Celui qui a fêté ses 60 ans il y a peu continue d’occuper une place à part dans le paysage audiovisuel français. Animateur, producteur, entrepreneur et désormais écrivain, il fait partie de ces personnalités qui ont marqué plusieurs générations de téléspectateurs. Derrière les succès de Vendredi tout est permis, Les Enfants de la télé ou encore Stars sous hypnose, se cache pourtant une réalité plus difficile : même les producteurs les plus expérimentés peuvent parfois se tromper et connaître l’échec.
Si ces dernières années, Arthur s’est aussi illustré dans un autre registre que la télévision avec la publication de deux romans, lorsqu’il accepte de se confier dans le podcast Fracture, c’est surtout son parcours d’entrepreneur qu’il évoque. Avec ses réussites comme ses déconvenues. Parmi elles, une expérience revient immédiatement dans la conversation : District Z. Lancée sur TF1 à l’hiver 2020 avec Denis Brogniart aux commandes, l’émission se voulait spectaculaire, ambitieuse et capable de séduire bien au-delà des frontières françaises. Sur le papier, tout semblait réuni pour en faire un véritable succès. Arthur ne cache d’ailleurs pas qu’il croyait profondément au potentiel du programme.
Le concept, inspiré des grands formats internationaux, reposait sur un décor impressionnant, des centaines de figurants, des cascadeurs et une mise en scène digne d’une superproduction. Un investissement considérable que le producteur pensait rapidement amortir grâce à l’intérêt suscité à l’étranger. Au cours de son entretien, il résume lui-même la situation avec franchise : "C’est un four, mais ce n’est pas un échec". Une manière élégante de rappeler que même si l’aventure s’est soldée par un échec ce n’était pas un rejet du public, bien au contraire. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut revenir aux coulisses du projet.
Le budget global de la production de District Z atteignait 10 millions d’euros, partagés entre TF1 et la société de production d’Arthur. Un pari important, mais calculé puisqu’au moment où District Z est présenté aux diffuseurs étrangers, l’enthousiasme est immédiat. "Il y a 10 millions d’euros d’investissement, TF1 prend la moitié à sa charge, ce qui est énorme, et moi je prends mon risque de producteur et je mets autant de ma poche, notamment parce que quand j’ai présenté le pitch à l’international, j’avais déjà 10 clients qui veulent tourner dans mon décor… Ça faisait une centaine d’émissions donc j’amortissais tout de suite les 5 millions". Tout indiquait que l’opération allait devenir extrêmement rentable. Puis survient l’événement qui va tout faire basculer. Avec encore une certaine incrédulité, Arthur se souvient : "9 jours avant la première : le Covid !". En quelques jours, l’ensemble de l’industrie du divertissement est frappé de plein fouet.
Les déplacements deviennent compliqués, les productions sont suspendues et les tournages internationaux sont progressivement annulés. Les figurants sont hébergés dans des hôtels afin de respecter les périodes d’isolement. Les personnalités participant au programme sont régulièrement testées. Les coûts explosent alors que les perspectives de rentabilité s’effondrent. Les diffuseurs étrangers qui avaient prévu de venir exploiter le décor se désengagent les uns après les autres. Le modèle économique imaginé par Arthur disparaît progressivement. Pourtant, paradoxalement, le programme fonctionne auprès du public français. Le lancement réalise même des performances remarquées. Arthur rappelle que l’émission a enregistré "la plus grosse audience de TF1 depuis 2001 pour le lancement d’un divertissement", avec "47 % de part de marché". Le constat est brutal.
Celui qui partage sa vie avec Mareva Galanter finit par reconnaître avoir "perdu les 5 millions d’euros" qu’il avait investis personnellement dans l’aventure. Une somme considérable, même pour un entrepreneur habitué aux gros budgets. Malgré ce premier revers, il tente pourtant de relancer la machine avec une deuxième saison. Les résultats de la première l’encouragent à croire encore au potentiel du concept. Mais une nouvelle vague épidémique, liée cette fois au variant Delta, vient à nouveau compromettre les projets de développement international. Face à cette accumulation d’obstacles, Arthur prend finalement la décision de tourner la page. Aujourd’hui encore, l’animateur assume ce pari perdu tout en rappelant la réalité de son métier : "Je suis chef d’entreprise, je ne peux pas me permettre de perdre autant de millions chaque année".
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