Après avoir livré un combat contre un cancer du poumon, Pascal Bataille a décidé de ne plus perdre une seule seconde. Dans son nouvel ouvrage, Le petit traité de la jouissance, l'animateur et producteur propose un manuel pratique et philosophique pour réapprendre à savourer l'instant présent. Pensé initialement comme un mode d'emploi pour apaiser ses propres angoisses, ce livre fourmille de conseils concrets pour fuir le stress du temps qui passe et renouer avec le plaisir pur.
À l'occasion de cette parution, Pascal Bataille s'est confié au média Ode. Rencontre.
Vous venez de publier "Le petit traité de la jouissance". Quel a été le déclic pour écrire ce livre ?
En fait, j'ai écrit ce livre parce que j'avais envie de le lire. Je suis quelqu'un qui s'est souvent et longtemps empêché d'être pleinement heureux. J'étais en permanence en train de penser à l'après. J'étais le genre de type qui, le dimanche à 15h, commençait déjà à stresser parce que le lendemain ça allait être lundi. En atteignant la soixantaine et après avoir traversé la maladie, je me suis dit qu'il était urgent de redonner de la saveur à la vie et d'arrêter de ressasser le passé ou d'angoisser pour l'avenir.
Justement, est-ce plus difficile d'être heureux aujourd'hui, à l'ère des réseaux sociaux et de l'hyperconnexion ?
Notre mode de vie n'arrange rien, c'est certain. Avec l'accélération du temps, on ne sait plus utiliser cet outil merveilleux qu'est la lenteur. On veut à tout prix faire trois choses en même temps : parler à quelqu'un, scroller sur Insta et observer le monde... On ne peut pas tout faire bien. Je crois que réapprendre à faire une chose à la fois, ça fait partie des clés du plaisir et du bonheur.
Quelles sont les méthodes concrètes que vous appliquez désormais au quotidien ?
Parmi mes petites techniques, il y a le fait de verbaliser mon plaisir. Ça paraît tout bête, et on peut avoir peur de passer pour un "neuneu", mais il faut savoir dire à voix haute : "Qu'est-ce qu'on est bien là ! Qu'est-ce que j'ai comme chance d'être ici !" Le verbaliser ajoute à la pleine conscience. Il faut aussi faire la paix avec soi-même. Comme le dit la très belle phrase de Simone de Beauvoir : "Il faut assumer le scandale d'être soi" et ne pas chercher à ressembler à une image préfabriquée.
Cette urgence de vivre est-elle liée au cancer du poumon que l'on vous a diagnostiqué il y a deux ans ?
Évidemment, ça a rendu cette quête de la jouissance encore plus nécessaire. J'ai toujours cru que le jour où l'on m'annoncerait ça, je m'effondrerais totalement. Mais au lieu de le prendre comme une condamnation, je l'ai pris comme une sorte de cadeau pour me contraindre à me dire que le temps qui me reste, quel qu'il soit, il ne faut plus que je le gâche. Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre mais ce n'est plus mon interrogation aujourd'hui. Alors que la mort et le temps qui passait a très longtemps été une source d'angoisse terrible pour moi, aujourd'hui, la seule chose qui compte, c'est de savourer au maximum les journées qui se déroulent et de me coucher le soir en me disant que j'ai peut-être été un peu utile à quelque chose et que du coup cette journée-là, elle a été précieuse.
Comment allez-vous aujourd'hui ?
Aujourd'hui, ça fait deux ans, je suis donc officiellement en rémission. Mais moi, je ne me dis pas que je suis en rémission : je me dis que je suis guéri. Je fais un scanner de contrôle tous les six mois et je refuse de passer cinq mois et demi à me demander ce qui va se passer au prochain examen. Ça serait m'infliger une double peine. Si un jour la maladie se réactive, il sera toujours temps de voir comment y remédier. Simplement, c'est un état d'esprit et une volonté d'essayer de profiter.
Propos exclusifs ne pouvant être repris sans la mention Ode.