Pendant de très nombreuses années, les géants de l'agroalimentaire ont réussi à imposer une narration bien pratique pour protéger leurs affaires : celle qui rejette la responsabilité de la prise de poids sur une simple question de volonté individuelle et de dépense physique avec l'idée qu'il faille "manger moins et bouger plus". Une vision des choses que le neuroendocrinologue américain Robert Lustig combat sans relâche depuis plus d'une décennie.
Pour ce spécialiste renommé de l'obésité, affirmer que la prise de poids se résume à une vulgaire équation mathématique entre calories ingérées et calories brûlées relève d'une pure construction artificielle pensée pour déculpabiliser de nombreux fabricants. Selon ses travaux, les véritables responsables ne sont ni la paresse ni le simple nombre de calories au compteur, mais bel et bien l'action du fructose et la stimulation excessive de l'insuline dans notre organisme. Un constat que le secteur agroalimentaire aurait longtemps cherché à dissimuler via plusieurs études visant à orienter le débat. Mais alors comment perdre du poids et ré-ajuster correctement son alimentation sans se faire avoir par les discours mensongers ? Robert Lustig l'explique.
Pour bien comprendre le point de vue du docteur Robert Lustig, il faut regarder le rôle du métabolisme. Comme ce dernier l'explique, l'explosion de l'obésité ne vient pas d'une baisse d'activité physique, mais de la dérive de notre alimentation. En effet, le problème majeur réside dans la consommation excessive de fructose et les pics d'insuline qu'il provoque. Cependant, cet impact reste à nuancer car notre intestin grêle traite, en réalité, correctement 90 % du fructose ingérés à doses modérées. Ce n'est donc qu'en cas d'excès massif que l'organe sature. Et surtout, croquer dans un fruit frais n'a rien à voir avec le fait d'avaler un soda sucré. Le fructose n'est donc ni totalement à blâmer, ni à éliminer. Il faut simplement savoir où le trouver dans une proportion saine et équilibrée.
Réduire sa consommation de fructose n'est pas anodin. En effet, le médecin avance aussi que baisser la quantité d'insuline permet de réguler l'appétit et d'inciter au mouvement. Il s'appuie sur une étude où un traitement anti-insuline aidait des patients à réduire spontanément leurs glucides. Mais attention aux raccourcis : ce test initial n'était qu'un essai sans groupe témoin. Lors de l'étude de confirmation finale, la perte de poids n'était que de 2 % par rapport au placebo. Une nuance importante qui rappelle que si le contrôle du sucre et de l'insuline reste essentiel, la nutrition ne repose pas sur une formule magique unique. L’idée reste avant tout de manger équilibré en limitant la consommation excessive de “mauvais sucres”.