Vous repoussez souvent vos dossiers à la dernière minute et récoltez l’étiquette de fainéant ? Il est grand temps de réhabiliter les retardataires en distinguant la paresse de la procrastination. La paresse est une absence globale d'élan : on ne fait rien, même quand l'action a du sens. Le procrastinateur, lui, est très actif. Il s'attaque à mille petites tâches pour fuir une mission précise qui génère de l’angoisse ou du perfectionnisme. Mais derrière ce comportement se cache souvent une mécanique intellectuelle étonnante que la recherche scientifique vient de mettre en lumière.
Une étude publiée dans New Ideas in Psychology par Lauren Saling et son équipe vient bousculer nos préjugés. Les chercheurs ont évalué la tendance à procrastiner, la tolérance à la frustration et la "pensée divergente" (la capacité à imaginer de multiples usages pour un objet). Soumis ensuite à la "tâche de Blicket", un casse-tête logique mêlant briques de Lego et disques lumineux, les participants les plus enclins à repousser l'échéance ont obtenu de meilleurs scores à certains des tests étudiés.
Loin du cliché de l'inertie, le procrastinateur adopte une approche exploratoire similaire à celle d'un enfant. Il teste et joue avec les options au lieu de foncer sur la première solution venue. Les scientifiques distinguent d'ailleurs le procrastinateur "passif", qui subit son retard et culpabilise, du procrastinateur "actif". Ce dernier choisit un retard délibéré, sachant que son esprit travaille en arrière-plan pour affiner les scénarios. Une attente qui peut favoriser des solutions plus originales et s'oppose aux "pré-crastinateurs", souvent si pressés de finir qu'ils font des erreurs.
Comment transformer cet esprit explorateur en véritable force de frappe ? La psychologue clinicienne Susan Krauss Whitbourne propose plusieurs ajustements concrets :
- Instaurez des phases : Fixez-vous un premier "faux" délai pour laisser place au jeu d'idées, puis un second strictement réservé à l'exécution.
- Communiquez : Expliquez honnêtement votre mode de fonctionnement à vos collaborateurs et posez ensemble des jalons intermédiaires.
- Décodez le signal : Observez ce que votre procrastination révèle. Est-ce une tâche mal définie, un manque de sens ou la peur du jugement ?
En agissant sur cette cause profonde plutôt que sur la date limite, votre esprit explorateur pourrait devenir un véritable atout.