoine Arnault désormais au capital, Laurent Tapie peut donc compter sur un nouvel allié de poids pour poursuivre son pari : faire renaître, plus de 70 ans après sa dernière voiture, l'une des marques les plus prestigieuses de l'histoire automobile française.