À 52 ans, Julie Depardieu fait partie des comédiennes les plus récompensées de sa génération. Trois César au compteur, dont celui du meilleur second rôle féminin en 2008 pour Un secret, film de Claude Miller où elle partageait l’affiche avec Ludivine Sagnier. Un moment de consécration qui, pourtant, continue aujourd’hui de la hanter. Invitée récemment à évoquer sa carrière, l’actrice est revenue sur cette soirée organisée au théâtre du Châtelet.
Petit flashback, alors que le nom de Julie Depardieu est prononcé et que la jeune femme est invitée à se lever pour monter sur scène, la scène prend une tournure inattendue. Ludivine Sagnier, assise à ses côtés et également nommée dans la même catégorie n’a donc pas remporté le fameux sésame. Dans un élan spontané, la fille de Gérard Depardieu va alors insister pour que son amie monte sur scène avec elle. Un geste d’amitié sincère, mais qu’elle juge aujourd’hui maladroit. "C’était nul de ma part", tranche-t-elle avec franchise dans La Bande Originale le 9 octobre dernier. "Quand on te donne quelque chose, tu le reçois, tu ne dis pas “non c’est pas moi, c’est elle”. C’est nul."
Une autocritique quelques années plus tard qui cache une gêne plus profonde. Déjà doublement récompensée quelques années auparavant, elle avait du mal à comprendre pourquoi ce troisième César lui revenait, et non à sa partenaire. "Bien sûr que j’ai voté pour elle, mais ce n’est pas elle qui l’a eu ! Ça m’énervait, je me disais pourquoi c’est moi qui l’ai alors que j’en ai déjà deux, ça va… Pourquoi ?" Sur scène, la situation était quelque peu maladroite. Julie Depardieu poussait Ludivine Sagnier à accepter symboliquement le prix, partageant les remerciements au réalisateur. Une séquence à la fois touchante et inconfortable.
Entre Julie Depardieu et Ludivine Sagnier, la relation dépasse largement le cadre professionnel. Les deux actrices se sont croisées à plusieurs reprises au cinéma, partageant des plateaux et une complicité réelle. Cette proximité explique en partie la réaction instinctive de 2008. Mais avec le recul, elle comprend que le geste pouvait sembler déplacé. Recevoir un prix implique aussi d’en accepter la responsabilité et la reconnaissance. Son analyse est aujourd’hui plus apaisée. Elle reconnaît sa difficulté à recevoir les honneurs. Longtemps, elle a eu le sentiment de ne pas être légitime, d’être "la fille de". Cette pression a sans doute nourri son malaise face aux récompenses.
Déjà en 2004, lorsqu’elle avait remporté un doublet historique, meilleur espoir féminin et meilleur second rôle pour La Petite Lili, elle avait vécu la soirée comme un choc. Son père, Gérard Depardieu, présent dans la salle, était monté sur scène pour la féliciter. Un moment fort, mais aussi déstabilisant. "Qu’est-ce que j’étais nouille !" reconnaît-elle aujourd’hui. Elle confiait même avoir "presque honte" de recevoir ces récompenses.
Ce soir, la 51ᵉ cérémonie des César se tiendra exceptionnellement à l’Olympia, à Paris, et sera diffusée en direct et en clair à partir de 20 h 30 sur Canal+ ainsi que sur CStar. Les professionnels du cinéma français y découvriront les lauréats récompensant les films sortis en 2025 dans une édition particulièrement attendue. Reste à savoir si Julie Depardieu sera bien présente dans la salle.
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