"Diego Maradona m’a dit qu’il avait 100 millions de dollars, et personne ne sait où ils sont". L’homme qui parle ainsi sur le plateau d’une télé argentine au lendemain de la mort de la star du foot, le 25 novembre 2020, c’est Mariano Israelit, l’un de ses amis. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses propos laissaient deviner qu’une fois Maradona inhumé, d’âpres batailles allaient se livrer. Pour savoir où était passé cet argent, d’une part, quel était le montant exact de la fortune, d’autre part, et bien sûr qui allait en hériter…
Cinq ans ont passé… et alors que sa dépouille devrait bientôt être déplacée pour qu’il repose définitivement dans un mémorial dédié, la question de sa succession avance très lentement. Il ne pouvait pas en être autrement pour quelqu’un qui a eu six femmes et huit enfants.
Les plus connues sont ses filles Dalma, 36 ans, et Gianinna, 34 ans, issues de son mariage avec Claudia Villafañe, qui fut la seule épouse du joueur entre 1989 et 2004. Vient ensuite Diego Junior, né lorsqu’il évoluait à Naples. Il a 37 ans et n’a été reconnu qu’en 2015. Jana, 29 ans, a quant à elle été reconnue à l’adolescence. S’ajoute à cette liste le petit dernier, Diego Fernando Maradona, né en 2013 de sa relation avec Verónica Ojeda, sa dernière compagne. Enfin, trois enfants cubains, dont l'existence a été révélée en 2019 et qui sont nés au début des années 2000, complètent la fratrie. Voilà pour les héritiers.
Pour l’héritage, c’est tout aussi compliqué : son patrimoine s’élevait-il à 100 millions d’euros, comme le prétendait à la veille de sa mort celui que l’on surnommait Pibe de Oro ? Plutôt entre 20 et 50 millions comme le suppose plutôt la presse argentine ? Entre des propriétés immobilières, ses droits d’image et des objets aussi hétéroclites qu’un char amphibie offert par les dirigeants du Dinamo Brest, club biélorusse qu’il avait dirigé en 2018, ou encore ce bateau de 14 mètres retrouvé en Italie, cerner l’étendue de ses biens relevait du casse-tête.
Son patrimoine comprenait notamment des biens répartis en Argentine, à Cuba, Dubaï, en Italie, au Venezuela, au Mexique et aux États-Unis. Parmi eux figuraient des voitures de luxe (Rolls-Royce Ghost, BMW i8), des bijoux, ainsi que des comptes secrets dans des paradis fiscaux mais aussi des dettes difficiles à évaluer.
En l’absence de testament définitif, la fortune devait être répartie en parts égales entre les héritiers. Encore fallait-il que ces derniers soient bien identifiés et les zones d’ombre levées. Or, le dossier n’en manque pas.
En 2016, dans une première version de son testament, Maradona avait décidé de déshériter ses deux filles Dalma et Gianinna, à qui il en voulait d’avoir soutenu leur mère lors du divorce. A-t-il regretté ce coup de tête ? Toujours est-il qu’un testament postérieur serait venu annuler cette décision.
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Autre mystère : le rôle dévolu à Claudia et Rita, deux de ses sœurs, récemment agressées. Une action en justice a été intentée il y a quelques mois contre Matías Morla, l’ancien avocat du footballeur. "La question juridique est de savoir pourquoi Morla a cédé les marques déposées aux sœurs ; c’est ce que nous sommes en train de détailler. Il existe des donations effectuées tout au long de la vie de Maradona et des déclarations de ce dernier lui-même qui appuient cette décision", avait expliqué l’avocat de Morla à la presse.
Derrière cette bataille se cache le chapitre le plus explosif de la succession : celui de la marque Maradona. Car au-delà des biens matériels, c’est l’usage commercial du nom de la star qui a déclenché la guerre. Du vivant du joueur, plusieurs de ces marques avaient été déposées par Sattvica, une société liée à Morla. Les deux sœurs affirment que Diego leur avait "donné" ces droits et qu’elles n’ont fait que respecter ses volontés.
Les enfants, toujours en guerre, y ont vu de leur côté une manœuvre destinée à les priver de l’un des volets les plus lucratifs de l’héritage. Ils ont contesté la validité de ces transferts et accusé Morla d’avoir profité de la situation. Le conflit a dépassé les frontières : en 2023, le Tribunal de l’Union européenne a confirmé que Sattvica ne pouvait pas obtenir le transfert de la marque "Diego Maradona", les documents présentés ne prouvant pas que la cession avait été réalisée du vivant du joueur.
Autant dire que, dans ce contexte explosif, ce qui vient de se produire relève du miracle. Fin octobre, après cinq ans de tensions, les cinq enfants reconnus du footballeur ont annoncé la signature d’un "pacte historique" : une alliance destinée à reprendre en main l’usage du nom et de l’image de leur père et à tourner enfin la page des conflits.
Ce pacte, signé avec la société Electa Global -un groupe irano-suédois actif dans le luxe et la mode-, vise à structurer l’usage international du nom Maradona. L’entreprise se chargera du design, de la fabrication et de la commercialisation de produits haut de gamme : vêtements, chaussures, accessoires… À terme, elle ambitionne de créer un véritable "univers Maradona", pensé comme une marque culturelle autant que commerciale.
La clé de l’accord, et ce qui a convaincu les cinq héritiers d’avancer ensemble, tient surtout à un point : ils conservent le contrôle absolu du nom de leur père. Aucune collection, aucun produit, aucune image ne pourra désormais être utilisée sans leur aval explicite. Fini les licences sauvages et les accords opaques.
"Il n'existe pas beaucoup de produits officiels Maradona. Cela s'explique en partie par le fait que cela n'a pas été fait de son vivant, et que depuis son décès, sa famille et ses enfants ne souhaitaient s'engager avec personne. Il a fallu du temps pour gagner leur confiance", a expliqué à l’AFP Ash Pournouri, propriétaire d’Electa Global.
Au-delà des aspects financiers, le clan réuni insiste sur la portée affective de cette démarche. Dans un communiqué commun, les enfants soulignent : "Le nom de notre père revêt une signification immense pour des millions de personnes à travers le monde. Il ne s'agit pas seulement de produits, mais de préserver qui était Diego : sa passion, son énergie et son amour pour les gens." Une façon de redorer le blason de celui qui a connu une fin de vie tragique.