Il avait 104 ans. Son amour de la société et sa passion pour l’humain chevillés au corps, Edgar Morin était un philosophe et un sociologue émérite. Sa famille a annoncé sa disparition, ce vendredi 29 mai 2026, à Paris, plongeant le monde intellectuel français dans une profonde émotion.
Directeur de recherche émérite au CNRS, il laisse derrière lui une œuvre monumentale, composée de plus d’une soixantaine d’ouvrages, parmi lesquels Le Paradigme perdu. Dans sa vie personnelle comme dans ses réflexions, Edgar Morin pouvait compter sur le soutien de son épouse, Sabah Abouessalam avec qui il a convolé en justes noces, il y a quatorze ans. Comme ce résistant, elle s’intéresse aux civilisations et à l’évolution du monde contemporain. Beaucoup moins sous les feux des projecteurs que son époux, Sabah Abouessalam est une femme qui a tout de même écrit plusieurs ouvrages, parmi lesquels La France une et multiculturelle, paru aux éditions Fayard.
Très présente dans la vie d’Edgar Morin, celle qui est née, à Marrakech, en 1959, partageait avec le penseur une même ouverture sur le monde et un profond intérêt pour les questions humaines. Passionnée par les échanges interculturels et les grands bouleversements géopolitiques, l'intellectuelle - qui a soutenu une thèse baptisée Pauvreté urbaine et comportements résidentiels à Marrakech, en 1992 - s’est, naturellement, rapprochée de celui qui a consacré sa vie à décrypter la complexité du monde contemporain. Ils étaient donc unis par les sentiments, mais également pas leurs grandes idées. Et leurs 37 ans de différence d’âge ne les ont jamais gênés. "Vous dites l’âge ? Pour moi Edgar n’a pas d’âge et je parle avec sérieux", s'amusait Sabah Abouessalam dans La Revue pour la connaissance du monde."Je n’ai jamais autant voyagé dans le monde que depuis que je suis son épouse. Je vais peut-être vous étonner si je vous disais qu’après 11 h de vol parfois, il est capable de donner une interview en bas de l’avion, et une autre à l’hôtel avec une Caïpirinia à la main", poursuivait-elle.
Mariés depuis 2012, Edgar Morin et Sabah Abouessalam apparaissaient, régulièrement, côte à côte lors de conférences, de salons littéraires ou d’événements culturels. Dernièrement, ils ont été reçus par Jack Lang qui a été poussé à terre, en février 2025, lors d'un rassemblement et Anne Hidalgo. Jusqu’aux dernières années de sa vie, le sociologue pouvait compter sur le soutien sans faille de son épouse, qui l’accompagnait dans ses prises de parole publiques. Elle était à ses côtés, en 2021, pour ses 100 ans, lors de la réception organisée, à l'Elysée, par Emmanuel Macron et sa femme Brigitte Macron.
Leur histoire d'amour semblait écrite depuis des décennies... En effet, Edgar Morin confiait sur LCI, toujours, que leur enfance et leur jeunesse se ressemblaient beaucoup. "Elle a perdu à dix ans son père qu'elle adorait et moi c'était ma mère; elle a fait les mêmes lectures que moi sans que je le sache; elle a milité dans un mouvement de résistance au Maroc, comme moi j'ai milité..." Il concluait : "J'ai trouvé en elle quelqu'un qui avait un destin analogue au mien". Il a poursuivi : "Elle me donne cette ardeur et cette joie de vivre".
Si leur histoire d'amour a pris sur le tard, leur première rencontre date des années 80. Sabah Abouessalam commentait à La Revue pour la connaissance du monde : "Ma rencontre avec Edgar remonte aux années 80 quand j’étais jeune étudiante en sociologie à Grenoble. Je lui avais d’abord lu l’ouvrage 'le paradigme perdu : la nature humaine' et aussitôt je tombe sous le charme de sa pensée". Elle a enchaîné sur des détails plus intimes : "Je crois que mon amour pour lui se situe à cette époque où Edgar Morin était le repère intellectuel et surtout idéologique. Il a été présent dans ma vie sans qu’il le sache". A elle de conclure : "Quant à son déclic à lui, c’est notre rencontre au festival de la musique sacrée de Fès en 2009". Sabah Abouessalam a perdu beaucoup plus qu'un mari, une âme soeur.
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