Temple de la création gainsbourienne figé dans le temps, la Maison Gainsbourg continue de dévoiler les souvenirs les plus intimes de la famille. Situé au 5 bis rue de Verneuil, au cœur du 7e arrondissement de Paris, cet hôtel particulier aux murs noirs a été le théâtre de la vie de Serge Gainsbourg et Jane Birkin, mais aussi des premières années de leurs filles. Au-delà du salon, du piano et des objets soigneusement conservés par Charlotte Gainsbourg, une pièce méconnue du grand public intrigue particulièrement. Situé au rez-de-chaussée, cet espace discret, niché derrière la cuisine, a accueilli Charlotte et sa demi-sœur aînée Kate Barry lorsqu'elles étaient enfants. Pourtant, cette chambre a fini par disparaître de leur quotidien, laissant derrière elle un souvenir chargé d'interrogations. Des années plus tard, l'actrice a finalement découvert que la réalité était bien différente de ce qu'elle avait imaginé.
Pour comprendre l'histoire de cette pièce, il faut remonter à la fin des années 1960. Lorsque Serge Gainsbourg et Jane Birkin s'installent au 5 bis rue de Verneuil en 1969, la demeure devient le décor de leur vie de famille. Le couple accueille Charlotte en 1971, tandis que Kate Barry, née en 1967 de la précédente union de Jane Birkin avec le compositeur John Barry, partage également leur quotidien. Une pièce supplémentaire, située au rez-de-chaussée et attenante à la cuisine, a ainsi servi d'espace aux deux sœurs durant leur enfance. Des photographies d'époque témoignent de ces années familiales, avec Jane Birkin aux côtés de ses filles dans leur environnement parisien. Mais après la séparation de Serge Gainsbourg et Jane Birkin, en 1980, cette chambre a cessé de faire partie de leur quotidien. Pour Charlotte, cette disparition allait prendre une signification particulière, qu'elle a conservée pendant plusieurs décennies.
Après le départ de Jane Birkin, la maison de la rue de Verneuil est restée le refuge de Serge Gainsbourg. Dans l'esprit de sa fille, la disparition de leur ancienne chambre d'enfants avait pris une dimension symbolique. Charlotte Gainsbourg s'était persuadée que son père, affecté par la séparation, avait délibérément fait murer l'accès à cette pièce pour ne plus avoir à contempler le souvenir de leur ancienne vie familiale. La réalité était pourtant beaucoup plus simple. L'actrice l'a raconté avec franchise : "Pendant trente ans, j'ai cru à tort que mon père l'avait murée après le départ de ma mère. En fait, les propriétaires avaient simplement voulu la récupérer." Il ne s'agissait donc pas d'un geste de Serge Gainsbourg destiné à effacer un souvenir douloureux, mais d'une décision liée à la propriété des lieux.
Cette explication a permis à Charlotte Gainsbourg de revenir sur une croyance longtemps entretenue, née de ses souvenirs d'enfance et de l'histoire familiale. Une anecdote qui rappelle combien les lieux peuvent se charger de sens au fil du temps, au point de transformer un simple changement matériel en mystère intime. Aujourd'hui, la Maison Gainsbourg attire les visiteurs désireux de découvrir l'univers de Serge Gainsbourg et les objets qui ont marqué son quotidien. Si la chambre en question ne fait pas partie du parcours ouvert au public, son histoire demeure liée à celle de la famille et à la mémoire de ces années partagées. Derrière l'image du musicien provocateur, cette anecdote fait apparaître une autre facette de son histoire : celle d'un foyer où grandissaient deux petites filles, Charlotte Gainsbourg et Kate Barry. Elle rappelle aussi que la maison de la rue de Verneuil ne se résume pas à un décor mythique figé dans le temps.
Elle reste associée aux souvenirs personnels de ceux qui y ont vécu, avec leurs zones d'ombre, leurs interprétations et leurs révélations tardives. En racontant cette chambre longtemps disparue de son imaginaire, Charlotte Gainsbourg livre ainsi un fragment plus méconnu de son enfance, où une explication très concrète a fini par remplacer une histoire qu'elle avait portée pendant trente ans.