Alexandre Mulliez ne cache rien de l’héritage familial dont il bénéficie. Membre de la famille Mulliez, qui a bâti au fil des décennies un vaste empire dans la grande distribution et le commerce avec des enseignes comme Auchan, Decathlon ou encore Leroy Merlin, l’entrepreneur sait que sa situation personnelle ne repose pas uniquement sur ses propres efforts. Interrogé par Matthieu Stefani dans une vidéo publiée sur YouTube, il revient sans détour sur les privilèges dont il a bénéficié et sur la dette morale qu’il estime avoir envers les salariés des entreprises de sa famille.
Car derrière les études prestigieuses, l’appartement parisien, les vacances dans le Sud ou encore la liberté d’entreprendre, Alexandre Mulliez voit surtout le travail de milliers de personnes. Il l’explique avec une franchise rare lorsqu’il évoque ce que lui a permis son environnement familial : "Moi mes vacances que je passe dans le sud, l'appartement que j'ai à Paris, la capacité que j'ai à entreprendre, le fait que je n'ai pas dû emprunter pour payer mes années l'EM Lyon, je le dois aux gens, 90 % des gens qui sont sur le terrain chez Auchan, chez Descat [Decathlon], chez Leroy Merlin et cetera."
Pour Alexandre Mulliez, cette prise de conscience dépasse donc la simple question de l’héritage financier. Elle implique aussi une certaine manière de diriger. L'entrepreneur défend une vision du management dans laquelle les collaborateurs qui travaillent au quotidien dans les magasins doivent être protégés, écoutés et reconnus. Caissiers, manutentionnaires ou chefs de rayon sont, selon lui, ceux qui supportent directement la pénibilité du travail et doivent bénéficier d’une attention particulière.
Une philosophie qu’il oppose à l’exigence qu’il souhaite voir appliquée aux dirigeants et aux cadres des sièges. Ces derniers doivent, selon lui, accepter d’être davantage challengés et d’assumer une forte pression. Alexandre Mulliez estime notamment que leur niveau de rémunération, leur confort et leur formation impliquent également davantage de responsabilités. Il reprend ainsi une idée qu’il associe notamment au management de Rami Baitiéh, ancien directeur général de Carrefour France : "exigence en haut, bienveillance en bas".
Mais cette vision du terrain, Alexandre Mulliez ne souhaite pas uniquement la défendre depuis un bureau. Avant d’occuper des responsabilités, il raconte avoir lui-même travaillé comme manutentionnaire puis comme caissier. Il a également passé un an comme chef de rayon fruits et légumes dans l’hypermarché V2, à Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord.
Une immersion qui lui a permis de connaître de l’intérieur le quotidien d’un magasin et les difficultés rencontrées par les équipes. Pour cet héritier devenu entrepreneur, les avantages liés à son nom et à son histoire familiale ne sont donc pas dissociables de ceux qui ont contribué, chaque jour, à faire fonctionner les entreprises de la famille Mulliez. Une manière pour lui de rappeler que derrière son patrimoine et sa liberté financière, il y a aussi le travail de ceux qui font vivre cet immense écosystème commercial.