Pendant plus de trente ans, Noémie Lenoir a été l'un des plus célèbres mannequins français. Egérie de grandes maisons comme Gucci ou Ralph Lauren, elle a également défilé pour Victoria's Secret avant de faire quelques incursions au cinéma, notamment dans Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre. Derrière cette carrière internationale, l'ancienne top model a pourtant longtemps caché une profonde souffrance. Dépression, addiction à l'alcool et tentative de suicide ont marqué son parcours avant qu'elle ne parvienne, au fil des années, à retrouver un équilibre.
Dans un entretien accordé au dernier numéro du magazine ELLE dont elle fait la couverture, Noémie Lenoir revient avec une grande sincérité sur les mécanismes de sa dépendance. "Je fumais déjà beaucoup de marijuana à 14 ans, et, à 19 ans, j’ai bu mon premier verre d’alcool. Longtemps, j’ai eu une consommation que je pensais festive, jusqu’au jour où on boit deux bouteilles de rosé toute seule chez soi, se souvient-elle. À l’époque, je n’arrivais plus à écouter les gens, à les regarder dans les yeux. J’étais speed, toujours en colère, je me battais souvent. Des médecins ont pensé que j’étais bipolaire, alors que pas du tout. Je prenais des traitements lourds, mais inadaptés, tout ça me momifiait le cerveau. Je n’étais pas vraiment moi. Et mes copines de l’époque n’étaient pas de bonnes personnes." Après son retour en France à la suite des attentats du 11 septembre 2001, au cours desquels elle perd son appartement situé face au World Trade Center ainsi que ses deux chiens, les périodes d'accalmie alternent avec les rechutes. Malgré la naissance de son fils Kelyan en 2005, dont le père n'est autre que le footballeur Claude Makélélé dont elle est depuis séparée, la maladie s'aggrave jusqu'à une profonde dépression. En 2010, elle tente de mettre fin à ses jours : "Mon fils avait 5 ans à ce moment-là. J’étais si mal en point, je pensais être un fardeau pour lui, je me disais que partir allait le rendre plus heureux."
Le tournant intervient lorsqu'un psychiatre remet en question le traitement médicamenteux qu'elle suivait jusque-là et l'oriente vers une approche globale. L'ancienne mannequin découvre alors la médecine intégrative lors d'un séjour à Ashford, en Angleterre. Une prise en charge intensive qui mobilise plusieurs disciplines afin d'agir à la fois sur les symptômes, les émotions et les habitudes de vie. "C’est un parcours de soins avec une équipe pluridisciplinaire, où l’on associe neurofeedback, hypnose, sport… Le patient bosse non-stop pendant quatre-vingt-dix jours. Je me suis rendue à Ashford, en Angleterre. J’ai fait de l’équithérapie, de l’art-thérapie, de la méditation… On suivait un groupe de parole trois fois par jour. On était dans la nature, on travaillait vraiment sur nous", explique-t-elle. Cette expérience constitue, selon elle, le point de départ de sa reconstruction. En complément d'un accompagnement psychologique, cette méthode repose sur l'idée que plusieurs approches peuvent être combinées pour aider les personnes souffrant d'addictions ou de troubles psychiques à retrouver un équilibre durable.
A 46 ans, Noémie Lenoir a profondément changé de vie. Mère de deux enfants - en plus de Kelyan, elle est maman d'une petite Tosca née en 2015 - elle explique avoir trouvé ses principaux repères auprès de sa famille, de sa foi catholique, de la lecture et de son engagement associatif. Elle participe notamment à des actions menées avec les Restos du Cœur, intervient auprès d'enfants hospitalisés ou accompagne des personnes en situation de handicap. "Je le fais pour eux et aussi pour moi. Au contact des gens plus vulnérables, on garde les pieds sur terre. Aider les autres m’a permis de remonter la pente", précise-t-elle. Son expérience l'a également conduite vers un nouveau métier : celui de patiente-experte. Après avoir raconté son histoire dans un podcast consacré à la santé mentale, elle accompagne aujourd'hui des personnes confrontées aux addictions en les orientant vers différents professionnels - addictologues, hypnothérapeutes, spécialistes du neurofeedback ou encore praticiens en équithérapie. Son objectif est désormais de mettre son vécu au service des autres et de contribuer à faire évoluer le regard porté sur les maladies psychiques et les dépendances.
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