Le face-à-face judiciaire entre JoeyStarr et son ancien manager a finalement connu son épilogue ce lundi 23 février 2026. Plus qu’un simple contentieux financier, c’est une relation de vingt-six ans qui s’est retrouvée disséquée devant les juges. D’un côté, Didier Morville, alias JoeyStarr, figure du groupe Suprême NTM, persuadé d’avoir été lésé. De l’autre, Sébastien Farran, également connu pour avoir accompagné Johnny Hallyday dans les dernières années de sa carrière.
Au cœur du dossier, des signatures imitées sur deux contrats et plusieurs chèques établis entre 2013 et 2014, pour un montant total avoisinant les 75 000 euros. Les documents concernaient notamment un partenariat avec une marque de prêt-à-porter ainsi que des mouvements financiers entre le compte de l’artiste et celui de la société Lickshot, dirigée par Sébastien Farran. À l’audience, le prévenu n’a pas contesté que des signatures aient été reproduites. Il a cependant soutenu que JoeyStarr était informé du fonctionnement mis en place. "On signait absolument tout pour M. Morville, il ne signait rien". Tout en indiquant qu’il était au courant de l’ensemble des transactions.
Loyers, pensions alimentaires, frais du quotidien, il s’occupait de toutes les dépenses courantes de l’artiste. Une organisation, selon lui, basée sur la confiance et l’urgence permanente d’un quotidien parfois chaotique. JoeyStarr, lui, a reconnu qu’il était "parfois" au courant de certains chèques, tout en affirmant ne pas maîtriser précisément les flux. "J’étais payé de la main à la main, je ne savais pas forcément à quoi ça correspondait", a-t-il déclaré. Avant de lâcher : "Je me faisais fumer."
Si les deux hommes incarnaient "un monde ancien", celui d’artistes peu enclins à s’intéresser aux chiffres, laissant à d’autres la gestion financière, ce n’est pas pour autant que la gestion devait être laissée de côté. Dans son jugement, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu Sébastien Farran coupable de complicité de faux. Les magistrats ont estimé qu’il avait fait imiter la signature de Didier Morville sur certains documents officiels, sans pouvoir démontrer l’accord explicite de ce dernier. Sur ce point, la faute pénale est constituée.
En revanche, les accusations d’escroquerie n’ont pas été retenues. Après analyse détaillée des relevés bancaires et des flux financiers, les juges n’ont pas constaté de déséquilibre significatif au détriment de l’artiste. La situation globale apparaissait même parfois favorable à JoeyStarr. Autrement dit, s’il y a eu irrégularité dans la forme, le préjudice financier, lui, n’a pas été juridiquement établi. "Le tribunal comprend le sentiment “d’enfumage” de Didier Morville : deux contrats signés en imitant sa signature dans un système où l’agent encaisse les gains pour le compte de l’artiste et ne tient pas sérieusement les comptes. Mais cela ne suffit pas à caractériser une escroquerie au sens du code pénal" a déclaré le tribunal.
La sanction pénale s’élève à 80 000 euros d’amende, dont une large part assortie de sursis. Sur le plan civil, Sébastien Farran devra verser plus de 100 000 euros de dommages et intérêts à son ancien ami, correspondant aux contrats et chèques litigieux après déduction des commissions et avances déjà perçues. S’y ajoutent une indemnisation pour préjudice moral et le remboursement des frais de justice. Au-delà des chiffres, ce procès raconte la fin d’une amitié qui a débuté dans les années 1990, à l’époque où Suprême NTM explosait sur la scène française. Pour Sébastien Farran, ce jugement referme un chapitre judiciaire, mais laisse une trace durable sur son parcours.
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