Au fil des rediffusions télévisées et de ses prestations en extra-terrestre (La Soupe aux choux 1981), en maréchal allemand Ludwig von Apfelstrudel (Papy fait de la résistance, 1983) ou encore en François Pignon (Le Dîner de cons, 1998), Jacques Villeret est devenu culte auprès de toutes les générations. Son immense talent de comédien et sa bouille de clown triste lui avaient déjà valu deux César (en 1979 et 1999) et trois nominations aux Molières. Ils lui valent maintenant une postérité comique quasi-éternelle. Un homme n’est pas pour rien dans cette reconnaissance : Alexandre Villeret, 49 ans. Il est l’unique enfant de Jacques qui l’avait adopté dans les années 1980. Sa mère est Irina Tarassov, comédienne, autrice et compagne de l’acteur de 1977 à 1998 (il rencontrera plus tard la Sénégalaise Seny). Il avait épousé Irina en 1979. Alexandre a été élevé par Jacques et le considère légitimement comme son père. Il a eu le malheur de le voir partir le 28 janvier 2005 après une hémorragie interne due à une maladie hépatique. Le jeune homme n’avait pas 30 ans. Depuis, il s’applique à transmettre la mémoire de l’interprète de Henri Pignol (dit “Riton”) dans Les enfants du marais (1999).
Ainsi, en novembre 2024, Alexandre Villeret publiait chez Fayard le texte de la célèbre pièce de Francis Veber, Le Dîner de cons, annotée et commentée par Jacques, inoubliable François Pignon. Cette pièce est ensuite devenue le film bien connu. Ce texte était enrichi d’un abécédaire du théâtre comique “pour une meilleure compréhension des annotations, des photos d’archives et des plans de la scène et des décors”. “Il est important pour moi de lui rendre hommage et de vous faire découvrir les coulisses de son esprit, écrivait alors son fils. Car derrière la simplicité apparente du jeu de mon père, se trouve un travail acharné. Entre les lignes, derrière la technique, il y a toute sa vie, l’intensité des répétitions d’un acteur légendaire, dont chaque annotation, chaque geste témoignent de sa passion de l’incarnation, de son dévouement à l’art du théâtre et de son attachement infini au plaisir du public.”
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Alexandre Villeret sait de quoi il parle car il est lui-même réalisateur, scénariste et monteur dans le milieu du cinéma. En 2013, il sortait le film En pays cannibale. Un premier essai en noir et blanc, “tourné à l'arrache, en trente-trois jours”, pour un budget de 300 000 euros qui chroniquait quarante-huit heures de la vie de Max, un dealeur capté dans la faune urbaine de Paris. Le long-métrage fut interdit en salles aux moins de 12 ans et détesté par le journal Le Monde qui y vit “une des choses les plus hideuse que le cinéma français ait produit ces dernières années”. Pas toujours épargné par les critiques, Jacques aurait-il ri de ce jugement si radical ? Toujours est-il que, même vivant, il n’aurait jamais vu son enfant marcher dans ses pas. “Ayant vu papa répéter à la maison avec une telle précision dans le travail, une telle excellence dans l'exécution, je ne pouvais pas imaginer une seconde devenir acteur, expliquait-t-il dans le Parisien au moment de la sortie de son film. Ça aurait été un peu compliqué. Je l'admirais énormément, mais j'ai encore du mal à revoir ses films. Il m'a toujours dit : ‘Fais ce que tu aimes, mais fais-le bien !’ ”
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Il a donc préféré rester “dans l'ombre, derrière la caméra” sans aucun regret. En revanche, Alexandre éprouve un immense regret : celui que Jacques n’ait pas rencontré ses petits-enfants. “Ce qui me rend triste, c’est son absence, le fait qu’il n’ait pas vu grandir mes enfants, Nikita et Lola”, reconnaissait-il l’an dernier dans le magazine Gala. Privé de l’héritage (dont beaucoup de dettes) de son père au profit de Ghislaine, sa tante, Alexandre n’a rien touché. Là aussi, sans aucun regret : “Je n’en avais tellement rien à faire que je me suis totalement effacé.” Aujourd’hui, il confesse qu’il ne se remettra sans doute jamais de la perte de cet être si cher : “Même s’il n’allait pas bien, je n’étais pas prêt à vivre ça. On pense toujours que son père est immortel. Je n’ai jamais fait le deuil, c’est une cicatrice avec laquelle j’ai appris à vivre mais qui ne se referme pas (…) J’ai eu la chance d’être élevé et aimé par cet homme.” Et ça, c’est inestimable.
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