Pendant près de vingt ans, ses étés avaient la couleur du bleu turquoise comme Julien Clerc le raconte dans les colonnes de Paris Match. Chaque saison, il mettait le cap sur la Turquie, où son bateau, baptisé "Noé", l’attendait. "Pendant vingt ans, j’ai passé tous mes étés en mer, sur “Noé”, mon bateau, qui était amarré en Turquie. J’étais tranquille, je nageais des heures tous les jours", raconte-t-il avec douceur. Là-bas, loin du tumulte, le chanteur trouvait un rythme qui lui convenait : nager, lire, composer, respirer.
Puis la pandémie est venue bouleverser cette routine bien huilée. Les déplacements se sont compliqués, les séjours se sont espacés. L’évidence s’est malheureusement imposée peu à peu pour le chanteur. "Nous avons moins pu y aller. Donc je me suis résolu à m’en séparer" confie-t-il. Une phrase nette, sans détour qui ne croule pas sous le pathos non plus. Juste le constat d’une page qui se tourne.
Pour Hélène, son épouse, la Turquie n’avait pas d’équivalent. Un été passé entre le Pays basque et la Méditerranée française n’a pas suffi à recréer la magie. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblent habités par la nostalgie. Le bateau appartenait à une époque. Très vite, un autre horizon s’est dessiné qu’ils ont accueilli à bras ouvert. À l’initiative de leur fils Léonard, passionné de gastronomie, le couple a décidé de partir au Japon. Une destination lointaine, dépaysante, où ils ne maîtrisent ni la langue ni les codes.
Lui qui a longtemps eu ses petites habitudes a accepté de traverser le monde. Sur place, il savoure chaque instant. "Je peux dire adieu aux sushis, je n’en mangerai plus jamais d’aussi bons", plaisante-t-il, évoquant un déjeuner mémorable. La cuisine est d’ailleurs une passion ancienne. "Les gens ne savent pas que Julien est passionné par la cuisine", confie Hélène. À Londres, où ils vivent désormais, c’est lui qui fait les courses, prépare les repas et choisit les vins.
Depuis sept ans, cependant, le couple ne boit plus d’alcool. "L’alcool ne réussissait pas à Hélène, nous avons décidé ensemble d’arrêter de boire", précise-t-il. Cela ne l’empêche pas d’acheter de bonnes bouteilles pour leurs invités, il aime d’ailleurs encore beaucoup s’en occuper. Mais le couple semble vouloir découvrir de nouveaux horizons. En effet, c’est en août que les parents de Léonard décident de déménager de nouveau. Et à chaque changement d’adresse, ils ont une nouvelle habitude : ils se délestent. Meubles, objets, souvenirs encombrants : tout ce qui n’est pas essentiel disparaît.
"Je garde les livres qui me sont essentiels, explique Julien, et un piano. Dans cette maison, c’est la première fois depuis vingt ans que je n’aurai qu’un piano électrique. Il n’y a plus de place pour mon grand piano." Un compromis qui pourrait surprendre chez un artiste attaché à son instrument fétiche. Mais il balaye l’idée d’un sacrifice. Les décisions, assure-t-il, sont prises à deux. Julien Clerc reconnaît volontiers l’influence d’Hélène sur sa trajectoire. "C’est évident que, sans Hélène, je ne serais pas au Japon aujourd’hui, je ne vivrais pas à Londres." Elle l’aurait aidé à alléger son regard sur la vie, à se détourner des idées sombres qui le guettaient parfois. Aujourd’hui ce qu’ils semblent prioriser c’est une toute nouvelle liberté : "Nos deux seules propriétés, c’est notre voiture (…) et le “Patineur”, le pointu qu’Hélène m’a offert à Noël" plaisante-t-il.