Peu s'en rendent vraiment compte, mais le choix des tenues à la télévision tient une part importante. Béatrice Rion, styliste de métier, ne peut que le confirmer. Elle qui habille une grande majorité des journalistes de BFMTV mais aussi Maya Lauqué, star de France 2, se livre à Purepeople. L'occasion de découvrir son parcours mais aussi les secrets de son métier que l'on ne connait finalement que très peu.
Quel est votre parcours ?
Je n’ai pas un parcours classique puisque j’ai d’abord été photographe. Puis, j’ai eu l’opportunité de travailler pour Canal+. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de femmes photographes. De fil en aiguille, je suis passée de la photo au stylisme. C’est un domaine que j’aime vraiment, ça s’est fait naturellement.
Aujourd’hui, en quoi consiste votre métier ?
Mon travail est de proposer des tenues aux journalistes, de les mettre dans un confort quotidien. Moi, je travaille beaucoup sur BFM, j'ai 15 journalistes par jour. En gros, mon métier consiste à faire du shopping, trouver des petits créateurs pour essayer de différencier et qu'elles ne soient pas toutes habillées pareilles, faire les essayages, d’être présente sur les plateaux ou pas et après, de renvoyer les vêtements une fois nettoyés. Aussi, je fais les salons, notamment le Who’s Next. Et c'est vrai qu'avec les réseaux sociaux aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile de contacter les maisons en direct. On a un relationnel très important avec les attachés de presse.
Avez-vous un contrat avec chaque chaîne ?
Par le passé, j’ai travaillé dans le divertissement, j’ai fait du théâtre, notamment des comédiennes. Aujourd’hui, j’habille surtout des journalistes. C’est plus confort pour moi parce que c’est récurrent. C’est pour des émissions qui sont diffusées tous les jours, toutes les semaines. Donc on peut se projeter à long terme. Avant, j’étais intermittente et j’ai arrêté pour monter ma boîte. Et là, je suis sous contrat d’un an avec les boîtes de production.
Comment choisissez-vous les tenues pour chacune des journalistes que vous habillez ?
Quand je choisis des vêtements, j’ai déjà en tête un look qui pourrait aller à une personnalité. Parce que personnellement, je travaille plus sur la personne, même si j’adore les tendances. En fait, il y a des choses que l’une peut porter, pas l’autre. Je ne souhaite pas non plus les déguiser, il faut qu’elles soient à l’aise. Mais généralement, ça reste quand même un peu classique et élégant, même si on apporte des touches sur la culture. C’est ce que j’aime faire aujourd’hui.
Est-il question de proposer plusieurs options à chaque journaliste ?
La plupart du temps, ça matche directement. Après, il peut y avoir des non-choix. Parce que les filles n'aiment pas du tout la coupe ou la couleur, qu’elles trouvent ça trop triste. Et puis, en ce qui concerne la coiffure et le make-up, les gens sont un peu plus indulgents. Moins pour les vêtements. Comme tout le monde s’habille, tout le monde donne son avis, c’est particulier. Donc si une rédac chef dit à sa journaliste qu’elle n’aime pas trop sa tenue, ça peut la déstabiliser. Le but est que dans l’ensemble, ça lui plaise. On essaye de ne pas se tromper. Mais à force, on les connait bien et il y a peu de non-choix quand même.
Quelle serait une journée type pour vous ?
Alors ça dépend : soit on a fait des shoppings la veille et on démarre par des essayages, soit ça va être de la prise de contact, ce qui arrive d’ailleurs généralement. Ensuite, j’organise la journée en fonction de plusieurs critères : Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on a à rendre ? Quel est le bureau de presse qui reçoit des nouvelles capsules ? Il y a bien sûr un travail de communication avant de se déplacer. Il y a aussi des rendez-vous, des shoppings. Après, on essaye de synchroniser afin de ne pas s’étaler sur tout Paris. Car si les bureaux de presse sont beaucoup dans le centre, il y a aujourd’hui des maisons qui ont leurs dépôts situés en banlieue parce que les loyers sont moins chers. Enfin, on finit par des installations dans les chaînes, dans les loges.
Parmi les stars que vous habillez, y a-t-il des hommes ?
Non, que des femmes. Pour l’instant, en tout cas. En fait, je suis rentrée chez BFM avec Marc-Olivier Fogiel, quand il est devenu patron de la chaîne. Parce que c’est quelqu’un avec qui j’ai bossé pendant 35 ans et qui est super fidèle. Et je n’habille pas d’hommes parce que sur la chaîne, les journalistes masculins ont un partenariat, donc pour le moment c’est de l’achat. Mais il y a une nouvelle direction qui a été mise en place, ça pourrait changer. On en a déjà un peu parlé, c’est encore en pourparlers.
Aujourd’hui, vous fonctionnez par prêt avec les marques. Comment cela se déroule-t-il ?
C’est bien cela, ce sont des prêts. Et ça ne se fait pas partout mais personnellement, je passe au pressing. Parce que parfois, dans les bureaux de presse, pour tout ce qui est magazine, ça part, ça revient. Et il arrive que parfois, avant même de faire essayer la pièce aux filles, c’est cracra. C’est quelque chose que je deal avec les boîtes de production. Ca leur revient un peu plus cher mais c’est aussi une manière de respecter les vêtements qu’on nous prête et que ça soit clean vis-à-vis des marques, qu’on leur rende les vêtements propres.
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