Ancien milieu de terrain devenu consultant régulier à la télévision, puis entraîneur à l'origine d'une qualification historique en Ligue des champions pour le Stade brestois, Eric Roy s'est éteint au mois de juin dernier à l'âge de 58 ans. Emporté par un cancer du pancréas, cet ancien footballeur devenu meneur d'hommes a réussi à terminer sa carrière de la plus belle des manières, notamment grâce au soutien indéfectible de son épouse depuis 31 ans. Elle s'est confiée en exclusivité au Parisien et revient sur le combat du père de ses enfants, entre diagnostic secret et vie d'aidante.
Loetitia Roy (53 ans) le dit avec émotion à la fin de son interview pour Le Parisien : "Il a vécu ses meilleures années d'entraîneur sur la fin. Et il nous a quittés avec un petit sourire. Mes enfants m'ont dit : 'Maman, tu t'es battue comme une lionne pour qu'il puisse partir avec ce petit sourire.'" Valeureux face au fléau qu'est le cancer, Eric Roy a pu compter sur sa femme chaque jour depuis la diagnostic de la maladie qui est tombé comme un couperet. Alors qu'il souffrait de toux et de douleurs abdominales persistantes juste après sa prise de fonction à Brest fin décembre 2022, un contrôle auprès du médecin du club a révélé une situation inquiétante. Un rendez-vous oncologique a immédiatement confirmé qu'il était atteint d'un cancer du pancréas généralisé à l'ensemble du corps.
Si l'épouse d'Eric Roy s'effondre à l'annonce de la terrible nouvelle, l'ancien sportif ne plonge pas. Il se veut combattant pour honorer son contrat d'entraîneur de Brest. Le travail l'a maintenu en vie plus longtemps : "Les médecins nous ont un peu pris pour des dingues, parce qu’ils savaient qu’il devait subir une chimio de traitement très lourde. Logiquement, il devait en avoir pour quatre mois, maximum. Mais je savais que le travail le ferait tenir." De plus, il souhaite ne pas dévoiler les choses à part à un cercle restreint, afin de ne pas changer le regard sur lui et garder un maximum d'énergie positive : "Il ne voulait pas de la pitié des gens, ni avoir de privilèges."
Reste à dissimuler un cancer alors qu'Eric Roy en était au stade 4. Son épouse, de nature bavarde, se tait et lui conseille d'utiliser des subterfuges telle la casquette pour cacher la chute de cheveux liée à la chimio. Un traitement lourd qu'il a eu du mal à cacher parfois : "On a eu des moments difficiles où, avec certains rencontres, Éric restait dans les vestiaires pour résister aux effets secondaires horribles de la chimio." Mais rien en pouvait l'arrêter. "Pour aller faire les séances de chimio au CHU de Brest, on passait par des entrées dérobées à l'arrière de l'hôpital, on repartait par d'autres couloirs, et il allait se reposer. Il était très fatigué. Les infirmières, c'était motus et bouche cousue. Il devait garder une bombonne sur lui pendant trois jours avec la batterie de perfusion, et il la dissimulait sous son manteau à l'entraînement", explique Loetitia Roy au Parisien.
Malgré l'adaptation du traitement en fonction du calendrier et la bienveillance des membres de la famille du CHU et du club brestois, tous n'étaient pas dupes. Si les méthodes ont été nombreuses pour dissimuler la maladie, elles n'ont pas suffi pour éviter d'éveiller les soupçons. Plusieurs personnes qui côtoyaient l'entraîneur ont fini par se poser des questions.
Investie à 100% pour son mari, Loetitia Roy indique qu'Eric Roy dissimulait la maladie au travail mais relâchait la pression lorsqu'elle venait le récupérer en voiture : "Il donnait le change dans son métier et à la maison il se relâchait. Parfois, je lui disais que j'allais installer une caméra chez nous pour le stimuler (rires)." Les derniers mois ont été rudes à tel point qu'elle faisait les déplacements avec lui : "Il ne pouvait même plus s'habiller, il arrivait à peine à marcher. Il avait des collants de contention, j’avais l’impression que ses jambes pesaient 50 kg."
Après le dernier match de la saison, celui qui est désormais remplacé par Julien Lachuer pensait devoir se reposer et repartir dans la foulée. Mais il est finalement rentré à Nice chez eux, attendant les enfants appelés par leur mère : "Venez. C’est pour bientôt."
Durant trois ans, la femme d'Eric Roy, qui se voyait tant vieillir avec lui, a donc joué le rôle d'aidante. Un statut qui peut fragiliser un couple mais pas le sien uni à jamais par l'amour puissant qu'ils se sont portés.