Éloigné de la France, Benjamin Biolay semble aujourd’hui profiter d’une lucidité nouvelle. Alors que le chanteur a récemment sorti un nouvel album, c’est à cette occasion qu’il s’est livré sans fard dans les colonnes de Gala. Notamment sur un sujet qu’il a longtemps caché : son rapport à l’alcool. L’ivresse, longtemps omniprésente dans ses textes, n’est plus seulement qu’un motif d’écriture. Interrogé par nos confrères, il répond avec une honnêteté rare : "Je la pratique moins, donc j’arrive mieux à en parler, j’en ai plus de souvenirs que lorsque je buvais." Une phrase qui résume le recul de l’artiste sur ce qu’il a trop longtemps vécu dans l’excès.
Loin de l’image romantique du chanteur maudit, Benjamin Biolay déconstruit le mythe. "Je n’ai pas écrit ces chansons dans un état second, mais ce n’est pas quelque chose que je suis parvenu à arrêter complètement", admet-il, avant d’ajouter qu’il sait désormais "qu’il est possible de monter sur scène sans un petit verre". L’aveu est important. Pour le chanteur la scène n’est plus nécessairement associée à l’alcool. En revanche, l’après-concert reste une zone fragile. "En revanche, ne pas boire un coup après pour décompresser, c’est dur. Là, l’envie est terrible de cocktails, de trucs forts…"
Derrière ces mots se dessine un combat intérieur. "Je lutte contre ça depuis des années, mon corps le supporte moins. J’ai de la volonté, j’évite d’être trop tenté, j’essaie de ne plus me faire piéger" ajoute-t-il. Il faut le savoir, le chanteur avait déjà évoqué par le passé l’ampleur vertigineuse de sa consommation auprès de Marie Claire. Jusqu’à des quantités qui dépassent l’entendement. À l’époque, il parlait d’un engrenage silencieux, d’une peur diffuse qui le poussait à boire sans même ressentir l’ivresse. Une mécanique d’autodestruction plus qu’un plaisir. Aujourd’hui, le ton est différent.
Son nouvel album, onzième de sa carrière, écrit entre Paris, Sète, Bruxelles et l’Amérique latine, reflète cette maturité. Dans le titre Mauvais Garçon, il chante : "Il m’en aurait fallu quelque temps pour comprendre/Qu’un beau cul sans amour/C’est la plage en décembre." Et pour cause, chez lui, l’excès ne concerne pas que l’alcool. Il parle d’une personnalité "excessive", d’une difficulté à régler le curseur entre ce qui l’élève et ce qui le détruit. Si Benjamin Biolay affirme avoir largement réduit sa consommation, le chemin reste sinueux. La scène demeure un moment de tension extrême.
C’est sur le plateau de C à Vous que le papa d'Anna a confié que, juste avant d’entrer en scène, une peur viscérale l’envahit. Celle de se ridiculiser, de trébucher, d’avoir un malaise. "C’est ma plus grande angoisse, c’est vraiment le truc qui me vient juste avant de monter sur scène", avoue-t-il. Ces pensées envahissantes durent parfois quelques minutes, assez pour ébranler sa confiance. Il parle de ces instants où la foule devient presque menaçante, où le doute s’infiltre. Et l’on comprend mieux pourquoi l’alcool a pu servir, autrefois, de béquille. Non pour "faire la fête", mais pour anesthésier la peur.
Aujourd’hui, le chanteur tente de remplacer l’excès par une hygiène de vie plus stable. Moins de routes, une alimentation plus saine, davantage de temps passé chez lui. Il se décrit comme "un homme d’intérieur", rêvant de nature et de calme. À l’aube d’une tournée de plus de quarante dates, il avance avec prudence. Ni totalement sobre, ni prisonnier de ses excès, sa volonté prend peu à peu le dessus.
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