"C'est avec beaucoup de tristesse que nous vous faisons part du décès, survenu le 7 août, de Dominique. Pour ceux qui l'ont aimée et le souhaitent, nous vous communiquerons prochainement le lieu et la date des obsèques." Ce sont avec ces mots que Catherine Frot a annoncé hier soir le décès de sa soeur. Toutes deux partageaient le même amour pour le cinéma et le théâtre. Dominique Frot avait 68 ans.
Née en 1957 à Rochefort, Dominique Frot se distingue très tôt par une curiosité et une rigueur intellectuelle rares. Dotée d'une double formation extrêmement prestigieuse — elle est diplômée du Conservatoire National d'Art Dramatique et de l'École Normale Supérieure de Musique de Paris —, elle aborde l'art de la scène avec une maîtrise totale, viscérale et organique du corps et de la voix.
C'est sur les planches qu'elle bâtit le socle de sa réputation critique. Fuyant la facilité du théâtre de boulevard, elle s'impose comme une muse pour les géants de la mise en scène européenne. Elle s'épanouit pleinement sous la direction de figures visionnaires et radicales, parmi lesquelles : Claude Régy (notamment dans Le Parc ou Le Criminel) Peter Brook (La Cerisaie) Luc Bondy (L'Heure où nous ne savions rien l'un de l'autre, Phèdre) Thomas Ostermeier (Faust). Ses choix la portent régulièrement vers des textes ardus, de Peter Handke à Bernard-Marie Koltès, où sa présence magnétique, parfois dérangeante, fait merveille.
Devant la caméra, son parcours est tout aussi éclectique et surprenant. Dominique Frot croise très tôt Claude Miller (Mortelle Randonnée, 1983) et s'illustre de façon glaçante dans La Cérémonie (1995) de Claude Chabrol. La comédienne explore les genres sans aucune concession. Elle se fait remarquer dans le cinéma d'horreur brutal avec À l'intérieur (2007), prête sa voix au sublime film d'animation Louise en hiver (2016), et s'aventure dans le cinéma cru du sulfureux Larry Clark avec The Smell of Us (2014) ou encore devant l'objectif de Julia Ducournau pour Titane (2021). Mais c'est paradoxalement le petit écran qui va lui offrir sa plus large notoriété auprès d'une nouvelle génération : de 2011 à 2015, elle incarne la lunaire et hilarante proviseure Solange Vergneaux dans la série télévisée à succès Soda, aux côtés de Kev Adams.
Plus récemment, Dominique Frot a joué dans Karma, le nouveau film de Guillaume Canet avec Marion Cotillard, présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes. Et dans lequel joue aussi leur fils Marcel qui était présent au Festival. "Au cinéma le 21 octobre — Le rôle que m’a offert @guillaumecanetofficiel dans son nouveau film Karma s’inscrit comme un point de bascule, et résonne au delà de l’histoire. Dans un village du nord de l’Espagne, une femme tente de reconstruire sa vie… jusqu’à la disparition d’un enfant, et tout vacille. Avec Marion Cotillard et Denis Ménochet. Sélection officielle – hors compétition, Cannes 2026", avait écrit l'actrice en avril dernier, en disant plus sur ses projets en cours. "Actuellement je tourne dans l’épisode pilote Synergie de la série Homogène de @spinassou. Et cette semaine, je siège au jury pass culture, longs métrage du FIJA dont je suis de l’équipe de création et sélectionne les films pour l’officiel — le Festival International des Jeunes Acteurs/Actrices, à Paris jusqu’au 24 avril. Un bonheur d’être aux côtés de ces talents."
Dominique Frot avait donc une vie très remplie et des projets plein la tête...