Nous sommes en décembre 1984. A cette époque, Bernard Arnault, 35 ans, se lance dans une opération qui va transformer son parcours d’entrepreneur : la reprise du groupe Boussac. Invité de Guillaume Pley dans LEGEND, le patron de LVMH est revenu sur cette étape décisive, qu’il considère comme le point de départ de la construction de son empire mondial du luxe.
À cette époque, Boussac est en grande difficulté. Le groupe, placé en faillite en 1981, est dirigé par des gestionnaires nommés par l’État, mais sa situation continue de se dégrader. Selon Bernard Arnault, l’entreprise perd alors environ 100 millions de francs par mois. Face à cette crise, l’État lance un appel d’offres afin de trouver un repreneur capable de redresser l’activité.
Pour Bernard Arnault, alors dirigeant d’une entreprise familiale basée à Roubaix, le pari est particulièrement risqué. Le groupe familial est loin d’avoir la taille des acteurs intéressés par l’opération, mais il décide de se lancer avec l’accord de son père. Le montage financier prévoit un apport de 400 millions de francs d’argent frais. "J’ai mis 50 millions avec le groupe familial", explique-t-il à Guillaume Pley dans LEGEND. Les 350 millions restants sont réunis auprès d’investisseurs partenaires. En complément, l’État accorde un prêt de 400 millions de francs, une solution également demandée par les autres candidats à la reprise.
Ce prêt public était assorti de conditions précises : son remboursement dépendait du retour aux bénéfices du groupe, avec un taux d’intérêt variable. Bernard Arnault rappelle qu’il a finalement été intégralement remboursé, avec des intérêts supérieurs au montant initial. Il réfute ainsi l’idée que cette opération aurait constitué le seul moteur de sa fortune, rappelant les retombées économiques générées depuis par le groupe construit autour de cette reprise.
Après le rachat, une vaste restructuration est engagée. Le groupe Boussac possède alors un portefeuille très diversifié, comprenant notamment Conforama, Dior, Le Bon Marché ou encore la concession du Jardin d’Acclimatation. Bernard Arnault fait le choix de conserver principalement Dior et Le Bon Marché, deux actifs qui vont devenir des piliers de son développement dans le luxe.
Cette stratégie d’acquisition de marques à fort potentiel deviendra la signature du dirigeant dans les décennies suivantes. Après Dior, Bernard Arnault construit progressivement un portefeuille international de maisons emblématiques, jusqu’à faire de LVMH le premier groupe mondial du luxe.
Parmi les opérations marquantes figure notamment le rachat de la maison italienne Loro Piana en 2013, spécialisée dans les matières d’exception. Une acquisition qui illustre la volonté du groupe de miser sur des marques familiales disposant d’un savoir-faire unique et d’un fort potentiel de développement à l’international.
L’opération Boussac apparaît ainsi comme le premier grand pari d’une méthode qui sera répétée pendant près de quarante ans : identifier des marques fortes, préserver leur identité et accélérer leur développement mondial. Pour Bernard Arnault, cette reprise aura été le point de départ d’une stratégie qui a progressivement transformé une entreprise familiale en un empire international.
Retrouvez l’interview complète de Bernard Arnault par Guillaume Pley sur la chaîne YouTube de LEGEND.