Cinq ans ont passé depuis l’accident tragique qui a causé la mort de Christophe Dominici. La disparition du rugbyman français âgé de 48 ans avait plongé tout le monde de l’Ovalie, mais aussi celui du sport, dans la stupeur. Pour Loretta, la mère de ses deux filles, l’épreuve est encore vive, d'autant qu'elle se double d'un combat judiciaire. Lors de l’échange que Purepeople a eu avec elle mercredi 19 novembre pour évoquer la mémoire de l’homme de sa vie, sa voix, aux doux accents italiens, a parfois été brisée par l’émotion. Pour autant, et même si la tristesse de l’avoir perdu est toujours présente, elle veut parler de lui en se souvenant des moments de joie qu’il a apportés à tous ceux qui l’entouraient, afin que persiste l’image d’un homme drôle, touchant, proche des siens. Un homme dont le petit gabarit ne le prédestinait pas à devenir un grand joueur, mais qui, souligne Loretta, "grâce à son envie, à sa force et à sa volonté, était allé au bout de son rêve".
Purepeople : Vous vous apprêtez à commémorer les cinq ans de la disparition de Christophe : quel état d’esprit vous anime aujourd’hui ?
Loretta Denaro : J’ai envie que ce soit la joie. À l’image de celle qui devrait régner ce dimanche 23 novembre au stade Jean Bouin à Paris. Comme chaque fois que le Stade Français et Toulon, les deux principaux clubs pour lesquels il a joué, se rencontrent, le Trophée Christophe Dominici est remis en jeu. Ce jour-là, je souhaite que toutes les personnes qui ont connu Christophe aient le sourire en pensant à lui, aux émotions qu’il a transmises avec son jeu, avec sa folie. Il ne faut pas que ça s’arrête. On est toujours très émus de voir qu’il n’a pas été oublié. Que le joueur n’a pas été oublié. Mais aussi que le papa de nos filles n’a pas été oublié. Ça nous fait du bien.
Cinq ans ont passé et il vous semble toujours aussi présent dans l’esprit des gens ?
Oui, on le mesure aux nombreux messages que l’on continue de recevoir sur les réseaux sociaux, à l’engouement, toujours aussi intact, autour de cet essai qu’il marque en 1999 contre la Nouvelle-Zélande dont même des gens qui ne connaissent pas le rugby me parlent. Moi-même, je ne connaissais pas ce sport à l’époque. Je ne connaissais pas Christophe qui avait les cheveux teints en blond. Ça m’avait beaucoup fait rire de le découvrir comme ça après coup. Et là, voilà, cinq ans ont passé. La date anniversaire arrive, et c’est toujours un moment compliqué et intense pour nous.
Avez-vous prévu de faire quelque chose en particulier ce 24 novembre ?
Non, il y aura eu ce match, ce beau témoignage d’amitié, ce moment de fête qui nous réjouit. Cela ne nous empêche pas d’être tristes. Le 24 est une journée très dure. Mais on va une fois encore essayer de ne garder que le bon, l’image de cette étoile filante que l’on a eu la chance de voir passer dans nos vies. Que j’ai eu la chance d’avoir avec moi. Avec ma famille et des proches qui seront avec nous, je veux que nous pensions au Christophe drôle que nous avons connu. (Silence)
Cette émotion que l’on entend dans votre voix ne doit pas faire oublier la détermination dont vous faites preuve dans le combat que vous menez en justice pour que surgisse la vérité autour de ce qui s’est passé avant sa disparition…
C’est très important pour moi, mais aussi pour la mémoire de Christophe. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, il s'était investi dans le rachat d’un club de rugby mythique, celui de Béziers. Or, lors de cette opération au cours de laquelle Christophe a apporté toute son énergie, ses compétences et son expertise, il a été victime d’associés peu scrupuleux contre lesquels j’agis aujourd’hui en justice. Mon but, c’est d’éviter que des gens se fassent arnaquer par ces personnes. Christophe ne disposait pas de toutes les informations ; quand il a compris ce qui lui était arrivé, il s’est senti humilié, il a eu honte de s’être fait arnaquer. Il est passé pour un mytho devant la France entière et s’est alors muré dans le silence. J’attends aujourd’hui qu’on me fournisse des explications et que la justice passe. J’en ai besoin pour faire mon deuil.
Cinq ans après, c’est toujours difficile ?
Vous l’entendez sans doute à ma voix, ma tristesse est toujours là. Cinq ans, c’est long et pourtant, il me semble que c’est arrivé hier. Mais je veux me souvenir surtout de la joie qu’il apportait. C’était un homme qui occupait tant d’espace, qui avait tant de charisme que forcément, il nous manque. À moi, à nos filles, à ses amis, à mes beaux-parents.
Comment vont justement vos deux filles Kyara et Mya ?
Ce sont deux adolescentes magnifiques. Elles ont une force admirable. Elles sont dignes, affectueuses. Elles sont aussi rigolotes que lui. Ça me fait du bien de voir une partie de Christophe dans leur regard et dans leur attitude. On essaie de transformer avec elles chaque jour notre faiblesse en force.
Quelles sont les images les plus fortes qui vous reviennent de lui ?
Toutes les blagues qu’on se faisait. Tous ces épisodes drôles qu’on vivait chez nous. J’ai d’ailleurs cru au départ que ce serait un fardeau de garder notre maison et finalement, on y a beaucoup de souvenirs heureux. Quand on jouait à la bagarre avec les enfants, quand on se jetait de l’eau dessus. Ce sont des images qui nous font toujours sourire.
Y a-t-il des projets que vous avez envie de porter pour honorer sa mémoire ?
Il y a déjà deux stades qui portent son nom. Un dans le 16e arrondissement, vers le bois de Boulogne, où s’entraîne l’équipe de Paris et où jouent les jeunes, et un autre dans le Val-de-Marne, à Chevilly-Larue. C’est très beau. Maintenant, il est éternel.
Que souhaitez-vous que les gens retiennent de lui ?
Sa combativité. Quand il était jeune, il était complexé d’être petit, pas assez costaud. Mais grâce à son envie, à sa force et à sa volonté, il a pu réaliser ce qu’il a fait. J’aimerais que les enfants, les gens qui doutent trouvent en eux la force de réaliser leurs rêves. Christophe a montré que tout était possible.
Propos exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Purepeople
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