Elle aurait pu reprendre l'entreprise familiale et marcher directement dans les pas de son père. Mais Jade Genin a préféré tracer sa propre route. Fille du célèbre chocolatier Jacques Genin, elle a grandi au milieu des chocolats et des ateliers. Avant de créer sa propre maison, elle a même travaillé trois ans auprès de son père. Une expérience qui lui a permis de mesurer tout le poids de cet héritage… et l'importance de s'en détacher.
Rien ne prédestinait pourtant Jade Genin à devenir chocolatière. Après une enfance passée entre le sport-études et le patinage, elle se tourne vers le droit, passe le barreau et commence sa carrière dans un cabinet spécialisé en fusions-acquisitions. "J'étais en fusions-acquisitions dans un super cabinet, donc socialement et financièrement très bien", raconte-t-elle. Mais loin de la chocolaterie familiale, quelque chose lui manque.
"Comme mon père est chocolatier et que je suis quasiment née dedans, j'y ai passé un nombre d'heures incalculable. L'entreprise a toujours été comme un autre membre de la famille." Lorsque Jacques Genin commence à évoquer la possibilité de revendre à l'heure de la retraite, le déclic est immédiat : "Si lui arrête, pour moi ça n'existe plus. J'ai compris que je voulais que ce soit aussi ma vie à moi."
Elle quitte alors le droit et rejoint son père pendant trois ans pour apprendre le métier. Mais lorsqu'il faut envisager la suite, Jade Genin refuse de se contenter d'une succession toute tracée.
"J'avais deux choix : reprendre l'entreprise familiale ou créer la mienne." Elle choisit finalement la deuxième option. "Reprendre l'entreprise familiale ne m'enchantait pas car mon père avait construit son identité et sa clientèle fidèle depuis 20 ans. Venir apporter quelque chose de très différent aurait cassé sa cohérence et ne m'aurait pas laissé assez d'espace."
© Alex Sezka
La jeune chocolatière lance donc sa propre maison, avec une volonté claire : ne pas être simplement "la fille de". L'héritage de Jacques Genin reste toutefois profondément présent dans son travail. "Ce que j'ai conservé de mon père, c'est l'approche de la matière." Pour se différencier, elle a même instauré sa propre règle : "S’il y a un produit où ma manière de faire est la même que celle de mon père, je ne le fais pas." Elle cite notamment la galette des rois de Jacques Genin, qu'elle juge "tellement parfaite" qu'elle préfère ne pas en proposer.
Pour autant, cette volonté de construire son propre univers ne signifie pas qu'elle a tourné le dos à ce que son père lui a transmis. Bien au contraire. Pour apprendre le métier, Jade est directement allée travailler à ses côtés. "Il était un des meilleurs dans son domaine, c'était dommage de rater cette occasion." Une formation très concrète, loin des bancs de l'école : "L'artisanat s'apprend avec la répétition du quotidien, le beau geste s'apprend en répétant. La pratique quotidienne apporte la virtuosité."
Aujourd'hui, Jade Genin dirige seule sa maison et assume aussi bien la création que les achats, les RH, la comptabilité, le packaging ou encore le B2B. Elle travaille six à sept jours sur sept, dont cinq à l'atelier. Une polyvalence que sa formation juridique lui permet de mettre à profit.
Une indépendance revendiquée, même si porter le nom Genin n'est pas toujours un avantage. "Les gens ont un a priori et vous comparent", explique-t-elle. Dans la chocolaterie, elle assure également ne pas avoir bénéficié de passe-droit : "J'ai pas eu plus de facilité pour avoir un crédit à la banque, pas de discount sur le loyer ou les fournisseurs." Et la transmission ? Elle pourrait finalement avoir lieu, mais autrement. Jade Genin n'exclut pas de reprendre un jour la chocolaterie de ses parents. "J'aimerais qu'un jour la Maison Jade Genin reste une référence pour son originalité et sa vision, et peut-être reprendre un jour la chocolaterie de mes parents en faisant coexister les deux univers."
Une manière, peut-être, de faire vivre l'héritage de Jacques Genin sans jamais renoncer à son propre nom.
Les propos de Jade Genin ont été recueillis en exclusivité par Ode. Toute reprise ou reproduction doit impérativement être créditée à Ode.