Dix ans après son départ fracassant de Canal+, Maïtena Biraben continue de porter un regard inflexible sur cet épisode qui a marqué un tournant dans sa carrière. Invitée sur RTL dans l’émission On refait la télé, la journaliste est revenue avec franchise sur cette période mouvementée. Derrière les chiffres impressionnants de l’indemnisation obtenue, plus de 3,5 millions d’euros, c’est surtout une blessure encore vive qui transparaît.
Car pour elle, Canal+ n’était pas une simple entreprise. C’était bien plus qu’un employeur, presque une institution culturelle à part entière. "Canal était une idée, une culture qui a apporté quelque chose à la société française", confie-t-elle, avant d’ajouter que voir cet univers évoluer de la sorte a été "extrêmement douloureux". Une peine qui, loin de s’estomper avec le temps, semble s’être installée durablement : "J’aurai de la peine jusqu’à la fin de mes jours". Son éviction en 2016, décidée dans un contexte de transformation de la chaîne, l’a profondément affectée, tant sur le plan professionnel que personnel.
Elle reconnaît avoir traversé une période difficile : "physiquement oui, puisque j’étais en vrac". Mais contre toute attente, cette parenthèse imposée s’est aussi révélée particulièrement bénéfique. Elle évoque même une période de renaissance : "Ça a été l’une des plus belles années de ma vie", expliquant avoir pris le temps de se reconstruire, de réfléchir et de redéfinir ses priorités. Cette période de transition a notamment conduit à la création de Mesdames Production en 2019, une société engagée dans la production de contenus centrés sur les femmes. Un projet ambitieux, porté par une volonté de donner du sens à son parcours.
Une aventure rendue possible, en partie, par la somme obtenue à l’issue de son combat judiciaire contre Canal+. Car en 2023, après des années de procès, la justice a définitivement tranché en faveur de Maïtena Biraben, condamnant Canal+ à lui verser plus de 3,5 millions d’euros pour licenciement sans "cause réelle et sérieuse". Une décision qui pourrait, pour certains, apparaître comme une forme de réparation. Mais pour l’ancienne animatrice, la réalité est bien différente. Interrogée sur cette somme conséquente, elle tient d’abord à recadrer les termes.
"Ah non, ce n’est pas de l’indemnité c’est du salaire" précise-t-elle, ce qui change totalement la perception de cette compensation financière. Elle insiste également sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un gain net : "Et c’est taxé, la moitié va à l’État, et c’est tout à fait normal". Face à ces éléments, l’animateur de RTL s’interroge logiquement sur la possibilité de voir dans cet épisode une forme de tremplin, notamment pour lancer ses projets. Une hypothèse que Maïtena Biraben nuance sans détour. Si elle reconnaît que cette somme a contribué au financement de sa société, "Oui, on est partis sur fonds propres avec Mesdames", elle refuse catégoriquement d’y voir une raison de gratitude.
"De là à ce que vous arriviez à sortir de ma bouche un “merci”, ça, non", tranche-t-elle. Une réponse qui traduit un refus de réécrire l’histoire sous un angle positif. Pour elle, ce qu’elle a vécu dépasse largement la question financière. Cette position s’inscrit dans une réflexion plus large sur les transformations du paysage médiatique. Sans citer directement de noms, elle évoque une série de bouleversements touchant plusieurs médias : "C’est arrivé à iTélé, Canal+, JDD, ça arrive aujourd’hui chez Grasset, je ne peux pas dire merci". Si Maïtena Biraben a su transformer cette épreuve en opportunité, elle refuse néanmoins de minimiser ce qu’il lui est arrivé.