C'est une annonce qui a fait l'effet d'une bombe sur la Croisette. Le Festival de Cannes a révélé ce 11 mars 2026 que Barbara Streisand — actrice, réalisatrice, productrice, scénariste, chanteuse et auteure-compositrice — recevra la Palme d'or d'honneur lors de la cérémonie du Palmarès, le samedi 23 mai prochain, retransmise en direct depuis le Palais des Festivals. Une consécration pour l'une des artistes les plus complètes et les plus influentes du XXe siècle. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, une première : celle qui a été en couple avec un sportif très connu de 28 ans de moins n'a jamais foulé la Croisette.
Tout, chez elle, s'est joué très tôt, très vite, très fort — le communiqué du Festival résume d'ailleurs sa trajectoire avec une formule lapidaire : elle triomphe « à l'âge de 18 ans dans les cabarets, à 20 ans sur les planches de Broadway, à 21 ans avec son premier album. » Rêvant d'être actrice depuis l'enfance, Barbra Streisand s'était d'abord tournée vers la chanson par nécessité. C'est à 26 ans que le grand écran s'ouvre enfin à elle, avec Funny Girl (1968) de William Wyler — et son interprétation de Fanny Brice lui vaut immédiatement son premier Oscar (ex-æquo avec Katharine Hepburn). Le mythe est né.
Sa filmographie est d'une diversité remarquable. Barbra Streisand enchaîne les comédies musicales — Hello, Dolly ! (1969), Une étoile est née (1976) — les comédies classiques — La Chouette et le Pussycat (1970), Ma femme est dingue (1974) — et les drames qui lui permettent de révéler une tout autre facette de son talent, comme Nos plus belles années (1973). Mais c'est peut-être Yentl qui dit le mieux qui elle est vraiment. Bouleversée en 1963 par une nouvelle d'Isaac Bashevis Singer, elle en achète les droits — et attendra vingt ans pour voir le film exister, faute de trouver un studio prêt à lui en confier la réalisation. Barbra Streisand finit par le produire, le réaliser et l'interpréter elle-même, devenant au passage la première femme à qui Hollywood accorde un budget de production aussi important. Dans ce récit d'émancipation, le Festival voit d'ailleurs « une métaphore de sa propre destinée » — celle d'une femme qui a toujours « pulvérisé les règles pour imposer la sienne. »
Car derrière la star, il y a des records qui donnent le vertige. Seule artiste à avoir atteint la première place des ventes d'albums pendant six décennies consécutives, artiste féminine au plus grand nombre d'albums numéro 1 de tous les temps jusqu'en 2023, 10 Grammy Awards, 37 albums studio. Au cinéma : 2 Oscars, 11 Golden Globes — et une longue série de premières : première femme à recevoir l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1977, première à remporter le Golden Globe de la meilleure réalisation en 1984. Des chiffres que le communiqué du Festival juge lui-même insuffisants, rappelant que « cette comptabilité étourdissante n'est rien à côté de son influence sur la pop culture de la seconde partie du XXe siècle. »
Celle qui n'avait pas été tendre avec Bradley Cooper et Lady Gaga n'a jamais séparé son art de ses convictions. Via la Fondation Streisand, créée en 1986, elle soutient l'égalité des sexes, les droits LGBTQ+, la protection de l'environnement et l'éducation artistique pour les enfants défavorisés. Une cohérence rare, saluée par Iris Knobloch, présidente du Festival : « Cette année, nous avions à cœur de saluer une artiste qui s'est imposée par la force de son art et l'exigence de sa liberté. »
Pour Thierry Frémaux, délégué général, Barbra Streisand est « la synthèse légendaire entre Broadway et Hollywood, entre la scène du music-hall et le grand écran. » Le 23 mai prochain, cette synthèse recevra la Palme d'or d'honneur. Soixante ans après ses débuts, Cannes lui dit enfin : Hello, Gorgeous.
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