“Il y a toujours la mer, partout sur la planète, pour penser à toi, cher papa. C'est à notre tour de te dire bon vent". Au cimetière de Monestier, en Dordogne, on aurait presque pu entendre les vagues et sentir les embruns ce 16 janvier 2021. Six jours avant, le 10 janvier, Georges Pernoud a embarqué pour son dernier voyage dans un hôpital de Plaisir. Depuis alors plus de deux ans, le créateur de Thalassa se battait contre la maladie d’Alzheimer, qui lui avait fait oublier certains de ses proches et ses émissions. Mais pas la mer. “Je le revois fixer un tableau de paysage de campagne au mur et me parler de bateau”, racontait au Parisien son dernier rédacteur en chef.
En 2017, c’est déjà à cause de la maladie qu’il avait dû laisser derrière lui Thalassa. Son émission, son bébé, son phare. Entre Georges Pernoud et la mer, l’histoire d’amour a commencé au début des années 1970. Il n’a que 26 ans lorsqu’il embarque à bord du voilier 33 Export pour filmer la course autour du monde en équipage Whitbread Round the World Race. "Je me suis dit que le milieu maritime était un milieu différent des autres, et que si un jour j'en avais l'occasion, je ferai un magazine sur ce milieu”, confiait-il de retour sur la terre ferme. Il aura fallu deux ans pour que son idée fasse son chemin. Et le 27 septembre 1975, Thalassa était née.
Le magazine de la mer a fait les beaux jours de France Télévisions jusqu’en 2017, lorsque Georges Pernoud a dit adieu à la télé et a laissé sa place à Fanny Agostini. 42 ans d’émission, 37 ans de présentation, 1 704 numéros… Il évoquait alors des différences de points de vue avec son employeur et une fatigue persistante. En réalité, il était déjà rattrapé par la maladie. “Son départ de Thalassa a été un moment difficile, il redoutait de s'arrêter, même s'il avait conscience qu'il commençait déjà à perdre la mémoire. Un jour, il se disait que son état ne lui permettait plus, qu'il avait de plus en plus besoin de prompteur”, disait son dernier rédacteur en chef, Erik Berg.
Il a terminé sa vie dans une maison de retraite avant de partir pour son dernier voyage à l’âge de 73 ans. Entouré de Monique, sa épouse depuis 1973, de ses amis, mais surtout de ses deux filles. Au petit cimetière de Dordogne où elles lui ont dit adieu, Fanny et Julie ont trouvé les mots pour honorer sa mémoire. “Vous avez formé le plus beau des équipages, confiaient-elles en parlant du couple de leurs parents. Grâce à Thalassa, tu vas rester encore longtemps vivant dans tous les cœurs et les esprits.” Elles racontaient leur enfance passée auprès de ce père simple, souriant et amusant, qui supportait “les caprices de [s]es princesses”.
Il faut dire que ses enfants sont intimement liés à sa carrière. Et que sa carrière l’est aussi à ses filles. "Alors que débutait cette aventure télévisuelle, je suis devenu père : Fanny, mon aînée, a le même âge que ce magazine. Julie, ma cadette, est née trois ans plus tard. Je peux dire que c'est dans notre maison près de Bergerac, une ancienne grange, que j'ai vu grandir chaque été mes deux enfants”, racontait l’ex-caméraman dans les colonnes de France Dimanche. En Dordogne et ailleurs, il a toujours voulu les élever dans la simplicité, le respect de la nature et de la structure familiale si chère à son cœur.
“Avec les années, tu es devenu un personnage public, mais tu es resté le même. Quand on commençait à frimer, tu nous rappelais : ‘On ne dit pas je suis la fille de... On dit je suis’”, racontaient Fanny et Julie Pernoud. Les deux ont pourtant grandi dans la passion maritime de leur célèbre papa. Et elles ont perpétué son héritage. “J’ai cette fibre, j’ai été élevée en regardant Thalassa, même si je suis devenue un peu plus militante que papa”, expliquait l’aînée, née en 1975, à Sud-Ouest.
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Journaliste, elle est devenue réalisatrice. Fanny et Georges Pernoud ont collaboré ensemble sur plusieurs projets au début des années 2000, dont deux DVD : Thalassa - Les plus belles îles du littoral français et Thalassa - La Polynésie vue du ciel. Membre de l’association Un océan de vie, la fille aînée du présentateur veut “sensibiliser les enfants au ramassage des déchets et à la vie sous-marine”.
Parmi ses travaux les plus remarqués, Les Vies dansent, diffusé sur Public Sénat, qui suit des femmes en situation de handicap à travers la danse. Ou encore L’île aux miels, pour France Ô, qui interroge notre rapport au vivant et à la nature. Sa sœur, de trois ans sa cadette, est directrice de production. “C'est une profession difficile : elle est un peu le cuisinier du bateau. Comme moi, elle a beaucoup d'humour. Ce métier lui va bien”, expliquait Georges Pernoud à Vivement dimanche. Depuis plus de 10 ans, elle travaille à AMP VISUAL TV, où elle est responsable des activités vidéomobiles hors sport.
Fanny et Julie continuent de raconter Georges Pernoud dans l’intimité. Comme sur le plateau de Vivement dimanche, quand la deuxième disait vouloir parler “du côté” avant-gardiste de son papa à ses petits-enfants. Contrairement à aujourd’hui, avec "toutes les émissions qui existent”, il avait “vraiment un côté visionnaire des choses”. Sa sœur le décrivait comme “quelqu’un de gai, d’enthousiaste, qui avait toujours de nouveaux projets. Il ne regardait pas trop derrière lui, mais regardait avec confiance”.
Lors de ses obsèques, Fanny et Julie parlaient d’“équipage”. Quatre ans plus tard, on comprend mieux la métaphore. Leur papa a quitté le pont. Mais le cap, lui, est resté. Et elles continuent de le suivre.
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