Marmonner dans sa cuisine, réciter ses tâches du jour à voix haute, s'encourager avant un effort : des millions de personnes se parlent à elles-mêmes sans même vraiment savoir pourquoi. Cette pratique est l'une des habitudes les plus banalisées et à la fois l'une des plus mal comprises. Ceux qui le font passent souvent pour excentriques. Mais selon des recherches en psychologie, ces personnes "ne sont pas étranges ; elles organisent leurs pensées plus clairement que la plupart des gens", comme le note le média brésilien C.B. Radar. Un phénomène qui mérite qu'on s'y attarde.
Quand on prononce ses pensées à voix haute, le cerveau ne traite pas l'information de la même façon qu'en silence. Il mobilise simultanément deux circuits : à savoir celui de la production du langage et celui de l'écoute. Ce double traitement renforce ainsi la mémorisation et améliore la clarté de la pensée. Ce phénomène, connu sous le nom de "self-talk" en psychologie, a fait l'objet de nombreux travaux, notamment de la Harvard Medical School.
Les recherches du psychologue Ethan Kross, de l'université du Michigan, publiées dans Scientific Reports en 2017 montrent, par exemple que se parler à soi-même à la troisième personne (dire "Paul doit rester calme" plutôt que "je dois rester calme"), crée automatiquement un distance psychologique qui aide à une meilleure régulation des émotions. On ne subit plus la pensée, on la regarde. Ce recul permet d'éviter les réactions impulsives et de raisonner de façon plus posée. En mettant des mots sur ce qu'on ressent ou pense, on gagne ainsi en lucidité sur ses propres émotions et sur la façon d'y répondre. Un effet amplifié en cas de situation de stress. Autre avantage de se parler à soi-même : verbaliser une tâche avant de l'accomplir aide à se concentrer.
Bien sûr, se parler à soi-même dans l'espace public n’est pas forcément évident. Mais rien n'empêche de commencer chez soi, pour apprivoiser la pratique. Vous savez désormais quoi faire en cas de situation stressante.
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