Aujourd’hui, c’est derrière la caméra que Jeanne Herry s’est fait une place. Avec Garance, son nouveau film porté par Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau, la réalisatrice poursuit un parcours. Il faut le savoir, avant d’écrire et de mettre en scène les autres, la fille de Julien Clerc et de Miou-Miou voulait, elle aussi, devenir comédienne. Un choix qui pouvait sembler naturel dans une famille où la création occupait une place des plus importantes.
Sa mère, Miou-Miou, s’est imposée comme l’une des actrices incontournables du cinéma français, tandis que son père, Julien Clerc, a construit une carrière majeure dans la chanson. Mais grandir au contact de deux artistes ayant rencontré un tel succès n’a pas forcément rendu les choses plus simples pour leur fille. Au contraire, cette proximité avec la réussite a fini par modifier sa perception de son propre parcours. Interrogée sur sa décision d’abandonner le métier d’actrice, Jeanne Herry ne cherche d’ailleurs pas à présenter les choses comme une simple réorientation professionnelle. Elle raconte surtout un décalage entre ce qu’elle observait autour d’elle et la réalité de ses propres débuts. Et pour cause, Jeanne Herry a effectivement tenté de se faire une place devant la caméra.
Elle explique dans Télé Star avoir à l’époque obtenue “quelques rôles”, mais pas suffisamment pour parvenir à envisager sereinement la suite. “Ça s’est très vite essoufflé”, reconnaît-elle. Une période au cours de laquelle la comparaison avec ses parents s’est imposée presque naturellement. “Je n’avais ni la patience ni le courage d’attendre que l’on veuille de moi”, confie la réalisatrice. Attendre les propositions, passer des castings ou espérer qu’un projet se présente ne correspondait visiblement pas à sa manière d’avancer. Mais derrière cette impatience se cachait également le poids d’un modèle familial particulièrement impressionnant. Jeanne Herry ne minimise pas l’influence qu’a pu avoir la réussite de Julien Clerc et Miou-Miou sur ses propres attentes.
“Et puis, j’ai vu mes parents (Julien Clerc et Miou-Miou, NDLR) dans un immense accomplissement de leur travail d’artistes, créateurs, interprètes”, explique-t-elle. Lorsqu’elle comparait cette réussite à ses propres débuts, la distance lui paraissait considérable. “Ils étaient surchargés de projets ! Je me suis sentie tellement loin du compte, ça m’a sûrement freinée”, reconnaît-elle. Une confidence qui permet de mieux comprendre pourquoi Jeanne Herry a finalement choisi une autre manière de raconter des histoires. Plutôt que d’attendre qu’on lui confie un personnage, elle s’est tournée vers l’écriture et la réalisation, devenant celle qui imagine les rôles et choisit les interprètes.
Ce regard sur le métier d’acteur nourrit encore sa façon de travailler aujourd’hui. Jeanne Herry rappelle que la réalité de cette profession est bien différente de l’image glamour qui peut parfois lui être associée. “Une grande majorité d’acteurs sont loin d’être des vedettes. Ce n’est pas parce qu’ils jouent mal. Ils passent plus de temps à chercher un projet qu’à jouer. C’est un métier à la fois exaltant et épuisant”, souligne-t-elle. Une réalité qu’elle connaît donc personnellement. Si elle n’a pas poursuivi durablement devant la caméra, Jeanne Herry n’a jamais quitté le cinéma. Elle a simplement trouvé une place qui lui correspondait davantage. Son nouveau film, Garance, illustre justement cette volonté de s’intéresser à des trajectoires humaines complexes.
Jeanne Herry y suit une jeune actrice confrontée à l’alcoolisme, un sujet encore peu représenté au cinéma lorsqu’il concerne les femmes. “Beaucoup de femmes le vivent encore de manière honteuse et le cachent”, observe la réalisatrice. Pour elle, les représentations restent différentes selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme. “Ce n’est pas très glamour une femme qui boit trop, c’est même perçu comme quelque chose de pathétique, alors que chez les garçons, ça peut passer pour un truc un peu sulfureux, voire même valorisant !” Pour incarner Garance, Jeanne Herry s’est rapidement tournée vers Adèle Exarchopoulos, qu’elle avait déjà dirigée dans Je verrai toujours vos visages. Elle explique avoir envisagé la possibilité de rencontrer une autre comédienne, avant de se rendre à l’évidence : “Adèle, c’était une évidence.”