En économie, la rareté d’un bien contribue à sa valeur. Il semble en aller de même dans la famille Goldman. Jean-Jacques, dont le dernier album studio, Chansons pour les pieds, remonte à 2001, a quitté la scène après sa dernière participation aux Enfoirés, en 2016. Depuis, chacune de ses apparitions fait figure d’événement. La plus récente connue remonte à mars 2026, lorsqu’il a été photographié aux côtés d’Alain Souchon dans le public d’un concert de Vincent Delerm.
Ses enfants, malgré le parcours brillant de certains d’entre eux, semblent s’astreindre à la même diète médiatique. C’est notamment le cas de son fils aîné Michaël, qui fête ses 47 ans ce 24 juillet. Il est né du premier mariage du chanteur avec Catherine Morlet, sa première épouse.
Directeur de la Star Academy depuis son retour sur TF1 à l’automne 2022, il a supervisé quatre promotions successives avant que son départ ne soit révélé en juin 2026. Une exposition télévisée qui n’a pourtant dévoilé qu’une partie de son parcours. Loin du château de Dammarie-les-Lys, Michaël Goldman est avant tout un homme d’affaires, et l’une des sociétés qu’il dirige revendique même la première place européenne dans son secteur.
Vous connaissez peut-être son nom : elle s’appelle Tipeee. Lancée en décembre 2013, cette plateforme de financement participatif est dédiée aux créateurs de contenus. Le principe est simple : des internautes choisissent de soutenir financièrement leurs artistes, vidéastes, auteurs ou podcasteurs préférés, de manière ponctuelle ou régulière, grâce à des tips, des pourboires en anglais. En contrepartie, ils peuvent accéder à des contenus exclusifs, échanger avec la personne soutenue ou participer à certains choix éditoriaux.
L’idée semble banale aujourd’hui, alors que des cagnottes sont lancées à tout bout de champ pour financer un projet ou défendre une cause. Elle était beaucoup plus disruptive, pour reprendre un terme en vogue dans l’univers des nouvelles technologies, lorsque Michaël Goldman a décidé de l’explorer.
Tout commence avec My Major Company. En 2007, Michaël Goldman s’associe à trois partenaires pour créer un label d’un genre nouveau. Plutôt que de laisser une maison de disques assumer seule le risque financier, la société propose aux internautes de miser, à partir de 10 euros, sur les artistes sélectionnés par son équipe. Lorsque la cagnotte atteint les 70 000 euros nécessaires, l’album peut être enregistré, promu et distribué. En échange, les "internautes-producteurs" perçoivent une partie des recettes générées par les ventes.
© BestImage, Jeremy Melloul / Bestimage
Le premier coup de maître de Michaël Goldman s’appelle Grégoire. Inscrit sur la plateforme en décembre 2007, le chanteur convainc 347 personnes de financer son premier disque. En moins de deux mois, les 70 000 euros recherchés sont réunis. Porté par le tube Toi + Moi, l’album dépasse ensuite le million d’exemplaires vendus.
Le succès de Grégoire, qui a depuis fait une incursion vers la politique, offre une formidable vitrine à My Major Company. Le label accompagne ensuite les débuts de Joyce Jonathan, dont le premier album, Sur mes gardes, est lui aussi financé par les internautes, puis ceux d’Irma, révélée avec Letter to the Lord. En quelques années, la petite société devient l’un des symboles de l’émergence du financement participatif en France.
En 2012, My Major Company dépasse le seul secteur musical et s’ouvre à des projets liés au cinéma, à l’édition, aux jeux vidéo, au patrimoine ou encore à l’entrepreneuriat. Mais le modèle montre progressivement ses limites. De nouveaux acteurs comme Ulule et KissKissBankBank ont entre-temps pris le dessus.
En février 2016, Michaël Goldman annonce donc la fin de la plateforme généraliste. "Ce marché n’a pas vocation à accueillir beaucoup d’acteurs", explique-t-il alors au Monde, estimant que la concurrence impose rapidement une coûteuse course aux parts de marché. Son but : se concentrer sur le label et sur une nouvelle société lancée trois ans plus tôt, Tipeee.
La plateforme revendique aujourd’hui le statut de première plateforme européenne de financement participatif dédiée aux créateurs de contenus. Depuis son lancement, près de 59 millions d’euros y ont été collectés grâce au soutien de plus de 716 000 tipeurs.
Mais Tipeee n’est qu’une pièce d’un ensemble entrepreneurial beaucoup plus vaste. Les registres publics recensent en effet onze sociétés auxquelles Michaël Goldman est ou a été lié, dont sept sont toujours actives. Et la musique demeure naturellement au cœur de cette galaxy économique. L'ancien directeur de la Star Ac préside toujours My Major Company, mais également plusieurs structures consacrées à la production, à l’édition et à l’exploitation de droits musicaux, comme My Major Company Éditions, My Major Company II ou encore Fanzine Publishing. Autant de sociétés qui prolongent, sous différentes formes, l’aventure commencée en 2007.
L’homme d’affaires a également diversifié ses activités. Il dirige notamment A&R Capital, une société civile destinée à prendre des participations dans des entreprises et à gérer différents actifs. Il apparaît aussi parmi les associés de Camina, la société civile immobilière familiale créée en 1987 et toujours dirigée par Jean-Jacques Goldman.
À ces structures encore actives s’ajoutent plusieurs anciennes sociétés, parmi lesquelles My Major Company III, IV et V, ainsi que MassiveBrainGames, une entreprise spécialisée dans l’informatique et les jeux vidéo.
Plus que le directeur d’un télécrochet, Michaël Goldman, papa de deux filles, est donc surtout un entrepreneur audacieux. Son départ de la Star Academy coïncide d'ailleurs avec sa volonté de se tourner vers de nouveaux projets professionnels ainsi que le soulignait Le Parisien. Pas de doute, si la télévision l’a fait connaître du grand public, entreprendre demeure son véritable terrain de jeu.