Jeudi 5 mars 2026, Nice-Matin a publié un long entretien avec Jérôme Kerviel, le trader condamné pour avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale en janvier 2008. Il a toujours contesté être le seul responsable, affirmant que ses supérieurs étaient bien informés de ce qu'il faisait. La dette initiale de 4,9 milliards d'euros a été ramenée à 1 million d'euros en 2016, mais le trader breton précise dans cet entretien : "Ils ont ajouté 10% d'intérêts annuels, mes revenus sont très insuffisants, et aujourd'hui la somme doit être plus proche des deux millions d'euros." Il poursuit actuellement son combat pour la révision de son procès.
Interrogé sur la tribune qu'il a publiée au moment de l'incarcération de Nicolas Sarkozy, Jérôme Kerviel déclare : "Dans mon affaire, Nicolas Sarkozy a été un adversaire, il m'a chargé personnellement, publiquement. Mais son bref passage en prison, et sa grande médiatisation, m'ont permis de pointer du doigt l'aberration du système carcéral français. En quoi le passage de Sarkozy en prison a-t-il été utile à la société ? Et le mien, à deux reprises ? J'aurais été plus utile à donner des cours de français, ou à ramasser des déchets. L'enfermement doit être réservé aux individus constituant un danger. On ressort changé de la prison, c'est dur. Et ça ne fonctionne pas. À Fleury-Mérogis, j'ai côtoyé de nombreux jeunes, et leur passage ici les renferme encore plus dans la délinquance et la criminalité. D'ailleurs, je travaille à un scénario sur ce sujet."
Sur sa reconstruction par l'écriture, l'ancien trader papa d'une petite fille confie : "Même si mon combat se poursuit, je vis des choses fabuleuses dans ma vie aujourd'hui, et l'écriture en fait partie. Outre ce projet de scénario sur la prison, je travaille à une bande dessinée sur mon histoire. Je suis comme un gamin qui découvre plein de choses ! Mes conférences aussi sont toujours l'objet de belles rencontres." Et justement, c'est au sein de l'École du luxe de Saint-Tropez qu'il donnera une conférence ce vendredi 6 mars. Un format qu'il aborde par le prisme de sa propre histoire, en évoquant notamment la gestion du risque, la solitude dans la prise de décision, le stress, la contrainte et la résistance au choc. Il confie avoir pu proposer un format original en collaboration avec Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID : "Ça a été un beau moment. Nos parcours n'ont rien à voir, et on n'est pas d'accord sur tout, mais on se retrouve sur ces thématiques, ça a été passionnant."
Sollicité à plusieurs reprises pour des projets télévisés, Jérôme Kerviel ne cache pas son manque d'enthousiasme pour ce type d'exposition : "Je dis souvent que j'ai une notoriété mal acquise. Je ne dirai pas lesquels mais on m'a proposé des projets de ce type-là. La télé-réalité ne m'intéresse pas. Et je n'ai ni les compétences, ni la légitimité pour être chroniqueur, mon avis n'intéresse personne. D'ailleurs, je combats cette notoriété. Je n'aspire qu'à l'anonymat. Mais je me dois d'être encore présent, tant que je n'aurai pas obtenu ce changement de vérité judiciaire."
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