Derrière les tables de Drouant et les grands noms de la littérature française se cache aussi une histoire entrepreneuriale. Depuis 2018, le célèbre restaurant parisien appartient à Thierry et Laurent Gardinier, les frères de la troisième génération du groupe familial Gardinier. Une acquisition qui s’inscrit dans une stratégie plus large : construire un groupe autour de l’art de recevoir, en s’appuyant sur des maisons au patrimoine fort.
Fondé en 1927 par Lucien Gardinier dans le secteur des fertilisants agricoles, le groupe n’a pas toujours évolué dans l’univers de la gastronomie. Comme le rappelle son site officiel, l’entreprise familiale s’est progressivement diversifiée. Dans les années 1950, Lucien Gardinier se lance notamment dans le champagne avec la création du Domaine de Commetreuil. Puis, dans les années 1970, ses fils François et Xavier acquièrent les maisons Champagne Lanson et Champagne Pommery, revendues quelques années plus tard.
Dans les années 1980, Xavier Gardinier poursuit cette orientation vers les métiers du vin et de l’hospitalité avec la création du Domaine Les Crayères en Champagne et l’acquisition du Château Phélan Ségur dans le Bordelais, revendu en 2018. Une trajectoire qui va progressivement conduire la famille vers la restauration haut de gamme.
En 2011, Maisons Taillevent rejoint ainsi le groupe, avant que Le Comptoir du Caviar ne l’intègre à son tour en 2015. Le groupe développe également ses activités à l’international, avec notamment des implantations à Londres, Beyrouth et Tokyo.
C’est dans cette logique que Drouant rejoint le groupe Gardinier en 2018. Une maison qui coche toutes les cases de l’ADN familial revendiqué par le groupe : patrimoine, gastronomie et transmission.
Créé en 1880 par Charles Drouant, le restaurant situé place Gaillon, dans le 2e arrondissement de Paris, s’est d’abord fait connaître comme un lieu apprécié de la société parisienne, notamment pour ses huîtres. Au fil des décennies, Drouant est devenu bien davantage qu’une table parisienne. Selon l’histoire officielle du restaurant, l’adresse est intimement liée à la vie littéraire française depuis plus d’un siècle.
L’Académie Goncourt y tient en effet ses délibérations depuis 1914 et le prix Goncourt y est traditionnellement proclamé. Le prix Renaudot y est également annoncé depuis 1926. Une particularité qui donne à l’établissement une valeur patrimoniale difficilement comparable à celle d’un restaurant classique.
Avant son arrivée dans le groupe Gardinier, Drouant avait connu plusieurs propriétaires. En 1976, Jean Drouant cède ainsi le restaurant à Robert Pascal, ancien commis devenu propriétaire après quarante ans passés dans la maison. L’établissement change ensuite plusieurs fois de mains entre 1986 et 2006.
Le chef Louis Grondard lui permet alors de retrouver une reconnaissance gastronomique avec deux étoiles obtenues entre 1988 et 2005. En 2006, le chef alsacien Antoine Westermann devient à son tour chef et propriétaire des lieux. Douze ans plus tard, Drouant passe donc sous le contrôle des frères Gardinier.
L’enjeu n’est toutefois pas uniquement patrimonial. Drouant reste une table gastronomique. Aujourd’hui, les cuisines sont dirigées par Romain Van Thienen, formé notamment auprès de Cyril Lignac, Yannick Alléno et Olivier Bellin. Selon le site officiel du restaurant, le chef défend une cuisine bourgeoise et de saison, privilégiant le circuit court et les produits.
Sa carte revisite les grands classiques français avec une approche plus contemporaine, entre tradition parisienne et touches végétales. Une philosophie qui rejoint finalement celle du groupe Gardinier, dont la raison d’être est de "partager, cultiver et transmettre la richesse de nos patrimoines vivants".
Avec Drouant, les frères Gardinier n’ont donc pas seulement mis la main sur une adresse prestigieuse de la capitale. Ils ont intégré à leur portefeuille une institution dont la valeur repose autant sur son activité gastronomique que sur une histoire littéraire et culturelle construite depuis près d’un siècle et demi.