Derrière les exploits légendaires du Ballon d'Or 1991, l'histoire de Jean-Pierre Papin s'est aussi construite autour d'un combat bien plus intime que ceux menés sur les terrains. Dans le documentaire JPP, diffusé sur la chaîne L'Équipe, l'ancien attaquant de l'Olympique de Marseille revient avec émotion sur l'épreuve qui a bouleversé son existence : le handicap de sa fille Emily, atteinte de lésions cérébrales et d'autisme.
Alors que leur fille n'était encore qu'un bébé, Jean-Pierre Papin et son épouse Florence ont été confrontés à un diagnostic particulièrement douloureux. Les médecins leur auraient expliqué qu'Emily ne marcherait jamais et leur auraient conseillé de la placer dans un établissement spécialisé. Une perspective que les parents n'ont pas voulu accepter sans chercher d'autres solutions. "Avec Florence, mon épouse, on a refusé d'écouter les médecins qui disaient qu'elle ne marcherait jamais et voulaient qu'on la place", confie l'ancien footballeur.
Refusant de renoncer à chercher des moyens d'aider leur fille, le couple s'est tourné vers les États-Unis. À Philadelphie, ils ont découvert la méthode de stimulation intensive développée par Glenn Doman. Le programme reposait sur des exercices répétés, destinés à solliciter les capacités physiques, motrices et cognitives de l'enfant. De retour à la maison, les Papin ont organisé leur quotidien autour de ces exercices, avec une implication considérable et le soutien de proches.
"On a trouvé une méthode aux États-Unis et on l'a appliquée pendant quinze ans", raconte Jean-Pierre Papin. Le programme demandait une présence constante et représentait une charge importante pour toute la famille. Dans un entretien au Monde, l'ancien joueur expliquait que le couple avait rapporté de Philadelphie un ensemble d'exercices à reproduire du matin au soir. À Munich, où il jouait alors, des familles d'expatriés étaient venues les relayer bénévolement pour les aider à tenir ce rythme particulièrement exigeant.
Cette méthode, qui a profondément marqué leur parcours, ne fait toutefois pas consensus dans le monde médical : elle n'est pas recommandée par les autorités de santé françaises, faute de preuves scientifiques solides permettant d'en établir l'efficacité. Le témoignage de Jean-Pierre Papin raconte donc avant tout l'expérience singulière d'une famille confrontée à une situation douloureuse et déterminée à explorer les possibilités qui s'offraient à elle.
Aujourd'hui âgée de 36 ans, Emily a réalisé des progrès importants. Elle marche et peut même courir sur de longues distances aux côtés de son père. Si elle ne parle pas, elle comprend ce qu'on lui dit et sa famille a développé avec elle un système de communication composé de huit signes, pour exprimer notamment des besoins essentiels. Ces gestes permettent à leurs proches de mieux comprendre ce qu'elle souhaite ou ressent au quotidien.
"On ne regrette pas", affirme Jean-Pierre Papin à propos de ces années de mobilisation. Pour lui et Florence, chaque progrès d'Emily représente une victoire précieuse, bien différente des trophées remportés au cours de sa carrière sportive. L'ancien Ballon d'Or évoque régulièrement l'importance de ces avancées quotidiennes, qui ont transformé le regard qu'il porte sur la réussite et sur sa vie de père.
De cette expérience est aussi née une volonté d'aider d'autres parents confrontés au handicap de leur enfant. En 1996, Jean-Pierre et Florence Papin ont créé l'association Neuf de Cœur. Sa mission est d'informer les familles sur les méthodes et les accompagnements existants, mais aussi de leur apporter du soutien, notamment financier, lorsque cela est possible.
En racontant leur histoire dans le documentaire JPP, l'ancien footballeur met en lumière une facette plus personnelle de son parcours. Loin des buts spectaculaires et des grandes victoires sur les terrains, il revient sur quinze années d'efforts familiaux, de recherches et d'adaptation. Un combat qui, pour lui, se mesure surtout à travers les progrès d'Emily et les moments partagés avec elle.