La disparition de Jane Birkin, le 16 juillet 2023, a provoqué une immense vague d’émotion. Pour le public, c’est une icône de la chanson et du cinéma qui s’en allait. Pour Lou Doillon, derrière l’artiste adulée des Français se trouvait avant tout sa maman. Deux réalités qui se sont brutalement superposées et qu’il n’a pas toujours été facile de démêler.
Aujourd’hui, Lou Doillon parvient à mettre des mots particulièrement forts sur cette période. Dans un long entretien accordé à Harper’s Bazaar, l’artiste évoque son rapport au temps qui passe, sa carrière, son retour prochain à la musique, mais aussi cette épreuve intime qu’elle a dû traverser sous le regard du public. Quelques semaines après la disparition de Jane Birkin, elle a notamment trouvé une échappatoire inattendue grâce à son métier de comédienne. Lou Doillon est partie à Rome pour jouer dans un film italien qui, précise-t-elle, n’est finalement pas sorti en France. Une expérience professionnelle qui lui a fait "beaucoup de bien" à un moment où ses repères personnels étaient profondément bouleversés. Notamment de se "glisser dans la peau de quelqu’un" alors qu’elle était elle-même "très bousculée dans son identité".
Jouer un personnage lui a ainsi offert une forme de pause, de moyen de respirer. Pendant quelque temps, elle pouvait être quelqu’un d’autre et se concentrer sur une histoire qui n’était pas la sienne. Mais le choix de partir en Italie répondait également à un autre besoin : celui de mettre de la distance entre elle et l’émotion collective suscitée par la disparition de Jane Birkin. Lou Doillon ne rejette aucunement cet attachement du public. Au contraire, elle dit respecter ce phénomène. Seulement, en tant que fille, elle avait aussi besoin de retrouver une place plus intime dans cette histoire. "Être loin de chez moi peu après l’enterrement de maman m’a permis de me mettre à l’abri d’un deuil national que je respecte, mais qui est ambigu", confie-t-elle. Car Jane Birkin n’était évidemment pas seulement une mère, une sœur ou une grand-mère pour ses proches.
Pendant plusieurs décennies, la chanteuse et comédienne a occupé une place singulière dans le cœur du public français. Sa disparition a donc donné lieu à de nombreux hommages, témoignages et souvenirs. Une effervescence bienveillante, mais forcément particulière à vivre lorsque l’on appartient au premier cercle familial. Avec le recul, Lou Doillon fait aujourd’hui une distinction saisissante entre ces deux dimensions du deuil. L’artiste explique même qu’il lui aura fallu plusieurs années pour véritablement commencer à pleurer sa mère comme elle en ressentait personnellement le besoin. "Ça ne fait que quelques mois que je rentre officiellement dans le deuil de ma mère, jusque-là j’étais dans celui de Jane Birkin. Et ce n’est pas la même chose", confie-t-elle à Harper’s Bazaar.
Dans un premier temps, il a fallu composer avec Jane Birkin, l’icône, celle que des milliers de personnes avaient l’impression de connaître et dont chacun souhaitait raconter un souvenir. Puis, progressivement, Lou Doillon a pu retrouver "maman", loin de cette dimension publique. Partir à Rome juste après les obsèques lui avait déjà permis de créer une première distance, mais le processus s’est finalement poursuivi bien au-delà. Cette période semble aussi avoir profondément influencé la manière dont Lou Doillon envisage aujourd’hui sa vie. Elle partage désormais son temps entre Paris et une petite maison en Normandie, où elle se réfugie dès que son emploi du temps le lui permet. Un quotidien volontairement simple, au milieu des champs, entouré d’un verger, d’un potager et des animaux sauvages qu’elle observe autour de chez elle.
Elle y a également transformé une grange en véritable espace créatif. Guitares, batterie, clavier, machine à écrire, crayons et centaines de livres l’y entourent. Un refuge qui semble correspondre à son besoin actuel de ralentir et de créer loin de l’agitation. Après six années de silence discographique, la chanteuse s’apprête d’ailleurs à revenir avec un quatrième album. Son nouvel album semble aujourd’hui prolonger cette quête d’indépendance. Enregistré aux États-Unis dans des circonstances particulièrement singulières, alors que les incendies frappaient la région de Malibu, le disque a été réalisé dans l’urgence et presque entièrement en live. Onze morceaux ont été enregistrés en seulement quatre jours et demi, avant l’ajout d’autres instruments. Lou Doillon estime avoir obtenu une œuvre inattendue, peu formatée et probablement "le meilleur album" qu’elle ait réalisé.