L'invitation au mariage est arrivée il y a des semaines. Vous savez que vous y allez. Vous avez même déjà réfléchi à votre tenue. Pourtant, votre billet n'est toujours pas acheté. Chaque soir, vous vous promettez de régler cela demain. Finalement, la date du départ devient suffisamment proche pour rendre la décision urgente.
Réserver ses billets à la dernière minute peut traduire une tendance à la procrastination. Lorsqu'une personne attend alors qu'elle sait qu'elle doit organiser un déplacement, ce délai peut poser problème. Toutefois, des contraintes pratiques peuvent générer le même comportement. Les travaux scientifiques proposent ici des explications possibles plutôt qu'un diagnostic fondé uniquement sur votre historique de réservation.
Le psychologue Piers Steel a analysé la procrastination dans une vaste revue d'études publiée en 2007 dans le Psychological Bulletin. Son analyse s'est appuyée sur 691 corrélations issues de recherches antérieures.
Plusieurs facteurs, parmi lesquels le caractère désagréable d'une tâche et l'impulsivité, sont apparus associés à la procrastination. Ces travaux se sont penchés sur l'autorégulation : la manière dont les individus orientent leurs actions vers les objectifs qu'ils se sont fixés. Une intention telle que "je dois réserver le billet" ne se traduit pas toujours en action.
Un voyageur peut rechigner à comparer les horaires de départ ou à engager de l'argent. Ouvrir la plateforme de réservation revient à affronter cette tâche. En revanche, attendre la validation d'un congé relève d'une logique différente : la personne a besoin d'éléments complémentaires avant d'arrêter son choix. Un achat tardif ne suffit donc pas, à lui seul, à conclure qu'il s'agit de procrastination.
Les psychologues Fuschia Sirois et Timothy Pychyl ont proposé une explication dans leur publication de 2013 consacrée à la procrastination et à la régulation de l'humeur à court terme. Selon leur analyse, repousser une tâche désagréable permet de se sentir immédiatement mieux. Les conséquences, elles, sont transférées à notre "moi futur".
Imaginez que vous ouvriez une application de réservation après une journée fatigante. Choisir devient irritant. Vous fermez l'application et regardez un contenu distrayant. L'agacement s'évanouit pour l'instant. La réservation, elle, reste en suspens.
Dans ce cas de figure, la récompense immédiate est le soulagement. Il n'est pas nécessaire de détester voyager pour chercher à fuir les contraintes liées à l'organisation du départ. Cet exemple illustre la théorie, même si les travaux de Sirois et Pychyl n'avaient pas pour objet d'établir directement pourquoi les voyageurs tardent à réserver leurs billets.
Les psychologues Amos Tversky et Eldar Shafir ont étudié le report de décision dans leur article de 1992 intitulé Choice Under Conflict. Leurs expériences ont montré que le dilemme entre plusieurs alternatives pouvait favoriser l'ajournement du choix. Ajouter une possibilité ou en améliorer une peut parfois inciter davantage à différer l'action.
Dans l'une de leurs expériences, les participants examinaient des scénarios portant sur le choix de logements étudiants ou de paris financiers. Ils pouvaient sélectionner une option disponible ou en chercher une autre moyennant un coût.
Ces recherches ont remis en cause l'idée reçue selon laquelle disposer de meilleures options facilite nécessairement la prise de décision. Pour un voyageur, un vol peut être plus économique tandis qu'un autre propose des horaires plus pratiques. Aucun ne s'impose nettement.
Poursuivre ses recherches peut alors se substituer à l'acte de choisir. L'argument "je suis encore en train de comparer" peut correspondre à une démarche bien réelle, mais il peut aussi laisser le dilemme de départ irrésolu. L'application de ces conclusions à la réservation de billets reste une grille de lecture : les expérimentations n'ont pas testé l'ensemble des contraintes inhérentes à l'organisation d'un voyage.
La théorie de la motivation temporelle, développée par Piers Steel et le psychologue Cornelius König, analyse la manière dont le temps influe sur la motivation. L'un de ses principes directeurs veut qu'une échéance lointaine exerce une force motivationnelle moindre qu'une perspective immédiate. À mesure qu'une échéance approche, son importance devient plus difficile à ignorer.
Un déplacement prévu le mois prochain peut sembler abstrait. La contrainte d'y consacrer sa soirée paraît, elle, bien réelle. À l'approche du départ, la dynamique s'inverse : sécuriser le trajet devient suffisamment pressant pour surmonter les réticences à réserver.
Ce cadre théorique aide à comprendre l'effet d'urgence. Il ne démontre pas pour autant que tout faire au dernier moment conduit à de meilleures décisions, ni que tous les retardataires aiment la pression.
Les travaux du psychologue Peter Gollwitzer sur les intentions de mise en œuvre offrent une piste concrète. Une intention de mise en œuvre associe une situation précise à une réaction planifiée. Au lieu de s'en remettre à une résolution floue, on détermine à quel moment précis l'action sera accomplie.
Par exemple : "Dès que j'aurai terminé de dîner mardi, j'ouvrirai le site de réservation et je choisirai un horaire adapté."
La synthèse de recherches publiée par Gollwitzer en 1999 montre comment ce type de planification aide les individus à concrétiser leurs objectifs. Appliquée aux voyages, cette méthode constitue une démarche pratique plutôt qu'une garantie absolue. Le plan doit également être en adéquation avec la réalité pour permettre une action efficace.