Pendant très longtemps, pour combler cette fameuse case sur les formulaires, elle inscrivait par défaut le nom de sa sœur. Un choix de façade, alors que les deux femmes vivaient loin l'une de l'autre et ne se parlaient que quelques fois par mois. Sans dispute ni drame fracassant, les amitiés fusionnelles qui faisaient autrefois vibrer son quotidien s'étaient tout simplement diluées.
Mais le vrai drame, confie cette femme pour le journal espagnol Clarin, ce n'était pas de passer un samedi soir en pyjama devant la télé ou de voir son agenda désespérément vide. Le vrai poison, c'était la culpabilité. "J'ai 44 ans, et le plus dur dans le fait de ne pas avoir d'amis proches de mon âge, ce ne sont pas les week-ends vides, mais cette petite voix intérieure qui insiste sur le fait que quelque chose cloche chez vous", explique-t-elle avec une touchante vulnérabilité. À chaque conversation qui s'éteignait ou groupe WhatsApp qui devenait silencieux, elle y voyait un échec personnel, la preuve absolue qu'elle n'était plus digne d'intérêt.
Pourtant, la vérité est bien loin d'être un désaveu de sa personnalité. Bien décidée à comprendre ce phénomène, elle s'est plongée dans les recherches scientifiques sur les relations sociales à la quarantaine. Et le verdict est sans appel : si l'on perd ses amis entre 30 et 50 ans, c'est avant tout pour des raisons purement pratiques. La carrière qui explose et demande plus de temps, l'arrivée des enfants, les responsabilités familiales qui s'empilent, les déménagements en banlieue ou en province... Coordonner un simple verre en terrasse relève soudainement du parcours du combattant.
Une révélation qui a fait l'effet d'une thérapie. En comprenant que ses amis ne la fuyaient pas mais étaient simplement absorbés par le même tourbillon de la vie adulte, elle a enfin pu faire la paix avec elle-même. Pour couronner le tout, une fascinante étude de l'Université du Kansas est venue appuyer ce constat. Vous pensiez qu'il suffisait d'un bon feeling pour se faire un ami ? Détrompez-vous. Selon les chercheurs, il faut en moyenne 50 heures passées ensemble pour qu'une simple connaissance devienne un véritable ami. Et pour décrocher le statut de "meilleur ami" ou d'ami très proche ? Accrochez-vous : il faut compter 200 heures d'interaction ! Un investissement temporel colossal que la plupart des adultes dans la force de l'âge n'ont tout simplement plus le luxe de s'offrir.
La leçon à retenir ? Ce témoignage ne donne pas la recette magique pour se refaire un cercle social en un claquement de doigts. Mais il explique que si vos relations se refroidissent à l'aube de la quarantaine à cause du manque de temps, de la distance ou des biberons, ce n'est pas votre faute. C'est une simple équation mathématique que notre mode de vie d'adulte hyperactif rend impossible à résoudre. De quoi nous déculpabiliser une bonne fois pour toutes !
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