Quand Chloé Mortaud répond au téléphone, le soleil de Californie, et plus précisément de Los Angeles où elle vit avec son mari et ses enfants, parvient jusqu'à nous. Malgré le décalage horaire, c'est toujours un doux moment d'échanger avec l'ex-Miss France, qui a la simplicité d'une bonne copine et l'envie réelle de partager son expérience avec le public.
Car, celle qui souffle ce samedi 19 septembre ses 37 bougies, traverse comme beaucoup de femmes des remises en questions et des épreuves. Si elle s'est récemment confiée à nous au sujet de sa reconversion sur le tard en tant que designer floral, elle réitère aujourd'hui avec un sujet plus intime, tabou dans le monde des Reines de beauté et au-delà : celui de ses souffrances liées aux maladies gynécologiques inflammatoires et chroniques, l'endométriose et l'adénomyose.
Ode : Comment allez-vous aujourd’hui ?
Chloé Mortaud : Je me sens plutôt bien même si je ne suis pas à 100% de mes capacités. Il y a encore des douleurs ! Je sors d'une opération assez importante, qui a duré quatre heures sous anesthésie générale, donc mon médecin m'avait bien dit qu'il faudrait un certain temps pour s’en remettre. Là, ça fait déjà un mois, et honnêtement, ce n'est pas aussi horrible que ce que j'imaginais.
Vous avez subi une laparoscopie début août, c’est bien ça ?
Oui, j'ai eu quatre trous en total pour qu'ils puissent aller couper et enlever les tissus qui étaient abîmés. En fait, on ne sait jamais dans un cas d'endométriose et d'adénomyose, ce qui était mon cas, l'étendue de ce qu'on va trouver en opérant. Ma chance, si je peux dire, c’est que c’est resté assez localisé au niveau de l’utérus, des ovaires et de la vessie. Bon, j'avais quand même des organes qui étaient collés entre eux… Mais je sais que pour d’autres femmes, c’est plus généralisé.
Comment avez-vous été diagnostiquée ?
On ne m’a jamais proposé le fameux test salivaire… Et ce n'est pas faute d'avoir demandé à tous les médecins que j'ai pu rencontrer pourquoi je souffrais autant à chaque fois que j’avais mes règles depuis l’âge de 11 ans. On m'a mise sous pilule à 14 ans, on m’a dit que c’était normal, de prendre du Spasfon… J'ai eu malheureusement, comme beaucoup d'autres femmes, des gynécologues qui ne m’ont pas écoutée. Il y en a quand même un qui m'a dit que j'étais très sensible !
Il aura fallu 25 ans pour poser enfin des mots sur vos douleurs…
C’est dingue, n’est-ce pas ? Après, ça ne fait que 5 ou 6 ans que j’entends vraiment parler d’endométriose... Donc, oui, il aura fallu 25 ans pour que j'obtienne un diagnostic ! Le fait de voir des témoignages et me rendre compte que j’avais les mêmes symptômes, ça m’a motivée à comprendre la situation. L’an dernier, j’ai lancé une recherche sur Chat GPT, qui m’a aussi suspecté la maladie avec ce que je lui décrivais et j’ai fini par prendre rendez-vous avec un spécialiste à Los Angeles. Il m’a vite fait passer une IRM et proposé trois solutions : poursuivre la prise d’hormones, réaliser une opération partielle et retirer les tissus endommagés ou bien, tout enlever si je ne voulais plus d’autre enfant.
Vous avez opté pour l’option numéro 2 donc.
Oui, me séparer de mon utérus à 37 ans était une trop grande étape dans mon esprit et les hormones ne m’ont jamais soulagé... Avec l’opération partielle que j’ai subie, je sais que je ne suis pas sortie d’affaire. Mon médecin a été très clair, ça ne se guérit pas. Ça risque de revenir mais au moins, j’ai des années de tranquillité devant moi normalement ! Je préfère avoir des cicatrices que des douleurs. J’ai eu peur, je ne vais pas mentir, j’ai pensé à mes trois enfants. Je me suis dit : "Mon Dieu, une opération n’est jamais sans risque". Mais je ne regrette pas de l'avoir fait.
Quelles étaient exactement vos maux, si cela peut aider d’autres femmes à se reconnaître et consulter ?
Ce ne sont pas juste des règles douloureuses. J’ai parfois souffert au point de ne pas réussir à aller à l’école ou au travail. J’étais au lit, incapable de me lever, recroquevillée, en train de pleurer, avec une bouillotte et des calmants. Je perdais beaucoup de sang, au bord de l'anémie, avec le fameux "endobelly" comme ils disent aux Etats-Unis. On pouvait avoir l’impression que j’étais enceinte de 5 mois tellement mon ventre gonflait ! J’ai aussi eu des infections urinaires à répétition et des crampes qui, avec mon recul de maman, sont semblables aux contractions lors d’un accouchement. Lorsque j'ai enfin pu mettre le doigt sur cette maladie, j'ai pleuré de soulagement en me disant "Je ne suis pas folle."
Vous avez une fille, vous craignez qu’elle soit touchée ?
Ma mère tombait dans les pommes avec ses règles donc il y a de fortes probabilités pour qu’elle ait eu de l’endométriose non-diagnostiquée et que ce soit héréditaire. J'ai une fille, en effet, donc je me sens doublement concernée. Il y a des risques quand même qu'elle ait aussi cette maladie... Pour le coup, je vais être hyper vigilante et je ne la laisserai pas souffrir comme moi pendant 25 ans. On va s'en occuper très rapidement si c'est le cas et j'espère qu'il y aura de nouvelles avancées sur le sujet.
Vos trois enfants réagissent comment à tout ça ?
Mes enfants me regardent me relever doucement. Le petit dernier, il dit : "Maman, elle a bobo" et il montre les quatre trous de l’opération. C’est vrai que c’est difficile de les serrer contre moi, car même un câlin, ça m'appuie sur le ventre et ça me fait encore mal. J'ai la chance d'avoir un mari extraordinaire. C'est un soutien moral et physique. Il s'occupe des petits, de la maison, me donne mes médicaments... Il est resté à l'hôpital alors qu'on ne savait pas combien de temps allait durer l'opération. Toute cette histoire m'a confirmée que je l'avais bien choisi.
Vous avez pu devenir mère naturellement à trois reprises, malgré l'endométriose et l'adénomyose. Ce n'est pas le cas de toutes les femmes.
Je fais partie des 50% de chanceuses de ce côté-là. Même si j'ai quand même vécu deux fausses couches, dont une avancée au deuxième trimestre. Maintenant que j'ai cette confirmation de maladies, c'est vrai que la question se pose de leur responsabilité dans ces arrêts de grossesse. Et ce qu'il faut se dire aussi, c'est que ma maternité a retardé mon diagnostic. Tout le monde me disait que je ne pouvais pas avoir d'endométriose parce que j'avais des enfants ! À force de l'entendre, je me suis effectivement laissée convaincre.
Pourquoi avoir rendu publique cette part de votre intimité ?
Ça aurait été hypocrite de ne pas en parler sur mes réseaux. Vraiment, c'était une notion de partage. Et parce que je n'ai pas honte : ni de parler de mes règles, ni des choix que j'ai faits dans ma vie, que ce soit ceux-là ou d'autres... Au travers de tout ça, je veux surtout faire passer un message de bienveillance. Il ne faut jamais juger les gens lorsqu'on les rencontre. On ne sait pas ce qui se passe dans leur vie. J'ai souvent fait bonne figure alors que derrière, je me tordais de douleurs. C'est pas parce qu'on a pu me voir en train de sourire sur scène que j'allais toujours bien.
Vous allez faire quoi pour votre anniversaire ?
J'ai bien l'intention de danser sur la table ! (rires) Je me suis promis, il y a quelques années, de toujours fêter mes anniversaires car on ne sait jamais combien il nous en reste. Donc même si je ne suis pas totalement rétablie, je serai avec des gens que j'aime.
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