Dans le monde de l'édition, c'est un séisme. Vendredi 13 mars, l'écrivain Boualem Sansal a décidé de quitter la maison Gallimard, qui éditait ses livres depuis près de 30 ans. L'auteur franco-algérien, libéré en novembre 2025 après un an de prison en Algérie pour "atteinte à l'unité nationale", rejoint les rangs de Grasset. L’écrivain a annoncé sa décision à Gallimard et à son PDG, Antoine Gallimard, qui a réagi "avec tristesse et déception".
"Nous n’avons pas eu la conversation que j’aurais aimé avoir" sur les raisons de son départ, a assuré Antoine Gallimard. L'éditeur avait publié tous les romans de Boualem Sansal depuis son tout premier, Le Serment des barbares, en 1999. La maison avait également milité fortement pour sa libération puis pour sa nomination à l'Académie française, intervenue il y a quelques mois après son retour en France.
Son prochain roman, le premier depuis sa libération, sera donc publié chez Grasset, une des maisons d'édition d’Hachette, qui appartient à Vincent Bolloré. "On ne vole pas les auteurs des autres", a réagi Arnaud Lagardère, le patron d'Hachette Livre, comme le rapporte le Parisien dans son édition du samedi 14 mars 2026. Selon lui, ce changement d'éditeur vient "des amis de Boualem Sansal". "C’est lui qui est venu vers nous. Après son année terrible dans les geôles algériennes, il a voulu complètement changer de vie. Et il commence par changer de vie professionnelle", a-t-il ajouté.
"Nous lui avons demandé dans laquelle de nos maisons il souhaitait être édité. C’est Grasset. Nous l’avons présenté à Olivier Nora (qui dirige Grasset). Ce n’est pas un choix idéologique mais littéraire. Boualem est un grand écrivain", a justifié l'époux de Jade Lagardère. Selon lui, le fait que le groupe, notamment ses médias "Europe 1 ou le JDD", ait aussi "beaucoup œuvré pour sa libération" a "peut-être" joué dans ce choix coup de tonnerre.
Mais pour Arnaud Lagardère, pas question de révéler les dessous de cette signature. "Un mystère, c’est beau. Que son arrivée chez nous reste un mystère. Il le racontera peut-être un jour dans un livre", a-t-il continué. Ce que l'on sait, c'est que l’ancien président Nicolas Sarkozy, aussi administrateur du Groupe Lagardère, l’avait reçu en décembre dernier dans ses bureaux de la rue de Miromesnil, à Paris.
Peu après sa libération, Boualem Sansal avait affirmé ne pas vouloir écrire de livre sur son expérience en prison, mais plutôt sur la "légende" qui entourait sa propre personne. "Cela m’a paru un thème très intéressant parce que, partout dans le monde, les gens vivent sur des légendes (…) qui structurent sur le long terme les sociétés. Je rêve de pouvoir écrire un grand roman sur ça", confiait-il à l'AFP. De son côté, Arnaud Lagardère espère pouvoir publier son premier roman chez Grasset "très bientôt".
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