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EXCLU Maud Ankaoua, la romancière aux 8 millions de lecteurs : "Des livres en IA, je ne suis pas sûre que ça puisse fonctionner vraiment"
Publié le 23 octobre 2026 à 09:50
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À 55 ans aujourd'hui, Maud Ankaoua est derrière les best-sellers "Kilomètre Zéro", "Respire !", "Plus jamais sans moi", "Ces questions que tout le monde se pose" et "Tu m'avais promis", sorti en mars 2026 en librairies. La romancière s'est confiée en exclusivité pour Ode sur l'épuisement qui l'a menée à l'écriture et sur sa vision de la sincérité en littérature.
EXCLU Maud Ankaoua, la romancière aux 8 millions de lecteurs : "Des livres en IA, je ne suis pas sûre que ça puisse fonctionner vraiment"
À 55 ans, Maud Ankaoua est l'une des plus grandes vendeuses de livres en France, avec 8 millions de lecteurs conquis...

Maud Ankaoua au salon du livre de Paris au Grand Palais à Paris. Photo de Lionel Urman/Abaca Ces histoires mêlant voyages et épreuves, débordent d'humanité et d'une volonté de mener tout un chacun vers le bonheur...

Maud Ankaoua au salon du livre de Paris au Grand Palais à Paris, le 19 avril 2026. Photo de Lionel Urman/Abaca Ce style littéraire et ce succès, Maud Ankaoua ne s'y attendait pas. Sa voie première a d'ailleurs été de s'établir dans le milieu de la finance...

Maud Ankaoua à la Halle Georges Brassens de Brive-la-Gaillarde pour la 43eme Foire du Livre de Brive, le 7 novembre 2025. Crédit Jean-Marc LHOMER/Bestimage Mais après le décès d'un ami, un accident cardiaque et un "presque" burn-out, elle a tout plaqué pour se recentrer sur son bien-être...

Maud Ankaoua assiste au Festival du cinéma FeelGood à L’Isle-sur-la-Sorgue, en France, le 12 octobre 2025. Photo de Jérôme Domine/Abaca Maud Ankaoua s'est retrouvée à changer de cap à 40 ans, s'essayant à l'écriture malgré une professionnelle lui rejetant son tout premier texte... 

Maud Ankaoua lors de la 41ème Foire du Livre de Brive dans La Halle Brassens, à Brive-la-Gaillarde, France, le 10 novembre 2023. Crédit Jean-Marc Lhomer/Bestimage

Ce vendredi 23 octobre 2026, Maud Ankaoua souffle sa 55ème bougie. Un anniversaire que l'autrice française, aux plus de 8 millions de lecteurs, chérit tout particulièrement. En effet, après différentes alertes concernant sa santé mentale et physique, Maud Ankaoua savoure à présent un nouveau chapitre de sa vie intime et professionnelle. 

Le naturel désarmant malgré son statut d'écrivaine à succès, elle a accepté de se raconter par téléphone et en exclusivité pour Ode. Son précédent poste à responsabilités qui lui a coûté des drames, son quotidien entre Paris et le Sud, ses secrets et conseils d'écriture, l'intelligence artificielle dans la littérature... Maud Ankaoua s'est livrée au bout du fil avec la même générosité que le public lui apprécie en chacun de ses livres.
 

Maud Ankaoua : "Gagner beaucoup d'argent, c'est bien, mais pour être mort, ça a beaucoup moins d'intérêt"
 

Ode : À la base, vous êtes une scientifique, avec un cursus en finances internationales à Notthingham, Oxford, puis Sciences Po.
Maud Ankaoua : Oui, jusqu'à mes 40 ans, j'ai fait de la direction financière et générale. J'ai vendu ma dernière société à Dassault Systèmes en 2010. Les chiffres ont toujours été une porte d'entrée pour moi. J'ai travaillé avec des ingénieurs dans la recherche, je n'avais pas de mal à parler le même langage, mais ce qui me plaisait réellement dans ces missions de stratégie d'entreprise, c'était les relations humaines. 

Vous avez toujours eu le souci de voir vos collaborateurs heureux ?
J'ai très vite compris que pour que chacun puisse se réaliser et se surpasser en entreprise, il fallait éviter de mettre la pression inutilement. La réalité, c'est que quand les gens sont heureux au travail, ils ont envie de revenir, ils ont plein d'idées. Et quand ils sont créatifs, forcément, parmi toutes ces innovations, il y a des pépites.
 

Maud Ankaoua sur Instagram le 13 juin 2026. © Instagram, maudankaoua


Vous n'avez pourtant pas pensé à votre bien-être...
J'avais la tête dans le guidon. Comme j'étais passionnée par ce que je faisais, je ne me fixais aucune limite. J'étais 15 heures par jour au travail, à sauter dans des avions, avec les décalages horaires... Même les week-ends, je passais mon temps sur l'ordinateur. J'avais toujours des coups d'avance, je réfléchissais constamment à ce que je pourrais développer. J'ai fini par me noyer un peu et perdre l'essentiel, qui est de vivre au présent. 

Peut-on parler de burn-out ?
J'ai eu la chance de ne pas en faire, mais j'étais à deux doigts. Il y a des gens qui ont des burn-out parce qu'on leur en demande trop, ce n'était pas mon cas. Je me suis épuisée toute seule, portée par l'adrénaline. Je trouvais tellement de sens dans mes projets qu'être sollicitée non-stop, sans réels moments de pause, était devenu une sorte de drogue.
 

Maud Ankaoua : "J'ai fait un accident cardiaque, deux ans après la vente de ma société"
 

Votre coeur a montré des signes de faiblesse.
À mes 27 ans, j'ai appris que j'avais un problème congénital. J'ai subi une opération et pensé que tout cela resterait derrière moi. Malheureusement, j'ai perdu un associé d'une crise cardiaque. Recevoir un coup de fil annonçant la mort d'un ami, c'est un électrochoc. Gagner beaucoup d'argent, c'est bien, mais pour être mort, ça a beaucoup moins d'intérêt. C'était quelqu'un de robuste, qui courait des marathons... Ce jour-là, j'ai compris que ça n'arrivait pas qu'aux autres, que la vie peut s'arrêter.

Vous avez vous-même fini à l'hôpital ?
Oui, moi aussi, j'ai fait un accident cardiaque, deux ans après la vente de ma société et dans une période où je ne savais pas si j'allais en reprendre une. Est-ce que c'était lié à l'activité ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, un trop plein, ça, il n'y a pas de doute. Je n'écoutais pas du tout mon corps. À la suite de ces évènements, je réalise que cette vie-là perd immédiatement de son sens si on ne fait pas attention à sa santé. Donc ça devient numéro 1 de mes priorités.

Vous changez diamétralement de trajectoire...
Je décide de partir 5 semaines dans l'Himalaya, effectivement, avec guide et Sherpas. Avec pour seul objectif, de calmer le jeu. Pendant toute ma carrière, à chaque fois que j'effectuais un déplacement, ma passion, c'était d'aller rencontrer des peuples. Alors, je ne me pose pas de questions. J'ai besoin de me déconnecter, d'être seule. Je pars de mon plein gré. Ma boite est vendue, je suis à l'abri et je n'ai plus besoin de lire mes mails.

Comment réagissent vos proches ?
Bizarrement, ça les soulage. Je leur explique que je suis pas loin d'un burn-out. La personne avec qui je vis comprend, parce que chacun, tout autour de moi, ma famille, mes amis, me voient m'abimer la santé depuis des années. Tout le monde avait vraiment peur pour moi.

Vous revenez métamorphosée ?
Je prends la mesure de ralentir. Je me sens moins fragile. Je rentre à Paris avec l'envie d'un break. On me propose d'autres postes, des investissements, je trouve la force de dire non. Mon rêve depuis l'enfance, c'était de prendre ma retraite à 40 ans. D’être libre, de ne plus dépendre de quoi que ce soit, ni de l'argent, ni des autres. Et c'est cette liberté que je viens de trouver... Je suis à la retraite, entre guillemets, sans toucher un sou de l'État !
 

Maud Ankaoua : "Une plume m'a dit un jour que ce que j'écrivais était nul, ça m'a anéantie !" 
 

Arrive enfin l'écriture...
Ce qui se passe, c'est qu'à chaque fois que je me demande "Qu'est-ce que je pourrais faire de ma vie maintenant ?", j'ai l'intuition d'écrire un livre. Mais je mets ça de côté parce que je ne suis pas une littéraire ! On m'a casé parmi les matheux. J'ai encore la voix de mes profs en tête qui m'expliquent que ce n'est pas avec les lettres que je vais réussir. Je ne me sens pas capable d'écrire un livre, ni même d'ouvrir un fichier Word. Mes amis insistent... Je me lance, une phrase après l'autre. Au bout de 3-4 chapitres, je rencontre une "plume" à une soirée et lui fais lire mes premières lignes. Là, elle m'envoie un : "Ça ne va pas du tout, c'est nul !".

Aïe, ça pique !
J'étais anéantie, abattue. Je suis rentrée chez moi en me disant que j'allais enfouir ces pages dans un tiroir et passer à autre chose. Et puis, je me suis rappelée des mots de mon guide au Népal : "Ce n'est pas à la première chute que tu dois abandonner". Pendant plusieurs semaines, j'ai procrastiné avant de m'y remettre. Mon premier roman, Kilomètre Zéro, a mis deux ans et demi à sortir de mon esprit ! C'est long mais ça valait le coup. Pour l'anecdote, j'ai reçu par la suite un message de la fameuse "plume" qui a su mettre son égo de côté pour me féliciter.

Diriez-vous que tout le monde peut écrire ?
C'est le propre de la vie : tout est possible, à partir du moment où l'on a une motivation profonde. Si moi, j'ai réussi à écrire, je pense que beaucoup de gens peuvent se lancer ! J'ai commencé sur Microsoft Excel, imaginez-le désastre ! (rires) Je ne suis pas plus douée que les autres. La seule chose que je sais, c'est que si l'on s'acharne, qu'on accepte de tomber, de réécrire... Là, c'est jouable.
 

Maud Ankaoua sur Instagram le 22 avril 2026. © Instagram, maudankaoua


Vous recevez des critiques ?
Je reçois entre 500 et 600 messages par jour. Je ne peux pas répondre, c'est une frustration, mais j'essaie de tous les lire. Quand les gens n'aiment pas ce que j'écris, ils ne viennent pas souvent me le dire et laissent le livre de côté, j'imagine. Je me concentre sur les lecteurs qui me racontent qu'un de mes romans a changé leur vie, qu'il les a sauvé... Si mes mots font du bien, alors j'ai raison de continuer.

Vos ouvrages sont recommandés par des médecins !
Oui, car ils parlent de choses qui s'apprennent nulle part ailleurs. Pourquoi le bien-être et la confiance en soi ne sont pas enseignés à l'école au même titre que le français ou l'histoire-géo ? Ça donnerait des armes pour se défendre, surtout quand je vois à quel point les jeunes sont démunis aujourd'hui.
 

Maud Ankaoua : "Ma garde rapprochée, soit la personne avec qui je vis et mon frère, sont mes premiers lecteurs"
 

Que faites-vous lorsque vous n'écrivez pas ?
Depuis juin 2025, j'ai posé le point final à mon roman Tu m'avais promis (paru aux éditions Eyrolles et en librairies, ndlr). Je ne suis pas capable d'enchaîner directement alors je prends du temps avec les gens que j'aime. Je me lève tôt, je médite, je me balade en pleine nature, je fais du sport, je voyage... J'essaie de me limiter à 4 déplacements par mois, pour la promo ou des conférences, ce qui est déjà pas mal. J'ai besoin de moments de partage avec mes amis, d'instants rien qu'à deux aussi, pour me nourrir.

Vos phases créatives ressemblent à quoi ?
Je commence à peine à entrevoir le début d'un prochain livre. Je réfléchis déjà à des thèmes que j'aurais envie d'aborder et un décor. Pour vous répondre, quand j'entre en phase d'écriture, je ne me laisse aucun répit. J’écris tous les jours, de 5 heures du matin à 13 heures, à part à Noël et jour de l’an. Il me faut une bonne année et demi pour venir à bout d'une histoire. Ma garde rapprochée, soit la personne avec qui je vis et mon frère, sont mes deux premiers lecteurs. Ils me font des remarques, je corrige et ensuite, je donne le manuscrit à mon éditeur. Il ne sait jamais rien avant que je lui envoie !
 

Maud Ankaoua sur Instagram le 18 mars 2022. © Instagram, maudankaoua


Vous vivez entre Sanary-sur-Mer et Paris.
Je suis entre les deux, parce que j'organise des séminaires dans le Sud de la France. J'ai acheté un mas, quelque chose d'authentique, et je reçois les inscrits en petit comité. Je ne voulais pas réunir 500 personnes dans une salle sans âme et jouer les grands gourous, ça ne m'intéresse pas ! Donc, ça se passe effectivement chez moi, dans le Var, pour une vingtaine de places, et des rendez-vous 6 à 7 fois par an. 

Il se passe quoi durant ces "retraites" varoises ?
Eh bien, chacun se met à nu ! (rires) On est tous experts de nos vies alors on partage nos blessures, nos faiblesses, on apprend des clés des uns et des autres. Les participants me découvrent telle que je vis, telle que je suis. Je veux désacraliser ce schéma de l'auteur qui est un peu idolâtré. Quand ils arrivent, ils sont toujours émus, impressionnés. Et puis, on se met en tongs, on se détend. Et c'est vraiment magique ce qui se passe.
 

Maud Ankaoua : "Des livres en IA, je ne suis pas sûre que ça puisse fonctionner. L'écriture est un chemin difficile" 
 

Kilomètre zéro a été adapté en BD, à quand un film ?
Il y a déjà beaucoup de mains tendues sur le sujet. Je n'ai pas encore signé pour être tout à fait transparente parce que j'ai besoin que ce soit très proche de mes écrits. Une adaptation, comme son nom l'indique, c'est une adaptation. Or, pour qu'on ne s'ennuie pas à l'écran, il faut toujours ajouter de la tension... Je ne veux pas que mes lecteurs soient déçus. On m'a proposé d'écrire le scénario, mais c'est un autre métier.

Au regard de l'actualité, que pensez-vous de l'Intelligence Artificielle en littérature ?
Il y aura toujours des scandales. Je me souviens quand Internet est arrivé, on s'est dit, c'est la révolution, ça va être n'importe quoi. Je crois qu'après, si on veut rester incarné, des livres en IA, je ne suis pas sûre que ça puisse fonctionner vraiment. L'écriture est un chemin difficile. Ça demande de puiser au fond de soi. Quand j'écris, je pleure comme mes personnages ! (rires) Ce travail d'introspection est fondamental pour atteindre le cœur des gens. J'ai envie de continuer sur cet alignement, avec mes imperfections, plutôt que de me dire, je sors un roman par an et c'est plus simple avec l'IA.

Maud Ankaoua sera à la Foire du livre de Brive, le 6 novembre prochain.

Contenus exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Ode.

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Par Lucie Gosselin | Rédactrice
Journaliste passionnée, depuis plus de 10 ans, je réalise des enquêtes, des portraits, des reportages ou des interviews.
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