C’est un Christian Clavier sans langue de bois qui s’est présenté au micro du média OnTime. Alors qu'il partage l'affiche de la suite de la comédie Cocorico avec son complice Didier Bourdon, l'acteur emblématique de la troupe du Splendid a profité de cette tribune pour dresser un portrait sans concession de sa profession. Avec le franc-parler et l'énergie qu'on lui connaît, celui qui a fait rire des millions de spectateurs dans le rôle de Jacquouille la Fripouille a mis en lumière un chiffre effarant : 92% des acteurs sont actuellement au chômage.
“C’est un paradoxe tout à fait redoutable. Il y a énormément d’argent qui tourne dans cette profession, il n’y a jamais eu autant d'images consommées et en même temps les groupes se sont concentrés [autour de “milliardaires” selon lui, ndlr]. Et donc ils ont mis un certain nombre de gens qui ne sont plus des producteurs [...] avec comme ordre : ne perdez pas d’argent. Et vous ne faites pas de cinéma si vous ne perdez pas”, explique l'acteur de 73 ans, tandis que son acolyte Didier Bourdon acquiesce derrière lui. Pour la star de Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, cette obsession du profit immédiat tue la créativité : “Ils ne veulent plus perdre. Or, le cinéma, sur 10 films vous en avez 6 qui perdent. Deux qui font affaire blanche et deux qui sont des triomphes et rapportent beaucoup d’argent. C’est ça la statistique, ça a toujours été le cas. Quand ça gagne, ça gagne tellement que ça rembourse le reste. [...] Quand vous perdez, ça fait partie de l’ordre des choses.”
Selon Christian Clavier, le métier a radicalement changé de visage depuis ses débuts avec son ex-femme Marie-Anne Chazel et ses amis du Splendid. L'acteur regrette une époque où l'instinct et l'envie de voir une histoire sur grand écran primaient sur les feuilles de calcul. “Nous, on a commencé avec des producteurs. Claude Berri, qui produit Les Inconnus, il a fait faillite trois fois, fait fortune deux fois. [...] Quand vous déjeuniez avec ces gens-là, vous parliez d’un projet de film. Ils vous disaient : ‘C’est un film que j’ai envie de voir’. Ça voulait dire que le film allait se faire.” Désormais, tout a changé.
Selon Christian Clavier, produire un film c’est devenu le parcours du combattant. “Aujourd’hui, pas du tout. Vous écrivez un scénario, vous le présentez, vous avez un producteur qui vous dit : ‘Bon bah je vais aller faire le tour des télévisions, je reviens…’”. Et de poursuivre en mimant la réponse : “Alors, écoute c’est bien, il faut que tu changes ton début, ça serait mieux que tu supprimes ton casting qui n’a aucun intérêt et la fin n’est pas bonne non plus. Et puis on va redemander à d’autres gens parce que pour l’instant on a la moitié de l’argent que ce qu’on pensait.” Un système qui, selon lui, favorise la quantité au détriment de la qualité et laisse la grande majorité des artistes sur le carreau. Triste constat.
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