Le public connaît son visage, mais beaucoup ignorent les blessures qui se cachent derrière son parcours. Depuis plusieurs décennies, Philippe Caroit multiplie les apparitions à la télévision et s'est illustré dans des séries populaires comme RIS police scientifique, Crimes parfaits ou encore Camping Paradis. Pourtant, le métier de comédien n'était pas son premier projet. Avant de se tourner vers les plateaux de tournage, l'acteur envisageait une carrière médicale. Un changement de cap auquel sa soeur Elodie, elle aussi passionnée de théâtre, n'est pas étrangère. Mais le destin a brutalement interrompu leur histoire commune. Dans les pages de Gala, le comédien s'était livré sur cette disparition et sur les années difficiles qu'il a vécues.
Je me voyais bien m'engager pour Médecins sans Frontières
À l'époque, Philippe Caroit veut construire son avenir dans le domaine médical, à l'image de son père. Ses ambitions sont grandes, puisqu'il pense notamment à l'humanitaire. "Je me voyais bien m'engager pour Médecins sans Frontières", expliquait-il. Ses premiers résultats sont particulièrement prometteurs : il termine sa première année de médecine à la onzième place sur 1 100 étudiants. Pourtant, cette réussite ne suffit pas à le convaincre de poursuivre.
Le jeune homme ressent un décalage grandissant avec cet univers. Certains aspects du métier lui pèsent. "J'avais un problème avec la confrontation avec la mort et la hiérarchie hospitalière", reconnaissait-il. Une autre passion commence alors à prendre de la place : le théâtre. Et c'est justement sa soeur Elodie qui l'encourage à explorer cette possibilité.
Comédienne elle aussi, sa soeur aînée croit en cette orientation et l'incite à utiliser la scène pour exprimer ce qu'il ressent. Elle lui souffle ainsi que le théâtre pourrait lui permettre de libérer sa colère. Philippe Caroit finit par se lancer et rejoint le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Une décision radicale qui provoque des tensions avec son père, peu convaincu par ce changement de direction. Celui-ci tente même de le faire revenir sur sa décision en lui écrivant une longue lettre. Mais rien n'y fait : le futur acteur entend suivre son instinct.
Elodie devient alors une figure essentielle de ce tournant professionnel. Mais tandis que son frère avance progressivement dans sa nouvelle voie, elle peine à trouver sa place dans un milieu artistique particulièrement difficile. Sa vie prend tragiquement fin : "Un jour, ma soeur Élodie, qui galérait dans le milieu des acteurs, a mis fin à ses jours", avait-il ainsi confié. Une épreuve dont Philippe Caroit mesure encore aujourd'hui les conséquences.
Je remercie ma soeur
La disparition de sa soeur laisse derrière elle une douleur profonde, à laquelle s'ajoute un sentiment de culpabilité. Le papa de Blanche et Lucien a longtemps eu l'impression de devoir accomplir davantage, comme s'il lui appartenait de poursuivre leur rêve commun. "Ça a été vingt ans de douleur pour moi, de culpabilité, d'obligation de réussir pour deux", racontait-il dans Gala. Une confession bouleversante qui révèle le poids de cette absence dans son existence.
Au fil du temps, Philippe Caroit parvient néanmoins à se construire une carrière. Les tournages se succèdent, les rôles s'accumulent et son visage devient familier pour les téléspectateurs. Derrière cette trajectoire se trouve aussi une détermination forgée par les épreuves, même si son succès ne saurait effacer la perte de sa soeur. Il lui rend d'ailleurs un hommage particulièrement émouvant : "Je remercie ma soeur. C'était ma voie, pas un instant je n'ai regretté mon choix."