Le philosophe allemand est considéré comme le père du pessimisme philosophique moderne et, dans son recueil d’écrits Parerga et Paralipomena, où figurent les célèbres Aphorismes sur la sagesse de la vie, il affirme que la vie oscille entre la souffrance et l’ennui.
Maintenant, pensez au capitalisme et dites-moi si cette idée ne vous semble pas familière : nous souffrons parce que nous n’avons pas ce que nous voulons et, lorsque nous l’obtenons enfin, nous nous ennuyons parce que nous avons déjà atteint notre objectif. Schopenhauer prévient que nous ne sommes pas nés pour être heureux, puisque nous sommes animés par un désir incessant. "Il n'y a qu'une seule erreur innée : croire que nous existons pour être heureux", a-t-il écrit dans Le Monde comme volonté et comme représentation.
Le philosophe réfléchit profondément au bonheur, à tel point qu’il en est venu à créer le terme "eudémonologie", l’art d’être heureux. Il a également développé plusieurs règles pour y parvenir, rassemblées dans le livre L’Art d’être heureux : exposé en 50 maximes. Dans la règle 22, il résume directement sa vision : "Vivre heureux ne peut signifier vivre que de la manière la moins malheureuse possible."
Pour Arthur Schopenhauer, le bonheur est l’absence de souffrance, puisque le bonheur parfait serait impossible. Le plus à quoi nous pouvons aspirer est de vivre de la manière la moins douloureuse possible. Mais, en poursuivant la lecture de ses écrits, il est aussi possible d’y trouver une interprétation un peu plus porteuse d’espoir. Pour le philosophe allemand, "le plus grand bonheur réside dans la personnalité : ce n’est que dans la solitude que le vrai moi se cultive". Lorsqu’il évoque le fait de cultiver le vrai moi, Schopenhauer fait référence à la nécessité de la solitude pour s’explorer et mieux se connaître. "Un homme ne peut être lui-même que lorsqu'il est seul ; s'il n'aime pas la solitude, il n'aimera pas la liberté, car ce n'est que lorsqu'il est seul qu'il est véritablement libre", a-t-il écrit.
La raison pour laquelle il établit un lien entre la solitude et la liberté est plus simple qu’il n’y paraît. Selon Arthur Schopenhauer, la société nous impose toujours des contraintes. Il faut s’adapter à la vie en communauté. Nous devons agir avec modération et parfois même nous retenir afin de nous intégrer. Pour le philosophe, cela finit par diluer notre individualité. Lorsque nous cessons d’être des individus uniques pour devenir les membres d’une société qui exige constamment quelque chose de nous, nous cessons d’être pleinement nous-mêmes. Par conséquent, c’est dans la solitude que nous pouvons réellement exister, sans masque ni contrainte, sans nous soucier du regard des autres ni de leur jugement.
Bien qu’il soit "difficile de trouver le bonheur en soi-même", comme le dit le philosophe, il est également "peu pratique de le trouver ailleurs". Et cette idée n’est peut-être pas aussi absurde qu’elle en a l’air. Des études indiquent que la solitude choisie renforce l’autonomie, favorise la régulation émotionnelle et le sentiment d’identité, tout en améliorant la connaissance de soi et le bien-être. La relation que Arthur Schopenhauer établit entre le bonheur, la solitude et la liberté fonctionne presque comme un effet domino, et les esprits les plus brillants le savent. Selon ses propres mots : "La solitude est le destin de tous les excellents esprits : parfois, ils la déplorent, mais ils la choisissent toujours comme le moindre des maux." Ce n’est que dans la solitude que nous pouvons être libres. Et ce n’est qu’en étant libres que nous pouvons être heureux — ou, du moins, moins malheureux, selon Arthur Schopenhauer.