À la tête des Mousquetaires et patron d'Intermarché depuis janvier 2023, Thierry Cotillard s’est imposé comme l’un des dirigeants les plus observés et respectés de la grande distribution. Un portrait fouillé que Les Échos lui consacrent met en lumière un patron au profil singulier, stratège assumé, mais aussi un homme de réseaux, capable de cultiver des relations d’estime au sommet, y compris avec ses concurrents directs. À commencer par Michel-Édouard Leclerc. Rien ne prédestinait Thierry Cotillard à labourer les terres familiales. "Contrairement à mon frère, je n’aimais pas les tracteurs", confie-t-il dans Les Échos. Diplômé d’une école d’ingénieurs agronomes à Rennes puis titulaire d’un master de commerce à HEC, il s’oriente rapidement vers le management et la stratégie plutôt que vers l’exploitation agricole. Son arrivée à la présidence du groupement Les Mousquetaires marque une rupture nette. Dès son élection, le 24 janvier 2023, il transforme la gouvernance. Par exemple ? Création d’un comité exécutif directement placé sous la holding, abandon de l’ancienne architecture fondée sur un conseil de surveillance ou encore une direction intermédiaire. Une décision qui tranche avec les usages historiques de l’enseigne. "Il occupe un rôle exécutif que ni mon père ni moi n’avons jamais eu chez Leclerc", observe Michel-Édouard Leclerc dans le quotidien économique. Dans un secteur où la rivalité est permanente et féroce, la relation entre Thierry Cotillard et Michel-Édouard Leclerc détonne. Entre les deux hommes, l’estime est affichée, et assumée.
"Je le considère comme un ami", confie sans détour le patron des centres E.Leclerc, allant jusqu’à évoquer un épisode estival où son homologue est venu "plonger dans sa piscine en Bretagne". Les deux dirigeants revendiquent des styles différents mais complémentaires. "Il joue offensif, moi je joue plutôt fond de court", résume Michel-Édouard Leclerc avec une métaphore en lien avec le tennis. Une opposition de tempéraments qui n’empêche ni le respect ni une forme d’esprit de corps, renforcé par l’histoire commune des deux enseignes puisqu'Intermarché est né en 1969 d’une scission avec Leclerc, menée par Jean-Pierre Le Roch. Une filiation qui dépasse donc la simple concurrence commerciale. Signe du destin, Thierry Cotillard a fait ses débuts comme adhérent dans le tout premier supermarché du fondateur d’Intermarché, à Issy-les-Moulineaux. Avant cela, il a multiplié les expériences et a travaillé à la direction de la filiale italienne, au pilotage de la région Centre-Ouest, et est passé par l’enseigne textile Vêtimarché. Aujourd’hui, Thierry Cotillard peut se targuer d’avoir aligné plus de 3 000 adhérents derrière une stratégie de croissance offensive, fondée notamment sur le rachat de magasins. "Nous rachetons des magasins parce que je pense qu’il sera difficile à l’avenir d’en ouvrir de nouveaux en France", explique-t-il aux Echos. Un second mandat à partir de 2027 semble acquis. Et la suite ? Michel-Édouard Leclerc glisse, non sans malice : "Il pourrait présider Leclerc".
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Les témoignages recueillis par Les Échos dessinent un portrait quasi unanimement flatteur de Thierry Cotillard. "Il est d’une sincérité totale", affirme le patron de MOM, une entreprise familiale, spécialiste du textile, établie dans les Hauts de France depuis 1957. Philippe Manzoni, son prédécesseur, salue lui "une grande agilité d’esprit" et une capacité à simplifier les sujets complexes. Même chez les concurrents, les louanges pleuvent ! Barthélémy Guislain évoque "sa force de conviction et son charisme ancré dans les territoires". Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, estime, quant à lui, que Thierry Cotillard "réconcilie l’impulsion stratégique et la culture opérationnelle", tandis que Dominique Schelcher le décrit comme un "concurrent sympathique et redoutable".
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