Un peu malgré elle, Gennifer Demey, 33 ans, est devenue la porte-voix d'un sujet encore tabou qui touche pourtant une grande partie de la population. L'animatrice des bulletins météo du groupe M6, qui a épousé le célèbre magicien et visage des mêmes chaînes de télévision Éric Antoine, a vu la fin de son année 2026 chamboulée par une fausse couche. Comme 1 femme sur 4, Gennifer Demey a ainsi vécu l'impensable, l'arrêt de sa grossesse durant le premier trimestre.
Un véritable choc pour l'ancienne Miss Aquitaine qui a exprimé sa tristesse mais également sa vive incompréhension sur Instagram le 15 octobre dernier, lors de la Journée mondiale du deuil périnatal. En exclusivité pour Ode, elle s'est confiée de nouveau sur ce rêve de maternité, les aides mises en place pour aller mieux, mais aussi sur ses souhaits pour l'avenir et son tout premier "date" avec son mari... C'est par téléphone et chez elle, ses deux chiens Robin et Cookie à ses pieds, que Gennifer Demey nous a livré son histoire avec beaucoup de douceur, de dignité et de lumière.
Ode : Votre prise de parole a été relayée par de nombreux médias et internautes.
Gennifer Demey : Je ne m’attendais pas à une telle réaction. Avant de publier, j’avais beaucoup hésité, par pudeur et peur d’être jugée mais j’avais besoin de partager cette réalité. Ce cri du cœur était surtout envers le monde médical. Les avancées concernant la fertilité féminine sont énormes. Toutefois, je ne comprends pas que l’on puisse prendre le temps d’aborder le risque d’infertilité lors d’un rendez-vous gynécologique préconceptionnel mais pas celui de l’arrêt de grossesse. Bien sûr que c’est dur d'accepter la possibilité de perdre un bébé, et ce n’est pas ce qu’on veut entendre, mais il y a tout de même un rôle de prévention à tenir de la part des soignants.
Vous vous en êtes voulu de ne pas poser davantage de questions ?
J’étais en colère contre moi-même. Comme on ne parle pas assez de l’arrêt de grossesse, on en sous-estime la réalité : la douleur physique, les conséquences émotionnelles et psychologiques, parfois des contractions d’une extrême violence qui durent plusieurs jours... Mon intention n’est pas de me plaindre, mais de briser un silence. Cette réalité concerne une femme sur quatre : c’est vous, moi, une sœur, une amie, une collègue, une voisine. Et trop souvent, c'est seule et dans le silence qu'on traverse cette épreuve, car il ne faut pas oublier qu’on nous recommande, voire nous impose, de ne rien dire durant le premier trimestre.
Était-ce votre premier test positif ?
Oui. Nous étions si heureux, Éric et moi, de cette merveilleuse nouvelle. Comme tous les parents qui désirent un enfant et découvrent ces fameuses deux barres sur le test de grossesse ! J’avais tout bien fait, en adaptant mon alimentation et ma routine sportive. J'ai vu de nombreux thérapeutes, notamment dans la périnatalité, pris toutes les vitamines indispensables. Enceinte, j’étais d’une insouciance folle, rien ne me stressait. Chaque malaise, chaque nausée me rassurait presque, car je me disais : c’est signe que ma grossesse avance et que notre petit bébé va bien ! Je n’avais jamais ressenti une telle sérénité. D’ailleurs, j’attendais de rejoindre mes proches dans le Sud pour leur faire la surprise…
© Instagram, gendemey
Malheureusement, tout a basculé lors de ce premier trimestre.
En effet et c’est douloureux de lire la définition du deuil périnatal faite par l'OMS. Parce que si l’on perd un bébé avant un certain stade (l’Organisation mondiale de la santé considère comme deuil périnatal, la perte d’un bébé dès la 22ème semaine d'aménorrhée jusqu’à sept jours après la naissance, ndlr), on n’a pas de mot à poser sur cette épreuve hormis "fausse couche", qui est un terme que j’exècre. Comment peut-on appeler cela une "fausse couche" lorsqu’une femme perd réellement le bébé qu’elle porte, quel que soit le stade de la grossesse ? Lorsqu’elle traverse réellement le sang et les contractions, parfois d’une violence inouïe et souvent sur ses WC ? Qu’y a-t-il de faux dans ce qu’elle vient de vivre ? La grossesse, la perte, la douleur, tout est réel.
Quelles ont été les réactions autour de vous ?
Mes proches m’ont soutenue même s’ils apprenaient ma grossesse au moment où elle n’existait plus. Mais je me suis surtout aperçue à quel point il y a un véritable malaise face à la mort. Avec des phrases très maladroites : "ton corps n’était pas prêt", "ton bébé n’était pas assez fort", "moi, ma mère a perdu son bébé à la naissance". Ou le pire : "t'inquiète, t’en auras d’autres", comme si c’était une vieille paire de chaussettes qu’on remplaçait… Et en même temps comment blâmer ces personnes qui, comme moi, ont appris qu’un arrêt de grossesse, ce n’était rien ? Cette épreuve me permet de réaliser qu’il y a un véritable travail d’information à mener. Donc non, je n’oublierai pas cette grossesse comme les médecins ont pu me l’ordonner, elle a existé ! Elle représente notre envie profonde de fonder une famille et elle a toute sa place dans notre histoire. Et je reste optimiste et positive quant au fait de mener à nouveau une grossesse.
Comment allez-vous et qu’avez-vous mis en place pour surmonter ce drame ?
Aujourd’hui, je me relève doucement. J’ai la chance de ne pas être seule, d’être entourée de beaucoup d’amour par mon mari, ma famille, mes beaux-enfants, mes chiens. J'ai intégré un groupe WhatsApp de mamans endeuillées, j’ai également consulté des thérapeutes spécialisés dans les arrêts de grossesse et fait des séances d'ostéopathie car l’évacuation de la grossesse a été très douloureuse physiquement. Cependant, Éric et moi avons aussi envie de nous concentrer sur tout ce qu’il y a eu de beau dans cette histoire écourtée. Ça a été un moment intense. C'est important de croire encore au bonheur. Même si j’ai conscience qu’il n’y aura plus jamais d’insouciance et de sérénité s’il y a un jour d’autres grossesses. Toutes les femmes qui se sont confiées à moi suite à ma prise de parole me l’ont confirmé.
© Instagram, gendemey
Avec Éric Antoine, ça sonne comme une évidence.
Je n'ai jamais eu de doute sur l'amour qu'on se porte. Comme beaucoup de couples, nous avons traversé quelques épreuves en dehors de celle-ci et elles m’ont montrées que c’est le meilleur partenaire à avoir à ses côtés ! Je suis arrivée un peu tard dans sa vie, par conséquent, on a soif de vivre mille aventures ensemble. Dans l’intimité, c’est quelqu’un qui arrive à exprimer ce qu'il vit, ce qu'il ressent, à écouter l’autre, et c'est ce qui m'a profondément séduite. On partage l’amour des animaux, de la nature, Éric est végan, je suis végétarienne. Et pour avoir déjà fréquenté des personnes qui n'avaient pas cette sensibilité-là, on se sent extrêmement seuls et incompris.
Vous n’avez jamais livré les détails de votre rencontre !
Parce qu’elle est terriblement banale ! (rires) Je ne connais pas le pourcentage de personnes qui tombent amoureuses d'un collègue, mais on est dans la moyenne. Sauf qu’au lieu de se croiser à la machine à café, c’était sur un plateau météo. On présentait le programme de Lego Masters, on a éprouvé une sympathie professionnelle. Finalement, on s’est retrouvé quelques mois plus tard sur le tournage des Traîtres. Une alchimie amicale est née à ce moment-là. On devient bons amis. On s'envoie des livres. On prend des verres, mais accrochez-vous, on parle de physique quantique, de philosophie, de poésie, d'histoire… Pas de séduction !
Comment avez-vous fait pour ne pas rester en friendzone ?
Notre amitié a évolué une fois nos histoires d’amour précédentes achevées. Quand il a appris que j'étais célibataire, il a déposé son CV ! (rires) Notre premier rendez-vous amoureux donne l’impression de ces fameux téléfilms à l’eau de rose : on a construit pendant des heures une maquette de Legos avec nos tasses de thé fumant et nos cookies, tout en parlant de nos rêves, nos envies, de cette histoire d’amour naissante... On était vraiment comme deux gosses ! Je ne pensais pas un jour épouser l’un de mes meilleurs amis. Mais si ça peut convaincre certaines personnes de le faire, foncez, c’est magique !
Vous avez emménagé ensemble. Où vivez-vous ?
On a notre chez-nous depuis peu. On s’est enfin décidé à laisser nos anciennes vies en province. On avait besoin de créer notre cocon, de fonder notre propre socle ici en Ile-de-France. Nous sommes proches de Paris, dans un cadre verdoyant. Notre maison a un beau jardin où des libellules, des petits écureuils, des hérissons et même des renards passent leur museau ! On adore faire de longues balades avec nos chiens dans la forêt adjacente.
Quelle belle-mère êtes-vous pour vos beaux-fils, Ulysse et Raphaël ?
J’espère une belle-mère sympa ! Les garçons sont en garde partagée. Ils passent la moitié du temps avec leur maman, à Aix-en-Provence, et l’autre avec nous, à Paris. Je n’avais aucune appréhension quant à ce rôle. Ce sont deux adolescents formidables et je le dis sans rougir : je les aime dans leur intelligence, leurs partages et même dans leurs bêtises… bref, dans tout ce qu’ils font ! Une belle confiance s’installe entre nous mais j’ai conscience que ce n’est pas facile pour tout le monde d’être beau-parent, on doit prendre le train en marche dans une cellule familiale où suite à la séparation, la priorité a été donnée aux enfants puis au chagrin des parents. On peut se sentir comme la 5ème roue du carrosse.
Vous êtes une figure du groupe M6, mais pas que…
Je suis ostéopathe de formation. J’avais un cabinet à Bordeaux depuis 10 ans, que j’ai malheureusement fermé. Ma relation avec Éric m’ayant exposée, j’ai reçu des messages d’insultes, de menaces et j’ai été harcelée. Des hommes m’ont même attendue le soir à la sortie du cabinet. Ça me rend profondément triste de ne pas pouvoir retravailler dans ce domaine dans la mesure où je ne me sens plus en sécurité. Je réfléchis à d’autres manières d’apporter du soin aux gens, avec mon expertise. Ça se fera peut-être à distance, sur les réseaux sociaux.
Quels sont vos projets ?
Je continue la météo sur M6, je fête mes 10 ans d’antenne ce mois-ci. Sinon, Éric et moi avons à cœur de trouver un moyen de parler au public de notre manière de vivre, que l’on veut la plus harmonieuse avec le monde qui nous entoure, par notre alimentation végétale. De montrer que nous pouvons passer des moments fabuleux tout en respectant le vivant. Par exemple, à notre mariage, on a choisi des repas totalement végan et grâce à ça, trois de nos invités se sont lancés dans le végétarisme avec l’envie de progresser vers le véganisme. On espère petit à petit, apporter un œil nouveau sur cette façon de penser. Ça pourrait être des conseils, des stages, des retraites, on fourmille d'idées ! De mon côté, j’ai envie de distiller toutes mes bonnes astuces santé, bien-être et mon parcours de végétarienne sans filtre sur les réseaux.
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