À 72 ans, France Brel a décidé de prendre la parole et de ne plus se terrer dans le silence. Jacques Brel, célèbre interprète derrière les tubes Ne me quitte pas ou encore Quand on n’a que l’amour, a connu les joies de la paternité : Chantal, France et Isabelle ont toutes trois été le fruit de ses amours passés avec son épouse Thérèse Michielsen, décédée en 2020.
Gardienne de la mémoire de son père, celle qui a perdu sa sœur aînée en 1999 a créé la Fondation Brel à Bruxelles. "Tellement de choses ont été dites après sa mort que j’avais peur que tout parte en eau de boudin et qu’on raconte n’importe quoi. Désormais, je passe mon temps à dire qu’il faut faire attention à ce qu’on raconte. J’ai fait ces quatre films pour pouvoir dormir tranquille dans ma tombe", a-t-elle confié au Parisien, évoquant les quatre documentaires de deux heures consacrés à la vie du chanteur. Rétablir sa vérité, c’est ce que souhaite avant tout France Brel, qui a également connu des conflits avec Maddly Bamy, la dernière compagne de son père.
Le 9 octobre 1978, Jacques Brel s’est éteint à l’hôpital Avicenne de Bobigny, emporté par un cancer du poumon à 49 ans. Selon ses souhaits, il a été inhumé trois jours plus tard dans le petit cimetière d’Atuona, sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises, au-dessus de sa maison. Avant sa disparition, Jacques Brel rêvait de faire le tour du monde en voilier, mais la réalité l’a rattrapé lorsqu’il a appris qu’il était atteint d’un cancer. C’est sur cette île qu’il a finalement vécu ses derniers instants auprès de Maddly Bamy.
"Il pensait que les Marquisiens n’avaient pas assez de subventions. Il s’est dit : "Je vais demander à être enterré ici, comme ça, ils vont tous vouloir venir me voir et ce tourisme apportera de l’argent dans les caisses et fera connaître les Marquises". Même dans la tombe, il voulait aider les gens", a confié France Brel. Mais les funérailles de son père se sont malheureusement déroulées sans elle, ni ses sœurs, ni même sa mère. "Tout le monde pense que nous avons pris l’avion pour les Marquises, mais nous n’y avons pas été invités. La famille n’a pas été conviée à son enterrement. Après sa mort, ma mère, mes deux sœurs et moi sommes repartis à Bruxelles. Seuls Maddly, sa mère et l’imprésario de Jacques (Charley Marouani) sont partis avec son cercueil."
L’entente entre Maddly Bamy et la famille de Jacques Brel n’était manifestement pas au beau fixe, si l’on en croit France. "Un an après le décès, Maddly a raconté son histoire dans un livre. Mais on s’est tu. Qu’une famille "très méchante" contrecarre une "histoire d’amour" très belle, c’est moche, ça ne va pas. La révolte, non. Cinquante ans ont passé, je peux raconter l’histoire avec les témoignages des gens qui avaient été éloignés. Car aux Marquises, Maddly a fait le vide autour de lui."
Durant son entretien avec nos confrères, France est revenue sur le procès qui l’a opposée à Maddly en 1998. La dernière compagne du chanteur avait fait graver une plaque avec son visage et celui de Jacques Brel sur sa pierre tombale. Jugeant cela indécent, Thérèse Michielsen avait fait envoyer une plaque familiale. La réponse n’avait pas tardé. "Nous avons perdu le procès à Tahiti. L’emplacement appartient à notre famille, mais le monument, qu’elle a payé, lui appartient. Elle nous a renvoyé notre plaque par la poste. Sa tête à côté de la sienne, c’est la continuité d’une appropriation."
Selon France, Maddly aurait tout fait pour s’imposer et "écarter tout le monde". Mais concernant l’héritage, Jacques Brel avait organisé les choses de son vivant. "Son testament a fait de ma mère sa légataire universelle. Il l’avait écrit, je crois, un an avant notre départ en bateau. Il ne l’avait dit à personne. Seule ma mère le savait. Après sa mort, Maddly, ne voyant rien venir, a demandé à aller chez le notaire avec ma mère. Elle a découvert qu’il ne lui avait rien laissé, si ce n’est une maison à Uzès. C’était un grand stratège."
Maddly Bamy, aujourd’hui âgée de 82 ans, n’a pas pu donner sa version des faits, le Parisien n’étant pas parvenu à la joindre. Quoi qu’il en soit, la vie de Jacques Brel continue de faire couler beaucoup d’encre près de 50 ans après sa disparition.
player2
player2
player2