Finaliste remarqué de Top Chef en 2022, Arnaud Delvenne se retrouve au cœur d'une affaire relayée par Le Parisien. Le chef belge de 40 ans, qui travaille depuis la fin de l'émission dans les bistrots Pas Parisiens, est mis en cause par un ancien commis, Samuel, lequel dénonce des faits pouvant s'apparenter à du harcèlement sexuel et moral. Contacté par le quotidien, le cuisinier reconnaît aujourd'hui avoir adopté un comportement inadapté et présente ses excuses.
Selon Le Parisien, tout aurait commencé au printemps 2025, lorsque Samuel intègre les cuisines du restaurant La Micheline, à Sèvres. Le jeune homme raconte avoir rapidement ressenti un malaise face à l'attitude de son supérieur. "Dès le premier jour, à sa manière de poser sa main sur la mienne quand je coupais du chou, pour m’apprendre à faire le bon geste, j’ai été mal à l’aise, je ne savais pas si c’était normal", confie-t-il au quotidien.
Le commis affirme également avoir reçu de nombreux messages de la part d'Arnaud Delvenne. Parmi eux figurent des compliments, des confidences très personnelles et des échanges laissant penser à un rapprochement. Samuel assure avoir toujours indiqué qu'il n'était pas intéressé. Au fil des mois, le climat de travail se serait dégradé. Le jeune homme évoque des remarques répétées, des humiliations et un changement d'attitude de son supérieur après avoir pris ses distances. Il affirme également avoir été affecté pendant plusieurs semaines à une seule tâche, qu'il interprète comme une sanction. Des enregistrements audio, des captures de messages et plusieurs photographies ont été réunis pour appuyer son récit, précise Le Parisien.
Sur l'une des captures d'écran partagées par le commis, on découvre qu'Arnaud lui indique qu'il aimerait le faire devenir son bras droit mais aussi : "Je vais vraiment t’épouser, t’es parfait mon chat", ainsi qu'une invitation à passer deux jours ensemble à Deauville. Selon le récit de Samuel, après plusieurs mois et face à l'absence de réponse à ses avances, Arnaud Delvenne aurait changé d'attitude. Le chef se serait alors montré beaucoup plus dur au quotidien, multipliant les cris et les remarques, avant de lui confier exclusivement une tâche particulièrement ingrate : l'épluchage des légumes.
"Normalement on le fait à tour de rôle, et j’aurais pu penser que c’était pour m’aider à acquérir de la dextérité. Mais pas là, pas vu ses propos, c’était une punition, j’y suis resté plus d’un mois sans rien faire d’autre", a-t-il confié. Il a également enregistré des audios dont il compte bien se servir. Parmi les enregistrements, l'un d'eux ferait entendre Arnaud Delvenne élever la voix contre Samuel, qui refuse de signer un planning ne mentionnant pas qu'il avait passé toute la semaine à éplucher des légumes. On peut notamment l'entendre lancer : "Ça ne change rien à ton salaire alors soit tu signes soit tu dégages, tu me saoules, tu casses les couilles à tout le monde ici."
"Ces audios ou vidéos c’est une nouveauté dans le droit du travail et cela va changer le rapport de force, surtout dans les cuisines où les chefs se croient tout permis depuis des décennies.", indique un magistrat.
D'autres salariés interrogés par Le Parisien dressent un portrait différent du chef belge. Plusieurs assurent qu'il "travaille beaucoup pour la réinsertion" et qu'il "aide toujours les débutants", tandis que d'autres mettent en avant "son humanité". Le fondateur des bistrots Pas Parisiens, Hakim Gaouaoui, confie ainsi : "Il est fragile, sensible et même moi, il m’embrasse comme si j’étais son père. Mais on ne cautionne pas ce qu’il s’est passé, et on est conscients qu’une lumière rouge s’est allumée.".
Après un signalement effectué par la famille de Samuel, le groupe Pas Parisiens a lancé une enquête interne. D'après Le Parisien, plusieurs dizaines de salariés ont été entendus. Faute d'éléments jugés suffisants, aucune sanction disciplinaire n'a finalement été prononcée contre Arnaud Delvenne. Le groupe a toutefois décidé de mettre en place une formation dédiée à la prévention du harcèlement pour l'ensemble de ses équipes. Son fondateur, Hakim Gaouaoui, reconnaît auprès du quotidien que certains propos et certaines attitudes n'étaient pas adaptés à un manager, tout en expliquant que les faits n'ont pas pu être établis de manière suffisamment solide pour justifier une sanction.
De son côté, Arnaud Delvenne assume une partie de ses erreurs. "Avec les formations que j’ai suivies depuis, j’ai compris que j’ai mal agi. Il y a faute, clairement. Et peut-être que je ne suis pas fait pour diriger une cuisine", déclare-t-il au Parisien. Le chef ajoute : "Je n’ai jamais voulu faire du mal, je suis quelqu’un de bienveillant. (...) Ces SMS échangés, ça ne va pas, il y a eu un jeu pas très sain."
Il reconnaît également avoir parfois laissé son agacement prendre le dessus face aux retards et absences de son collaborateur. "J’ai pu faire un pas de côté, là, avec Samuel...", poursuit-il, avant d'assurer qu'il travaille désormais avec un coach et qu'il ne souhaite plus reproduire ce type de situation. "Je demande pardon à Samuel."
Toujours selon Le Parisien, Samuel est actuellement en arrêt de travail et envisage de déposer plainte. Une démarche qu'il dit vouloir entreprendre afin que son expérience puisse contribuer à faire évoluer certaines pratiques dans les cuisines professionnelles. De son côté, Arnaud Delvenne affirme avoir pris conscience de ses responsabilités et assure vouloir tourner cette page avec un management profondément différent.
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