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Pierre Palmade : 'Mon homosexualité, je ne l'aime pas, je suis triste...Tant pis'

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Pierrot le clown est un clown triste. Ou plutôt, un clown blanc dans toute sa splendeur, sûr de son fait, de son art, de son élégance, de son charisme, de sa malice ; et un homo triste, sûr de ne pas être en phase avec son temps, et comme prisonnier de sa propre sexualité. Homo assumé, homo obsédé par le rigolo, "homo macho" né d'un homme à femmes, homo "triste d'être homo", ses confidences sans fard ont fait un effet boeuf. Bref, un clown pas triste.

Chez Pierre Palmade, ce qu'il y a de plus libre, et de longue date, c'est la parole. Celle de l'homme de théâtre brillant qu'il est devenu est passionnée, ambitieuse, affirmée ; celle de l'homme qu'il est (et apprivoise pour ainsi dire depuis toujours) est aujourd'hui nette, lucide, saillante. "Je ne revendique rien pour la cause [gay], qu'ils se démerdent, je fais en sorte d'être libre, qu'on me foute la paix", affirme-t-il à Nikos Aliagas dans un entretien saisissant de franchise pour Les Incontournables d'Europe 1, diffusé samedi 7 septembre 2013. Quelques heures plus tôt, également sur les ondes de la station de la rue François-Ier, sa "jumelle" Muriel Robin se trouvait elle aussi confrontée à la question de sa manière de vivre son homosexualité, tempérant les rumeurs de mariage avec sa compagne Anne Le Nen, mais y répondait avec beaucoup moins d'aisance : "Enfin, quoi ? Moi, ma vie est normale... On parle de quoi ? Deux mots là-dessus, alors, aussi. Qu'est-ce que j'allais faire un coming..., ma vie est normale, j'allais pas annoncer quelque chose de normal. C'est aux autres, s'ils ont des mots à mettre sur la vie d'une femme qui vit avec une femme, eh ben dites ce que vous voulez là-dessus", déclarait-elle chez Cyril Hanouna, dans Les Pieds dans le plat. Samedi soir, les deux compères, brouillés "deux, trois ans" et réconciliés une fois "le cordon coupé", se retrouvaient en prime time sur TF1 pour une émission spéciale à l'occasion du retour sur scène de Mumu l'humoriste.

"Elle avait perdu de vue son envie d'être comique, c'est pour ça qu'on s'était fâché", explique l'ami Pierrot. Lui n'a jamais connu cette sortie de route, ni au théâtre ni dans sa vie. L'envie de faire rire, les femmes (avant) ou le public (encore maintenant), est au coeur de sa conversation avec Nikos et de la comédie de boulevard "profonde", Le fils du comique, avec laquelle il revient sur les planches. L'homosexualité aussi.

Dans Le Fils du comique, suite de la pièce Le Comique qui l'avait vu triompher il y a cinq ans dans la peau de l'auteur à la vie dissolue Pierre Mazar, entouré d'une fine équipe de jeunes acteurs, Pierre Palmade veut qu'on rie toutes les trois phrases, et qu'on réfléchisse en sortant. À 45 ans, le dramaturge et comédien, qui propose par ailleurs un album de chansons rigolotes en digital, veut exploiter à fond la recette qu'il a trouvée en vieillissant : "J'aime bien parler de choses profondes et transgressives. Lier la forme - Maillant, le boulevard, etc. - avec le fond - Almodovar." Relecture moderne de la devise de la comédie classique "castigat ridendo mores" ("qu'on corrige les moeurs par le rire") souvent illustrée par l'oeuvre satirique de Molière.

"C'est pas parce qu'on s'assume comme homosexuel qu'on est heureux de l'être, et des fois on essaye malgré tout de se sentir le plus hétéro possible"

Au programme de ce retour sur les planches de Pierre Palmade : "Dans Le Comique, Pierre Mazard avait des problèmes d'alcool, de bringue, de drague. Là, je traite une longue névrose, il est casé, il a un mec, c'est un auteur de théâtre, il a 40 ans, et il veut un fils. Pas un enfant, un fils. Il décide de mettre en compétition deux femmes, sa meilleure amie et son actrice fétiche. Il y a un second thème : faire un enfant avec sa meilleure copine, ça fait un peu plus... pédé que de le faire avec une très jolie femme de passage. Il y a aussi la question de : c'est pas parce qu'on s'assume comme homosexuel qu'on est heureux de l'être, et des fois on essaye malgré tout de se sentir le plus hétéro possible", détaille celui qui vécut effectivement une vie hétéro, marié dans les années 1990 à Véronique Sanson.

Des enjeux sous-jacents qui appellent logiquement la question, soulevée par Nikos, de la thérapie cathartique. Mais sur ce point, de même qu'il nous confiait à l'époque du Comique que le divertissement primait et n'avait rien à voir avec un "épanchement gratuit", Pierre Palmade confirme avec force à Nikos que le rire est roi : "C'est pas seulement une thérapie, sinon j'irais seulement chez mon psy et je ferais pas chier les gens avec ça, c'est une envie de faire rire. Si je me permets de faire payer les gens, c'est vraiment qu'ils vont se marrer pendant une heure et demie. Je vérifie qu'ils rient au moins toutes les trois phrases. Ce que j'adore, c'est qu'ils se détendent. Le public va se marrer pendant une heure et demie, et ce n'est qu'à la fin qu'il va se dire 'oh putain, il nous a parlé de trucs qui d'habitude nous choquent, nous mettent mal à l'aise, nous font réfléchir'..."

"Je ne l'aime pas, mon homosexualité. Je suis juste triste d'être homo, mais tant pis... Il va bien falloir que je m'y fasse."

Une posture du dramaturge qui n'occulte évidemment pas la position de l'homme, à la ville, vis-à-vis de son homosexualité. Se confrontant à son personnage dans la pièce, Pierre Palmade se décrit comme se rapprochant du stéréotype de "l'homo macho" : "Il y a des homos qu'on oublie trop souvent parce qu'ils ont été masqués par les folles qui ont pris beaucoup de place, dans le théâtre notamment ; il y a les homos machos que je revendique, moi, un homo très cliché dans sa masculinité, qui veut comme un chef de famille protéger, diriger, se battre quand il faut, c'est lui qui gagne l'argent, qui a quelque chose de très conventionnel, de très rétrograde dans sa façon d'être, qui n'aime pas forcément d'autres homos. D'ailleurs, mon petit copain dans la pièce est plutôt homo efféminé, moi je suis plutôt homo macho."

Mais contre toute attente, assumer et analyser ne signifie pas le vivre sereinement. Comme souvent, la seule existence du rire agit comme un signal d'alarme, détectant la présence d'une fêlure. "Mon homosexualité ressemble de moins en moins à celle que je vois autour de moi... Je ne l'aime pas, mon homosexualité, je suis triste, avant j'étais en colère, maintenant, je suis juste triste d'être homo, mais tant pis... Pff... Je me trouvais fait pour les femmes, fait pour faire rire, protéger, ouvrir des portes, tout ce qu'on voit dans les films, dans les Walt Disney. Donc j'essaye d'en rire, j'essaye de me moquer de moi-même, de m'y faire car il va bien falloir que je m'y fasse, parce que si je dois tomber amoureux d'un mec, il va falloir que je m'aime moi, d'abord."

Alors, quand on le met face à la mobilisation de et pour "la cause", sa réponse est aussi tranchante que cohérente : "Je ne suis ni pro ni anti-homo, je ne revendique rien pour la cause, qu'ils se démerdent, je fais en sorte d'être libre, qu'on me foute la paix, j'essaye de rire le plus intelligemment de moi-même avant que les autres le fassent d'une manière moins intelligente." Être à contre-courant semble même s'apparenter à un gage de qualité et d'intégrité pour Pierrot, comme lorsqu'il désavoue "l'humour de vanne, cet humour moderne, qui se moque", affirmant sa préférence pour les "sous-entendus", et ces "phrases banales qui veulent en dire beaucoup". D'où la volonté affichée de s'entourer "de gens qui aiment bien le théâtre comique exigeant, les bons textes, et une façon de jouer assez subtile" pour "faire une espèce de petite Comédie-Française du théâtre de boulevard" et redonner ses lettres de noblesse au "théâtre rigolo". Et c'est là qu'intervient le flair de ce pygmalion quasi né, à la prétention bien placée : "Je suis un accélérateur de carrière car je donne confiance aux jeunes comédiens de la pièce. Dans ce métier, on perd un temps fou à imiter les autres, on n'ose pas être soi-même. Et moi, je leur dis non. Je crois savoir dire à un comédien là où il est lui-même et là où il est irremplaçable. Déjà à l'école, ça me fascinait de choper ce qu'il y avait de singulier chez les gens."

Il y a quelques années, Pierre Palmade résumait ainsi sa condition d'auteur : "Je n'écris pas pour les gens bienveillants. J'écris dans l'idée de séduire le dernier des connards qui me déteste." Un pouvoir de séduction viril. Machistador, on adore.

G.J.


Le fils du comique, à partir du 27 septembre au Théâtre Saint-Georges. Avec Pierre Palmade, Camille Cottin, Anne-Elisabeth Blateau, Benjamin Gauthier et Guillaume Clérice. Mise en scène d'Agnès Boury.

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