Michel-Édouard Leclerc reste, pour beaucoup de Français, le visage indissociable de l’enseigne E.Leclerc. Invité régulier des plateaux télé, défenseur acharné du pouvoir d’achat, il figure depuis des années parmi les "patrons préférés des Français". Pourtant, comme le rappelle Le Monde, la réalité est bien plus nuancée : "Il n’est pas vraiment un patron". Une affirmation qui surprend, tant son nom semble confondu avec celui du groupe.
Dans les faits, celui qui apprécie une qualité spécifique chez ses collaborateurs n’est plus propriétaire de l’enseigne qui porte son nom. Il ne détient aucun hypermarché et n’exerce plus de fonction exécutive. "Il ne dirige ni ne commande. Il ne possède aucun magasin", résument nos confrères. L’organisation du groupe repose en réalité sur une coopérative : les magasins appartiennent à des chefs d’entreprise indépendants, appelés les "adhérents", souvent très fortunés, structurés à l’échelle locale, régionale puis nationale.
Omniprésent médiatiquement, Michel-Édouard Leclerc est devenu au fil des années indissociable de l’enseigne. Une telle personnalisation n’a pas échappé aux adhérents, conscients de la nécessité de sécuriser la marque dans l’hypothèse où le groupe serait un jour dirigé par un patron extérieur à la famille. Pour éviter toute fragilisation, la famille Leclerc a fait un choix fort : revendre le nom "Leclerc" et ses dérivés aux adhérents au début des années 2000.
Le montant de la transaction est loin d’être symbolique : 120 millions d’euros. Une somme conséquente qui a permis à Michel-Édouard Leclerc et à ses deux sœurs de se constituer un solide patrimoine. Depuis cette vente, ce nom qui avait longtemps été source de tensions et de conflits familiaux ne leur appartient plus. Il est désormais la propriété collective du groupe.
Si Michel-Édouard Leclerc ne possède ni magasin ni marque, son influence reste centrale. Président du comité stratégique des centres E.Leclerc, il joue un rôle clé de "super-communicant, porte-voix, lobbyiste et stratège", selon le quotidien. Héritier d’un nom plus que d’une entreprise, il incarne aujourd’hui la ligne idéologique et médiatique d’un empire commercial qui ne lui appartient plus, mais dont il demeure l’une des figures les plus puissantes.
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