Établissement emblématique fondé au début du XIXe siècle, L’Esturgeon fait partie intégrante du patrimoine de Poissy, dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres à l'Est de Paris. Idéalement situé en bord de Seine, près de la future passerelle piétonne, ce célèbre restaurant a vu défiler des peintres impressionnistes avant de séduire aujourd'hui de grandes entreprises comme le PSG ou Porsche. Pourtant, cette institution bicentenaire pourrait bientôt fermer ses portes, directement menacée par un lourd litige qui l'oppose à Voies Navigables de France (VNF).
Comme l'explique une enquête publiée par Le Parisien, le cœur du conflit repose sur l'emplacement de la salle de restauration, d'une capacité de cinquante couverts, bâtie historiquement sur la berge de la Seine. Le gestionnaire du domaine public fluvial estime que sa propriété s'étend jusqu'à la route et exige une compensation financière conséquente. Ancien salarié devenu propriétaire des lieux en 1999, Olivier Gremillet dénonce aujourd'hui une hausse vertigineuse des tarifs. "Il y a toujours eu une convention pour occupation du domaine fluvial, renouvelable tous les 4 ans, avec une redevance équivalente à environ 1 000 euros par an, explique-t-il au quotidien francilien. Sauf qu’en 2004, elle est passée à 5 000 euros, sans aucune explication. Maintenant, ça atteint la somme démentielle de 14 500 euros annuels." Pour le chef d'entreprise de 59 ans, ces montants réclamés sont devenus intenables et mettent en péril la survie même de son établissement. "On est face à des gens qui considèrent juste que vous avez un commerce qui marche, vous avez de l’argent donc vous pouvez payer sauf que ce montant peut mettre en péril mon affaire, souligne le restaurateur. C’est une entreprise familiale, je travaille avec ma femme et l’un de mes fils, derrière j’ai douze salariés qui peuvent se retrouver au chômage du jour au lendemain."
Si les premières décisions juridiques ont souvent penché en faveur de la famille Gremillet, le tribunal administratif de Versailles a récemment donné raison à VNF. L’Esturgeon a ainsi été condamné à une amende de 50 000 euros, assortie d'une obligation de remettre les lieux en état, ce qui impliquerait la démolition pure et simple de la salle à manger. Le propriétaire a immédiatement fait appel, mais déplore l'échec d'une réunion de conciliation organisée le mois dernier : "Ça a duré 15 minutes car aucun interlocuteur en face n’est disposé à discuter véritablement." De son côté, la direction de VNF affirme que la convention d'occupation signée en 1999 "n’est plus en vigueur depuis 2004". L'organisme d'État justifie son action auprès du Parisien : "Depuis lors, l’occupation se fait sans autorisation, c’est-à-dire illégalement. Les tribunaux administratifs et les juridictions compétentes ont reconnu le caractère irrégulier de l’occupation et confirmé, à plusieurs reprises, le bien-fondé des démarches engagées par VNF pour recouvrer les indemnités dues." Le gestionnaire fluvial se dit toutefois ouvert à une régularisation de la situation respectant "l’équité entre les occupants du domaine public". Un argument fermement réfuté par Olivier Gremillet, qui dénonce "une vendetta" et assure qu'aucun autre riverain, restaurant ou particulier, n'a été inquiété sur ce secteur. Face à cette impasse, l'entrepreneur, qui a également ouvert une partie hôtelière en 2013, reste déterminé : "Sinon je fermerai la salle, je ferai racheter le fonds de commerce par ma SCI, il n’y aura plus de restaurant et le droit de passage se monnayera très cher."
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